Putsch du CND : « Il était le pilier de la famille », relate l’oncle d’une victime décédée

Le procès du putsch du Conseil national pour la démocratie (CND) du 16 septembre 2015 et jours suivants, a entamé une nouvelle étape ce mardi 9 avril 2019, avec le passage à la barre des victimes et parents des victimes. Au nombre de 306 victimes recensées, c’est une liste d’une soixantaine de victimes qui a été retenue ; toutes défileront pour relater les circonstances dans lesquelles se sont déroulés les actes.

En cette première journée, elles ont été une vingtaine de victimes à passer devant le tribunal de Seydou Ouédraogo (président du tribunal) pour reconstituer le film de leur ‘’calvaire’’. Un moment plein d’émotions.

S.D. est l’oncle de cette victime découverte devant le Lycée Philippe-Zinda-Kaboré, ce 17 septembre 2015. A la barre, il indique que le défunt a laissé derrière lui une mère de 87 ans inconsolable et des enfants, tous mineurs. « Il était le pilier de la famille », précise-t-il. Selon le récit de S.D., c’est dans la matinée de la date indiquée que son parent a été abattu par deux militaires du RSP, circulant à moto. C’est le corps sans vie de celui que toute la famille pleure toujours, que S.D. a donc découvert sur cette avenue (avenue Thomas Sankara).

O.K. a représenté à la barre son petit-fils, fauché par les balles lors de ces évènements. Ce petit-fils, il l’avait fait venir du village et ouvert un commerce pour lui (le père étant au village dans une des provinces de la région du Nord). Après avoir constaté l’absence toute la journée du défunt, et n’ayant eu aucune nouvelle de lui, O.K. a engagé des recherches dans le quartier. Mais elles furent vaines. Le lendemain, il se rend à la morgue. Il y découvre la dépouille de son petit-fils. Des circonstances de la mort, il rapporte que son petit-fils est tombé sur l’avenue Yatenga à côté des rails (sortie nord-ouest de la capitale).

K.M.L. est un restaurateur à la cité An III. Le 17 septembre, il a reçu une balle à la cheville droite, alors qu’il était allé libérer ses employés, au regard de la situation qui prévalait. Aujourd’hui, il remercie Dieu d’être sorti vivant de la situation et d’avoir également bénéficié des interventions chirurgicales au centre médical Schiphra en mai 2018 (opération rendue possible par le Haut-conseil pour la réconciliation et l’unité nationale, HCRUN, ndlr).

Des narrations, on note aussi que certaines victimes ont été délogées chez elles, à l’image de cet employé de commerce, H.G., domicilié au quartier Gounghin (un quartier de la partie ouest de la capitale). Alors qu’il s’était enfermé dans sa chambre avec deux de ses amis, les éléments du RSP (Régiment de sécurité présidentielle) les ont sommés de sortir. Ils s’exécutent. S’en suivront des manœuvres… Vêtu d’un T-shirt noir, H.G. dit avoir peiné à convaincre ses tortionnaires que son habit n’était pas celui du Balai citoyen (organisation de la société civile, ndlr). Un T-shirt qu’il a pris de soin d’emballer pour venir présenter au tribunal.

Y.G., ce jeune menuisier, lui, a encore en images, cette V8 de couleur noire à l’intérieur de laquelle se trouvaient des éléments qui ont ouvert le feu sur lui. Tombé, il tente de se relever lorsqu’un autre groupe est arrivé, cette fois-ci à moto. « Ils m’ont bastonné. Je suis tombé dans un fossé. Un des militaires a dit que je suis du Balai citoyen. J’ai répondu non. Ils m’ont dit où est l’argent du peuple. Il a enlevé son arme et voulait m’abattre, mais son collègue a dit de me laisser. Ils sont partis et m’ont dit que s’ils revenaient me trouver, j’allais voir. J’ai fui laisser ma moto », reconstitue-t-il.

A.A., technicien supérieur en génie civil, se souvient de cette matinée du 18 septembre où, assis avec ses collègues sur la terrasse de son bureau, il s’est vu soudainement projeté au sol. Il venait ainsi de recevoir une balle, dit-il. Plongé dans le coma, il sera transporté au CHU Yalgado-Ouédraogo, après un passage au CSPS de Bogodogo. Après avoir raconté les péripéties de son calvaire, et avant de quitter la barre, il a tenu à présenter au tribunal, la balle extraite de son corps.

Cette journée a été marquée par un silence du côté des avocats de la défense, et même de la partie civile. Seul Me Prosper Farama (partie civile) et le parquet militaire revenaient régulièrement avec des questions d’éclaircissement et de précision aux victimes à la barre.

Le passage des victimes et parents des victimes se poursuit ce mercredi 10 avril 2019, à partir de 9h.

Lefaso.net

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