Procès recrutement frauduleux à la CNSS : « J’ai demandé le poste de secrétaire pour ma fille », reconnaît une fonctionnaire

Le procès du recrutement frauduleux à la Caisse nationale de sécurité sociale (CNSS) a repris ce vendredi 10 juillet 2020 au Tribunal de grande instance de Ouagadougou. L’audience du jour a été marquée principalement par la suite du passage des témoins et la constatation des candidats malheureux du concours de la session 2018 en partie civile.

La contradiction était au menu de cette audience. La plupart des versions des témoins dans les procès-verbaux de l’enquête préliminaire et celles à la barre ne concorde pas.

Odile Nikiéma, fonctionnaire à la Caisse nationale de sécurité sociale (CNSS) avait trois de ses enfants qui ont postulé pour le recrutement de la session de 2018. Sa fille Inès Bertine Nikiéma a réussi le concours pour le poste de secrétariat avec son baccalauréat série G1. Mais avant cela, Odile Nikiéma a informé son collègue, l’ex-Directeur des ressources humaines (DRH) que sa fille prenait part à ce recrutement. En plus de l’information, est-ce qu’elle a demandé un service à son collègue pour sa fille ? Le débat est ouvert.

Au cours de l’enquête préliminaire, Odile Nikiéma, dans le procès-verbal qu’elle a signé, a indiqué aux gendarmes qu’elle a demandé à l’ex-DRH (le principal accusé dans ce procès) un service pour sa fille. Ce matin à la barre, elle dit ne plus se rappeler de cela. Ainsi, l’accusé est appelé à la barre. Pour lui, c’est Odile Nikiéma qui est venue lui dire que sa fille a tiré un « Oui » pour le concours mais « elle ne m’a pas demandé un service », a-t-il précisé.

Le président du tribunal demande alors à la dame pourquoi n’avoir pas informé tous ses collègues de la CNSS mais uniquement son DRH. « Parce que ce sont eux [le DRH et son équipe] qui organisent le concours », s’est-elle justifiée.

Informer ou demander un service au DRH ? Cette nuance a fait l’objet d’un véritable débat. Pour l’ancien directeur des ressources humaines, sa collègue lui avait tout simplement informé de la candidature de sa fille sans même lui donner son nom. Après moult tractations, Odile Nikiéma craque et lâche le morceau. « J’ai demandé le poste de secrétaire pour ma fille », a-t-elle reconnu. Un coup de tonnerre pour la défense, qui estime que le procureur a menacé le témoin. Mais après plusieurs relances, Odile Nikiéma affirme avoir informé le DRH et demandé son aide. C’est finalement la version prise en compte par le greffier.

De l’authenticité des copies du concours

S’il y a une personne que la partie accusatrice doit remercier au cours de ce procès, c’est bel et bien la correctrice du concours, dame Ouédraogo. Elle a gardé soigneusement son brouillon du relevé de notes des candidats. A en croire les notes qu’elle avait attribué et celles dans le relevé final de la proclamation des résultats, la différence est frappante.

Judith Tankoano, arrivée 11e au concours, s’est retrouvée avec 15/20 alors que la correctrice reconnait lui avoir collée 7/20. Il se trouve que l’époux de Judith Tankoano est un agent de liaison à la CNSS. Cette note n’est qu’un exemple parmi tant d’autres. Mais là où le public (présent à cette audience) est déçu, la candidate dont la copie a été visiblement plagiée, est 5e sur la liste d’attente avec la note de 17/20. Des petits frères, des enfants, des connaissances des responsables de la CNSS, ce sont essentiellement eux qui sont admis à ce concours. Les liens sont ressortis à chaque fois qu’ils passent à la barre en tant que témoin.

Les candidats malheureux se sont constitués en partie civile pour réclamer certains une compensation d’autres une réparation. La somme varie de 170 000 à 75 millions de francs CFA. Quant au syndicat de la CNSS, il réclame l’annulation du concours en lieu et place d’un autre test.
L’audience est suspendue et va reprendre le mardi 21 juillet 2020.

Cryspin Masneang Laoundiki
Lefaso.net

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