Procès du putsch : «Vous êtes juge de la démocratie, laissez les politiciens faire leur bagarre et ne rendez pas une décision politique», Me Silvère Kiemtarboum

Le ballet des avocats des accusés du putsch manqué de septembre 2015 se poursuit au tribunal militaire de Ouagadougou. Pour ce quatrième jour de plaidoiries, ils ont, chacun avec ses arguments, tenté de démontrer audit tribunal l’innocence de leurs clients et obtenir ainsi clémence et acquittement. Pour Maître Orokia Ouattara,  ce procès n’est pas celui de l’ancien régime ni  du RSP, mais celui de ceux qui sont dans le box des accusés. Pour cette raison,  tous les soldats ne sauraient être jugés pour tous les crimes du RSP. Et Maître Silvère Kiemtarboum d’inviter les juges à ne pas rendre des décisions politiques, mais plutôt des décisions respectueuses de la démocratie.

Maitre Silvère Kiemtarboum assure la défense du capitaine Timboué Tuandaba, du soldat de première classe Adama Kaboré et de Dame Minata Guelwaré. Le capitaine Tuandaba, accusé de complicité d’attentat à la sûreté de l’Etat, de meurtre, de coups et blessures volontaires et pour qui le parquet requiert 25 ans de prison ferme, plaide non coupable. Pour son conseil, le ministère public ne dispose d’aucun élément de preuve qui permette de constituer l’infraction de complicité d’attentat à la sûreté de l’Etat. Il en est de même pour le chef d’accusation de meurtre, de coups et blessures volontaires, où le parquet n’a pas pu, preuves à l’appui, démontrer qui a fait quoi, qui a tué ou porté main à des citoyens. Pourtant, il existe des appareils de surveillance qui auraient permis de savoir qui a commis les exactions constatées sur les populations. Et Maître Kiemtarboum d’ajouter que du 18 au 21 septembre 2015, son client faisait partie de l’escorte du général Diendéré. A quel moment aurait-il donc pu commettre les crimes dont on l’accuse ? De plus, aucun coaccusé ne l’a chargé de quoi que ce soit dans le dossier. Autant d’éléments qui militent en faveur de son acquittement. « 25 ans, c’est toute une vie et ce n’est même pas utile puisqu’il a été formé pour le pays et avec l’argent de tous les contribuables ; mieux vaut le fusiller et qu’on en finisse », a plaidé son conseil.

Au soldat de première classe Adama Kabore pour qui le parquet requiert 7 ans de prison ferme,  sont reprochés les faits de complicité d’attentat à la sûreté de l’Etat, de meurtre, de coups et blessures volontaires, de dégradation aggravée de biens et de complicité de dégradation aggravée de biens. Son conseil note que dans le document de 39 pages qui relate les faits, son nom n’est mentionné nulle part. Ce qui implique alors que l’infraction n’est pas constituée.  Le soldat n’aurait fait que sécuriser avec son chef la demeure de feu Salifou Diallo que des manifestants menaçaient d’incendier et d’empêcher que ne soient  brutalisées les personnes qui y étaient présentes. Concernant les accusés Adama Kaboré et Timboué Tuandaba, Me Kiemtarboum a tenu à rappeler au tribunal que les deux soldats n’avaient pas pris part à des compositions pour intégrer l’armée, « ils ont juste couru pour entrer et ne sont que des exécutants qui ne savent pas grand-chose de l’obligation militaire et des ordres illégaux ». C’est pourquoi il a souhaité que le tribunal fasse une douce application de la loi pénale envers ses clients.

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« Tout a été dit sur Dame Minata Guelwaré, allant jusqu’à la diaboliser. Les faits tels que présentés ici donnent l’impression que c’est une diablesse », clame son avocat. 2 secrétaire nationale chargée des mouvements associatifs au sein du CDP au moment des faits et très active sur la scène politique, son seul tort serait d’avoir invité ses concitoyens le 16 septembre, à travers un communiqué, à ne pas sortir pour éviter les pertes en vie humaine comme celles constatées au cours de l’insurrection, avant de changer de langage le lendemain 17 septembre en invitant les Burkinabè à sortir pour rectifier la démocratie afin qu’on puisse aller à des élections libres et transparentes. Des appels considérés par le parquet comme des actes de démoralisation puis d’incitation de la population à soutenir le putsch. Contactée par un militaire pour aller constater l’arrivée de l’armée régulière sur Ouagadougou, Dame Gelwaré est accusée d’avoir participé au saccage de radio Laafi de Zorgho. Une accusation sans preuves, selon son conseil, qui affirme qu’il était très facile de tracer le téléphone portable de sa cliente en vue de s’assurer qu’elle avait bien été sur les lieux. « L’enquête a peut-être été bâclée et le parquet n’a pas été vigilant », a-t-il déploré.  En l’absence de preuves tangibles, et disant ne voir aucun motif de condamnation, Me Kiemtarboum a demandé que sa cliente soit acquittée. «  Vous êtes juge de la démocratie, laissez les politiciens faire leur bagarre et ne rendez pas une décision politique », a-t-il ajouté.

Maître Orokia Ouattara a succédé à Me Kiemtarboum à la barre pour plaider la cause de ses clients Yahaya Guiré, Placide Lawapan Sow et Aliou Ghislain Honoré Gorgo, pour chacun desquels le parquet a requis 15 mois de prison avec sursis. A son avis, l’on a voulu faire de ce procès celui de tous ceux que l’on n’a pas pu poursuivre durant plus d’un demi-siècle. « Ce procès n’est pas celui du RSP, ni de l’ancien régime, mais celui de ceux qui sont dans le box des accusés. Et mes clients ne sauraient être jugés pour tous les crimes du RSP », a-t-elle martelé. Et d’ajouter que les tenir pour responsables des évènements qui se sont passés pendant le putsch et auxquels ils n’ont pas contribué, ce n’est pas faire preuve de justice, mais trouver le coupable idéal. Pour Me Ouattara, aucun élément de preuve ne corrobore les faits reprochés à ses clients, l’accusation n’étant faite que de suppositions et d’allégations. Et certaines preuves comme la vidéo montrant le soldat Yahaya Guiré  en train d’abattre un citoyen, qui avait été déclaré mort mais qui est bien vivant, ont été reconnues p            ar le parquet comme montées de toutes pièces. Ces soldats qui, pour la plupart, étaient opposés au putsch n’avaient d’autre choix que d’exécuter les ordres. « Que pouvaient-ils faire » d’autre, s’interroge l’avocate ? Parce que les infractions dont ils sont accusés ne sont pas constituées, faute d’éléments matériels et intentionnels, et qu’ils n’avaient aucun mobile politique pour attenter à la sûreté de l’Etat, Me Ouattara a demandé que ses clients soient acquittés.

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