Procès putsch manqué : Il faut sauver le soldat Bassolé

Après plusieurs semaines d’hospitalisation, le général Djibrill Bassolet est sorti en milieu de semaine passée de l’hôpital Blaise Compaoré où il avait été admis.

De quoi souffre-t-il exactement ? Les médecins qui étaient à son chevet ont-ils estimé que son état s’était amélioré et qu’il pouvait, de ce fait, « poursuivre le traitement à domicile » comme on l’entend souvent dans le milieu médical ? On ne saurait le dire. Son état est-il aussi critique et préoccupant que certains de ses proches le disent ? Ceux qui l’ont vu récemment décrivent en tout cas un Yipènè particulièrement amaigri, presque fantomatique au point qu’on peut douter qu’il aille vraiment mieux.

Ce n’est pas la première fois que des informations alarmantes sur le sujet nous parviennent. Alors qu’il était toujours détenu à la Maison d’arrêt et de correction des armées, où il avait été expédié le 6 octobre 2015, celui qui est actuellement jugé, en même temps que 83 autres inculpés, pour son implication présumée dans le coup d’Etat manqué de septembre 2015 avait déjà fait des allers et retours entre la MACA et la Polyclinique internationale de Ouagadougou, communément appelée Clinique du cœur.

En février-mars 2017, son évacuation à l’étranger pour des soins plus appropriés semblait être dans les tuyaux et puis, patatras, le dossier a été rangé ; sans doute victime de tirs de barrage de l’institution judiciaire et de l’exécutif.

C’est un secret de Polichinelle, beaucoup dans la justice et la majorité présidentielle, pour ne pas dire à Kosyam, sont farouchement hostiles à cette idée, craignant à tort ou à raison que le premier général de gendarmerie de notre pays, en résidence surveillée depuis le 11 octobre 2017, une fois rétabli, ne veuille plus rentrer au bercail et disparaisse dans la nature.

Il est vrai que depuis que les officiers supérieurs et même généraux, accusés comme témoins, mentent de façon éhontée à la barre du tribunal militaire tels des arracheurs de dents, on ne sait plus ce que vaut leur parole, mais sauf à penser qu’il joue au faux malade en se faisant porter pâle, ne peut-on pas laisser le prestigieux patient aller à l’étranger moyennant quelques garanties de retour dont la nature peut être arrêtée d’accord parties ?

Il y a certes des pays auxquels on ne saurait se fier, mais imagine-t-on par exemple la France, l’Allemagne, la Suisse  ou la Belgique refuser de nous renvoyer notre précieux colis s’il se remettait d’aplomb et était de nouveau apte à comparaître et à retourner au gnouf si sa culpabilité venait à être définitivement établie à l’issue de ce procès contradictoire qui nous tient en haleine depuis maintenant un an ?

En vérité, le pouvoir doit être face à un choix cornélien : laisser le malade sortir au risque de voir filer définitivement l’un des plus prestigieux convives de la salle des Banquets ou le maintenir coûte que coûte ici et voir le général passer l’arme à gauche – à Dieu ne plaise –  si sa situation devait empirer. Tous les hommes étant mortels, « ce n’est pas la ciguë qui tue Socrate mais le syllogisme », disent les philosophes, et s’il doit pousser son dernier souffle, évacuation ou pas, même les meilleurs spécialistes et les plateaux techniques de dernière génération ne lui seront d’aucun secours ; mais quand bien même il mourrait de sa belle mort parce que « son heure est arrivée », comme on dit chez nous, Roch et les siens ne pourraient pas convaincre sa famille que ce n’est pas eux qui l’ont tué. C’est aussi simple que cela.

Sont-ils prêts à subir un tel procès même s’ils sont vaccinés pour en avoir vu d’autres ? Dans tous les cas, c’est parce qu’il est là et toujours en chair et en os qu’on peut le juger puisque, pour lui, l’action publique s’éteindra automatiquement s’il devait quitter cette vallée de larmes. Et toutes les parties prenantes au jugement seraient désormais bien embarrassées de prononcer même le nom de quelqu’un qui ne serait plus là pour se défendre.

Il faut donc sauver le soldat Bassolet. Oui, on entend déjà le peuple insurgé éructer de haine et lancer des phrases du genre : « eh bien, qu’il meure ! Après tout, eux aussi ont fait tuer des innocents pendant l’insurrection et le putsch ». Qu’on se comprenne bien. Si Bassolet, Diendéré, tous les grands exécutants et les petites mains en treillis ou en civil qui sont accusés pour l’essentiel d’atteinte à la sûreté de l’Etat et d’avoir ainsi occasionné de nombreuses pertes en vies humaines s’avèrent coupables de ce dont on les accable, qu’ils subissent toute la rigueur et la froideur de la loi.  Mais la justice et le droit positif doivent-ils pour autant être aussi inhumains en se réduisant à la vengeance primaire du village ? Là est la question.

La Rédaction

L’Observateur Paalga

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