Programme 40 000 logements : Les heurts et les espoirs expliqués par le secrétariat permanent

La mise en œuvre du Programme 40 000 logements se poursuit malgré les difficultés rencontrées. L’argent promis pour mener à bien cette initiative peine à être mobilisé ; le foncier a constitué un goulot d’étranglement, et certaines sociétés immobilières ne se montrent pas à la hauteur du défi. Du coup, depuis 2017, ce sont 5 314 logements sociaux et économiques qui sont sortis de terre dans huit villes. Ce 16 juin 2020 à Ouagadougou, le Secrétariat permanent de la Politique nationale du logement était face à la presse pour faire le bilan à mi-parcours de ce volet du programme présidentiel, et annoncer de bonnes perspectives.

« Nous sommes sereins pour la suite du programme », a dit le secrétaire permanent de la Politique nationale du logement, Yacouba Dié. Une sérénité affichée face aux journalistes, mais qui n’occulte pas les difficultés que le programme a connues depuis 2017.

Avoir un toit est le vœu le plus cher de chaque Burkinabè. Mais depuis l’acquisition d’un terrain, jusqu’à la finition du logement, c’est un parcours de combattant. Normal que l’annonce du programme 40 000 logements ait suscité beaucoup d’engouement. A titre d’exemple, la campagne nationale d’inscription, organisée du 5 avril au 12 mai 2017, a enregistré 208 000 demandeurs.

Mais les choses n’avancent pas comme l’auraient souhaité les porteurs du programme et, par ricochet, les potentiels bénéficiaires. Ainsi, de 2017 à ce jour, selon le secrétaire permanent de la Politique nationale du logement, plus de 5 314 logements sociaux et économiques ont été réalisés (finis ou en cours de finition) dans le cadre du programme, dans huit villes. Ils sont constitués en partie des cités du 11-Décembre à Gaoua (567 logements), Manga (503 logements), Tenkodogo (700 logements), Banfora (100 logements), Ziniaré (118 logements), Kombissiri (50), Pô (50) et d’autres cités du programme que sont Koudougou (100), Ouagadougou (3 118) et Bobo-Dioulasso (58).

Les raisons de cette avancée à pas de tortue sont multiples, à en croire le principal animateur de la conférence de presse. Il y a les difficultés financières. « Concernant la contribution du gouvernement, c’est-à-dire l’affectation budgétaire, sur la période 2016-2020, il était attendu, dans le cadre du programme, une affectation totale de ressources de 36 milliards de F CFA.

Mais, sur ces quatre années, seulement un montant de 4 897 352 000 F CFA a été affecté, soit 18,13% du financement attendu », explique Yacouba Dié. Une situation due, selon lui, à la crise sociopolitique, avec notamment les attaques terroristes qui ont nécessité des ajustements budgétaires. La récente crise sanitaire avec la pandémie de la Covid-19 n’a pas non plus contribué à embellir la situation.

Aux difficultés financières, se sont également greffés les problèmes fonciers. Foi du secrétaire permanent, les difficultés rencontrées dans le processus de mobilisation des terrains sont nombreuses. Il s’agit des conflits dans la délimitation des zones de réalisation du programme, des conflits en rapport avec la reprise des activités de lotissement dans les zones urbaines et les conflits en rapport avec la mobilisation massive des terres par des promoteurs immobiliers.

A cette panoplie de goulots d’étranglement, Yacouba Dié a également ajouté la faiblesse technique et financière de certaines sociétés de promotion immobilière, la faiblesse dans l’accompagnement des banques et les retards liés à l’aménagement des sites.

De meilleures perspectives à venir

Le secrétaire permanent Yacouba Dié reste pourtant optimiste. Certains problèmes, comme le foncier, sont pratiquement solutionnés. Pour l’ensemble des 40 000 logements, il était prévu la mobilisation et la viabilisation de 2 000 hectares de terrain dans les différentes communes urbaines et rurales. « Les résultats atteints à ce jour sont estimés à plus de 85%, soit 1 700 ha mobilisés », rassure le principal animateur de la conférence de presse.

« En guise de perspectives, des conventions ont être signées avec des promoteurs internationaux pour booster l’offre de logements. Nous avons également le lancement annoncé de plusieurs nouveaux chantiers à travers le pays. Il s’agit notamment de Fada N’Gourma (50 premiers logements sur les 300 prévus), Ouahigouya (100 premiers logements logement sur les 300 prévus), Dori (50 premiers logements sur les 300 prévus) et Kaya (50 logements premiers sur 300 logements prévus) », a poursuivi le secrétaire permanent de la Politique nationale du logement.

Les coordonnateurs du programme ont également remarqué que le mécanisme de commercialisation qui se base sur le crédit-acquéreur ne semble pas être adapté aux revenus des populations. Selon Yacouba Salouka, directeur général du Centre de gestion des cités, structure chargée de la commercialisation des logements, il y a trois modes de cessions des logements. L’acquisition du logement par le crédit-acquéreur, le payement au comptant et la location-vente (pour les logements économiques).

« Pour avoir un crédit, ce n’est pas aisé ; les taux sont très élevés, les délais courts », a reconnu le secrétaire permanent en charge du logement. Il place de ce fait beaucoup d’espoir en l’opérationnalisation en cours de la Caisse de dépôt et de consignation, qui « pourrait par exemple se porter garant de 80% des prêts accordés aux particuliers dans l’acquisition de logements sociaux ». Cela aura l’avantage d’amoindrir les risques pour les banques et par ricochet réduire les coûts de crédits pour le client.

Tiga Cheick Sawadogo
Lefaso.net

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