Province de la Gnagna : Les communes de Liptougou et de Coalla, les fiefs des terroristes

La province de la Gnagna dans la région de l’Est compte sept communes. Deux de ces communes ne connaissent plus la quiétude depuis 2018. Liptougou qui est située à l’extrême Est de la province, fait frontière avec les provinces de la Komondjari et le Yagha dans le Sahel. Ensuite Coalla, au Nord-Est de la Gnagna, arbore le Seno et aussi le Yagha. Ces deux communes n’ont pratiquement plus d’écoles pour les enfants. Les Hommes armés non identifiés (HANI) font la loi dans ces localités qui sont sans système de défense. La paix au quotidien est troublée et si rien n’est fait ces zones vont basculer au rouge.

A Liptougou, particulièrement, aucune école n’est fonctionnelle. Les enseignants et autres administratifs ont déguerpi les lieux. Le mardi 6 mars 2021, les HANI visitaient le village de Souloungou pour la troisième fois. Un jour de marché, ils ont surgi et rassemblé tout le village et ont commencé à prêcher le port du voile pour les femmes et du pantalon sauté pour les hommes qui devront en plus cultiver l’amour pour la barbe, en signe d’appartenance à l’Islam, selon eux.

Un peu plus loin, au Nord-Ouest de ce lieu, à quelques 17 km, c’est le village de Kodjéna qui a aussi reçu les HANI, pour la troisième fois également, le 4 mars 2021. C’était à la suite du décès d’un vieillard dans le village que ces hommes ont fait irruption pour interdire la « célébration » du défunt. Le mercredi 7 mars 2021, ces derniers revenaient pour la quatrième fois consécutive.

« Ils sont arrivés, ils ont commencé à rassembler quelques hommes dans une des mosquées de la place et ont commencé à prêcher le port du voile pour les femmes, le pantalon sauté pour les hommes qui devront aussi laisser la barbe pousser sans raser », a rapporté Salma (nom d’emprunt) un jeune sur place. Qui sait comment seront leurs prochaines visites ? S’inquiètent quelques personnes sur place qui se demandent que faire ? On se souvient qu’en mars 2019 les HANI sont arrivés dans le même village et ont abattu l’aide-forestier. C’était en plein midi, un jour de marché. Ils se sont ensuite rendus dans l’unique école qui était toujours ouverte où ils ont encore fait entendre les bruits de leurs armes.

Avant leur arrivée dans l’école, l’établissement avait eu le temps de se vider de ses occupants qui avaient eu les échos des armes quand ces individus abattaient l’aide-forestier. Pour le cas de l’aide-forestier, les populations racontent que les hommes armés sont arrivés à son domicile. L’homme a reçu au moins deux balles mais n’a pas succombé sur place. Il se serait enfui et ils l’ont poursuivi pour le descendre à une centaine de mètres devant le domicile d’un autre habitant. « Ce jour-là, ce fut la débandade dans le marché. Kodjéna a baigné de jours entiers dans la terreur », rapporte Manou, un autre jeune du village, pour qui nous trouvons convenable un tel nom d’emprunt.

Un autre village très visité par les HANI est celui de Dadunga situé à 17 km au Nord de Liptougou. Les HANI ne manquent guerre à ces endroits, sillonnent les lieux en remontant vers Sebba dans le Yagha ou pour descendre vers la commune de Coalla, confie une autorité. La véritable inquiétude des populations, c’est que cette zone ne remplace Namsiguiya-Djibo puisqu’il n’y a plus de présence administrative dans ces localités, encore moins une présence militaire.

Si les HANI en viennent à interdire tout passage dans ce couloir, la zone balancerait dans une situation de non-droit, remarque Djakoli, pour qui la zone est faiblement sécurisée. A Liptougou, le centre de la commune, le maire et plusieurs membres de son conseil ont abandonné les lieux pour se réfugier à Bogandé, chef-lieu de la province.

28 écoles sur 46 sont fermées dans la commune de Coalla

Dans la commune de Coalla et celle de Manni, les faits sont aussi flagrants qu’ils n’en font échos. Les enlèvements sont monnaie courante et les visites des villages incessantes. L’on apprend qu’en début février 2021, le village de Kulfuo dans la commune de Manni a été visité par les HANI qui sont repartis avec trois hommes dont le plus grand boutiquier de la place.

« Est/Gnagna : ce jour 10 février, des HANI ont fait irruption dans le village de Kulfo, commune de Manni. Après avoir ramassé les affaires d’un vacataire, ils ont visité la direction de l’école primaire. Le 3 février, ils avaient enlevé trois personnes dans le même village », écrivait un ressortissant de la commune de Coalla sur les réseaux sociaux.

