Réactions de Burkinabè de New-York sur la situation sécuritaire : « Le gouvernement doit mettre tous les Burkinabè au front »

Depuis 2015, le Burkina Faso vit une situation sécuritaire précaire. Comment les Burkinabè de la diaspora vivent cette situation ? Nous avons recueilli les propos de quelques-uns vivant à New-York, aux Etats-Unis d’Amérique.

Moustapha Diaoune, journaliste à « The African journal »

J’ai le cœur qui saigne avec l’assassinat scrupuleux du maire de Djibo et de ses compagnons. Je voudrais adresser mes condoléances aux familles éplorées. Il est dit dans les livres saints que « la vie humaine est sacrée » et il n’est inscrit nulle part de tuer des innocents ; bien au contraire, il est dit qu’il faut aimer son prochain comme soi-même. Et je voudrais proposer qu’on investisse davantage dans le renseignement, impliquer les populations, former nos forces armées aux nouvelles techniques de combat contre le terrorisme, doter les forces armées d’armes de pointe et enfin bien rémunérer nos forces sur le terrain, sur le plan salarial et en couverture médicale, en lieu et place des décorations à titre posthume. Il faut aussi aller à la réconciliation.

Therry Tiendrébéogo, conducteur de taxi

Ça fait très mal lorsque nous entendons qu’il y a beaucoup d’attentats, qu’il y a beaucoup de personnes qui meurent et que la stabilité du pays est constamment menacée. Cela nous fait mal parce ce sont nos parents, nos frères et sœurs qui meurent chaque jour. En même temps, ça nous empêche, nous aussi de l’étranger, d’investir véritablement au pays parce nous avons peur. Nous voyons qu’il y a beaucoup de secteurs porteurs au Burkina mais la situation sécuritaire fait hésiter beaucoup qui se demandent s’il faut investir dans nos pays d’accueil ou rentrer au Burkina Faso malgré les risques liés à l’insécurité. Mais nous espérons que les autorités et toutes les personnes de bonne volonté se mettront main dans la main pour combattre le terrorisme. C’est un phénomène nouveau qui ne finira pas peut-être d’ici demain mais nous devons nous unir afin de lutter contre le terrorisme et tout ce qui peut diviser notre pays. Parce que, malgré tout, nous restons un.

Armand E. Kéré, financier, secrétaire général du MPP New-York

C’est avec inquiétude et frustration que nous vivons la situation au pays. Inquiétude et frustration parce que je me pose toujours cette question : pourquoi ceux qui ont créé ce problème en amont par la déstabilisation de la Lybie ne sont pas mis en cause et c’est le pouvoir en place qu’on accuse ? Des gens ont déstabilisé la région tout en sachant que cette déstabilisation allait créer des problèmes à nos populations. Le problème est né des bombardements de la Lybie par les Occidentaux avec la bénédiction de l’ONU. Avant cela, nos pays ne connaissaient pas ce phénomène et avaient d’ailleurs demandé le départ des bases françaises.

Et aujourd’hui, nous sommes contraints de faire recours à ces mêmes acteurs pour installer à nouveau d’autres bases militaires. Donc pourquoi personne ne les prend pour responsables ? Pourquoi on n’accuse pas l’ONU et ceux qui ont créé ce problème ? Et pour en sortir aujourd’hui, il faut une unité d’action de tous les fils du pays, de tous les bords politiques, religieux et culturels. Pour le pouvoir en place, je propose qu’à l’image des CDR pendant la Révolution, on intègre les groupes d’auto-défense comme les Koglweogos et les dozos dans cette lutte. Bien sûr, sous la supervision des coutumiers et des forces de défense et de sécurité. Ils pourront veiller sur les populations et alerter la sécurité au besoin. Il faut également travailler à stabiliser les populations, stopper l’exode et travailler à ce qu’ils restent dans leurs zones de résidence, bien sûr dans la sécurité. Sinon, à vouloir déplacer tout le monde vers Ouagadougou, on pourrait créer plus tard d’autres problèmes ; même des révoltes.

Aïcha Nadège Ouédraogo, présidente du Réseau des femmes entrepreneurs de la diaspora

Nous sommes vraiment tristes par rapport à ce qui se passe dans notre pays et nous voulons inviter et encourager tous nos frères au pays à une collaboration avec le gouvernement et les forces de l’ordre afin que nous puissions traverser cette situation d’impasse. Il ne revient pas à l’Etat seul de tout faire. Soyons tous vigilants, partageons l’information et aidons l’Etat à nous aider. Nous sommes vraiment touchés parce nous avons des parents, des familles qui sont restés en Afrique particulièrement au Burkina Faso. Et d’ici, nous compatissons et essayons de voir, en tant que diaspora, comment nous pouvons les soutenir.

Hamzah Ouédraogo, étudiant en économie, secrétaire général de la section CDP USA

C’est vraiment déplorable, ces événements qui se passent. Tous les jours, il suffit d’allumer le téléphone et sur le net, ce sont nos frères, des jeunes, qui perdent la vie au front. On a l’impression que rien n’est fait et qu’il n’y a pas de progrès, qu’il n’y a pas d’effort au niveau du gouvernement. Même s’il le fait, manifestement sur le terrain, on ne voit rien et on ne ressent pas le changement. On vient d’apprendre l’assassinat du maire de Djibo tout de suite, des écoles sont fermées avec des milliers d’enfants qui ne vont plus à l’école.

C’est vraiment dramatique et lorsqu’on parcourt les réseaux sociaux, on voit que le pays va vraiment mal. Mais on espère que tout cela va s’arrêter un jour. Et nous de la diaspora et de l’opposition, notre rôle c’est d’interpeler le gouvernement pour qu’il ouvre l’œil et voie la réalité en face. L’opposition a toujours fait des propositions au gouvernement et nous demandons de mettre tous les Burkinabè à la tâche. Le gouvernement doit mettre tous les Burkinabè au front ; c’est-à-dire que ceux-là qui ont l’expérience en matière de sécurité doivent être tous exploités parce qu’ils sont aussi des Burkinabè. Ici par exemple, si un cas pareil se présentait, quel que soit leur bord politique, ils vont s’unir et défendre l’intérêt national et c’est ce que nous attendons du gouvernement. Qu’il n’écarte pas des Burkinabè dans cette lutte car ce n’est pas un phénomène que le gouvernement seul peut vaincre.

lefaso.net

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