Processus électoral au Burkina : Une enquête révèle la place prédominante de l’argent pendant la campagne

L’alliance pour refonder la gouvernance en Afrique section Burkina Faso ( ARGA/BF) a au cours du scrutin présidentiel et législatif du 22 novembre 2020, observé le financement de la campagne. C’est au cours d’un déjeuner de presse que l’ARGA/BF a livré les résultats de son enquête, et le moins que l’on puisse dire c’est que l’argent a eu un poids énorme dans le processus électoral.

L’enquête menée par ARGA/BF a concerné 5 régions que sont le Centre, le Centre- Ouest, les Hauts-Bassins, la Boucle du Mouhoun et le Nord. Au total 358 personnes ont été interrogées par questionnaire et 47 personnes ressources à travers des entretiens individuels. Cette enquête fait suite à une étude réalisée en 2019 sur le financement de la campagne. Celle-ci avait révélé une prédominance de l’argent à tous les niveaux du processus électoral que ce soit dans le choix des candidats, et même dans la gestion des mandats électifs. ARGA/BF a donc vu à travers la campagne des élections présidentielle et législatives du 22 novembre 2020, une occasion de pouvoir observer en temps réel les pratiques des acteurs sur le terrain.

Il ressort de l’enquête que les candidats et les électeurs trouvent dans la campagne une opportunité de se livrer à un jeu marchand. « Les électeurs dans la plupart des cas exigent de l’argent aux candidats qui en retour se montrent assez généreux. Ce qui donne l’impression que c’est le plus généreux qui l’emporte sur les autres », a expliqué Boureima Ouédraogo, médiateur d’ARGA/BF.

Le processus électoral, un marché pour candidats et electeurs

Au cours de cette campagne, tous les partis politiques ont fait un geste à l’endroit de l’électorat, que ce soit en espèces, en vivres, en carburant ou en gadgets (pagnes, tee-shirts). Parmi ceux qui ont été les plus généreux, le MPP arrive en tête, suivi du CDP puis viennent l’UPC, le NTD et l’ADF/RDA. Cette générosité des formations politiques n’a d’autre ambition que d’influencer le choix des électeurs. Et dans cette course aux voix, les femmes, les jeunes et les leaders coutumiers et religieux sont les plus courtisés.

L’enquête a aussi permis de relever une nouvelle tendance, notamment dans le quartier Djikofè situé à Ouagadougou, qui consiste pour les jeunes à créer une expertise qui leur permet de monnayer de la mobilisation. « Quel que soit le parti qui vient les voir, vous payez en fonction de votre enveloppe et vous dites de combien d’hommes et de femmes vous avez besoin et combien vous avez à leur offrir et ces jeunes se chargent de les mobiliser », relate Boureima Ouédraogo.

Banderole

Le discours politique relégué au second plan…

Toutes ces pratiques tendent à relayer le discours politique au second plan au profit de la ressource financière, ce qui est bien dommage pour le processus démocratique selon ARGA/BF. Aussi, les moins nantis risquent de se retrouver exclus du processus démocratique à cette allure, s’inquiète l’Alliance. « La Constitution burkinabè garantit l’égalité des chances à tous les citoyens en terme d’accès aux mandats électifs. Mais si déjà la candidature doit être pistonnée par de grands moyens, il faut craindre que la grande majorité des Burkinabè qui n’ont pas les moyens pour pouvoir payer pour se faire élire, soient exclus du processus démocratique. Il faut également ajouter que cela crée une corruption électorale à grande échelle », déplore le médiateur d’ARGA/BF.

En initiant cette enquête, ARGA/BF veut déjà poser le débat sur la question, car le constat fait est que bon nombre de Burkinabè trouvent la distribution de ressources financières en période électorale normale. « Il faut poser le débat pour faire en sorte que les gens comprennent que si l’on veut sauver le processus démocratique, il faut faire en sorte que l’on garantisse la possibilité pour tous les acteurs de pouvoir aller sur le terrain avec la même égalité de chance. »martèle l’Alliance.

Armelle Ouédraogo
Lefaso.net

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