Un second internaute a aussi écrit, sept jours plus tard sur les réseaux sociaux, après un enlèvement dans un village de Coalla. « Il y a quelques jours, c’était à Kulfuo que les IANI sévissaient par enlèvement de personnes. Aujourd’hui c’est à Boulyendé dans notre village où ils ont enlevé un chef de famille. C’est triste. On parle d’une éventuelle présence des HANI dans la zone depuis longtemps.

Malheureusement, il n’y a rien pour les inquiéter. L’éloignement des FDS fait de l’espace entre Manni, Bogandé, Liptougou, Gayeri, Coalla, une zone sans force de l’ordre. Du coup, ces forces du mal profitent de l’espace. Malheureusement, il n’y a pas de système de VDP (volontaires pour la défense de la partie) dans la zone », a-t-il écrit.

En 2019, c’est devant la caisse populaire de Manni qu’un policier (qui montait la garde sur les lieux) avait été abattu en pleine journée. C’est une situation critique dans la contrée comme partout ailleurs où les assaillants ont pris le dessus. Mais contrairement à Liptougou, à Coalla le conseil municipal est sur place et continue de travailler. Cependant, informe un ressortissant de la localité, sur 46 écoles primaires, 18 continuent de fonctionner. Toutes les 28 autres sont fermées. Quant aux établissements post-primaires, sur cinq collèges d’enseignement général, trois fonctionnent toujours.

Que voulez-vous que l’Etat fasse pour vous ?

Pour Armen (nom d’emprunt), un résident à Bogandé, « ce qu’il faut retenir de cette situation sécuritaire au niveau de la Gnagna, ce sont des gens qui se promènent sans être inquiétés. Ils se promènent de village en village pour prêcher leur soit disant bonne nouvelle. Et c’est entre Liptougou et Coalla, entre Coalla et Manni, entre Liptougou et Mansila dans le Yagha et entre Liptougou et la Komondjari que ces gens se promènent en pleine journée. Les écoles sont fermées progressivement.

Les Collèges de Mopienga, de Kulfuo, celui de Boukargou, ce sont des établissements qui sont fermés l’un après l’autre dans une impuissance totale des populations locales. Pareil pour Liptougou où tout est fermé. Et pour moi, il n’y a pas d’efforts au niveau du gouvernement pour faire un ratissage. Pourtant, c’est du rôle de l’Etat de garantir une sécurité de base à tous les citoyens sans distinction. Donc je pense que si nous faisons partie du Burkina Faso, il faut revoir pour permettre aux populations d’être dans la quiétude ».

Un autre de la commune de Coalla confie : « C’est la même situation partout. Mais nous, nous évitons d’en parler, pour ne pas être leurs cibles. Mais il n’y a pas d’efforts et leurs hommes le savent. Dieu merci à part les quelques enlèvements ils n’en viennent pas aux armes pour l’instant, mais personne ne sait le jour ». Il évoque les attaques surprises qu’il y a par moments au Niger, où la dernière a fait plus de 180 morts, pour prévenir le drame dans la province.

« Moi je demande au gouvernement de ne pas attendre qu’il y ait des attaques qui feront des centaines de victimes comme au Niger avant de commencer à courir à gauche à droite pour fournir une sécurité à la localité. Ce serait le médecin après la mort pour des populations et beaucoup de familles dans notre province. Venez, aidez-nous, même s’il faut que l’on contribue par n’importe quel moyen, pour sécuriser la zone avant que l’irréparable ne se produise », a-t-il lancé ce cri du cœur.

« Système ambigu des VDP »

Un ressortissant de Bonseiga à Liptougou s’est attaqué au système des Volontaires pour la défense de la patrie (VDP). Pour ce dernier, le système des VDP est ambigu pour ce qui est de la plupart des communes de la Gnagna. « Si ceux-là mêmes qui peuvent mettre en application cette décision sont en manque de matériel et de personnel, comment pourront-ils vous aider ? Nous avons entendu dire qu’ils ont demandé aux volontaires de se signaler pour être formés, pour ce qui est de Liptougou. Je me demande comment cela pourrait se faire ? Dans ces genres de situation, s’il y avait des forces de défense et de sécurité sur place qui patrouillent tout en proposant aux volontaires de les former et les appuyer, il n’y aurait pas que des jeunes. Mais toute la communauté se mobiliserait et on gagnerait cette bataille pour la sécurité. Mais à l’état actuel des choses, personne ne veut aller se donner gratuitement à la mort », avait-il déploré.

Mais ce qu’il convient de souligner c’est que toutes les personnes interrogées ont loué le courage de ces braves hommes (gendarmes et policiers ndlr) qui sont toujours-là malgré la menace qui pèse encore plus sur eux.

L.E
Lefaso.net

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