Procès du putsch : « Rien […] ne montre que c’est le mien » (Gilbert Diendéré à propos d’un ordinateur)

Le procès du coup d’Etat a franchi une autre étape ce 19 mars 2019, avec le début de la présentation des scellés contenant les pièces à conviction. Le général Gilbert Diendéré a dit ne pas reconnaître l’ordinateur dans lequel une déclaration a été retrouvée. « Rien dessus ne montre que c’est le mien », s’est-il défendu. Quant à Fayçal Nanéma, il a reconnu une statuette, un fer à repasser et une mallette qu’il aurait achetés au Monument des martyrs, alors que le ministère public soutient que ce sont des objets provenant du domicile saccagé de Salifou Diallo.

La journée du 19 mars a débuté là où les débats étaient restés la veille, avec l’expert ingénieur informaticien, expert en cyber-sécurité et en investigation numérique, Younoussa Sanfo. Certains avocats de la défense ont continué à mettre son travail d’expertise en doute. Pour Me Dieudonné Bonkoungou, l’expert n’a pas travaillé en toute impartialité, parce qu’il était un activiste. Selon l’auxiliaire de justice, c’est Younoussa Sanfo qui a créé la Radio de la résistance. En plus, il a interagi avec certains accusés pendant le coup d’Etat, comme le capitaine Dao. Et pour finir, il a offert ses services à la gendarmerie dès le 17 septembre 2015.

Une fois de plus, l’expert s’est défendu d’avoir été celui qui a créé la Radio de la résistance. D’ailleurs, ce n’est même pas l’objet de sa présence à la barre. Et Younoussa Sanfo de dire tout le respect qu’il voue au tribunal. « C’est pourquoi, depuis hier, je réponds aux questions qui n’ont rien à voir avec ma présence à la barre », lancera-t-il en substance, avant de prévenir qu’il ne répondra plus à une question qui n’a pas de lien avec son expertise.

Pour le ministère public, si la défense n’a pas demandé de contre-expertise, alors qu’elle aurait pu le faire, c’est parce qu’elle est en phase avec les résultats auxquels l’expert ingénieur informaticien est parvenu.

Une nouvelle pièce, et les débats qui vont avec…

Si l’expertise des téléphones portables, notamment les messages échangés entre certains accusés, ne convainc pas les avocats de la défense, ils avaient aussi la possibilité de contacter les opérateurs de téléphonies pour avoir une copie des différents échanges. C’est ce que l’expert a fait savoir à ses vis-à-vis la veille.

En cette matinée du 19 mars, le parquet a versé une pièce au dossier. Il s’agit justement d’une pièce retraçant les communications entre le capitaine Zoumbri et le lieutenant Jacques Limon, du 15 au 30 septembre 2015, obtenue avec l’opérateur Onatel.

Pour Me Mamadou Sombié, avocat de Jacques Limon, c’est parce que le parquet s’est rendu compte que le rapport de l’expert ne vaut rien, qu’il a fait recours à l’Onatel. Pour lui donc, « c’est du n’importe quoi, ce n’est pas un rapport », parlant du travail de l’expert. Quant à la pièce de l’Onatel, l’auxiliaire de justice soutient qu’elle ne vaut rien et que c’est une rescousse à Sanfo. C’est juste un brouillon qu’il déposera dans son cabinet.

Me Dieudonné Bonkoungou également demandera au président du tribunal de relativiser le travail de Younoussa Sanfo. 
Le débat sur la pièce de l’Onatel a été renvoyé au lundi 25 mars par le président Seidou Ouédraogo.

Le début de la présentation des pièces à conviction

A la reprise de l’audience à 14h, un autre chapitre a été ouvert dans ce procès, celui de la présentation des pièces à conviction. Le parquet a fait présenter à l’auditoire, les scellés contenus dans le dossier. Le premier contient une statuette de couleur blanche, un fer à repasser, une mallette noire. Ces objets, saisis dans les mains de l’accusé Fayçal Nanéma, ont été volés au domicile de feu Salifou Diallo qui avait été saccagé.

Tout en reconnaissant les objets, l’accusé a répété qu’il les a achetés au Monument des martyrs pendant le coup d’Etat. « Au moment où il les acquérait, il n’avait pas connaissance de leur origine frauduleuse ; sans quoi, il ne les aurait pas achetés », soutient Me Zaliatou Aouba, avocate du mis en cause.

Le deuxième scellé est une lettre contenant une déclaration du CPND (appellation originelle du CND), un plan d’urgence sans date, un programme d’activités du CND, une proposition de sortie de crise du président du CND, une lettre du président de la Transition par intérim et cinq communiqués manuscrits du CND. Ces documents ont été saisis avec le colonel Abdoul Karim Traoré. Appelé à la barre pour constat, il a reconnu que les documents étaient sa propriété, sauf les déclarations du CPND et du CND sans date, qu’il dit ne pas reconnaître.

Le troisième scellé est un ordinateur de marque HP, de couleur noire, contenant la déclaration du CPND. Selon le parquet, c’est un appareil qui a été saisi avec le général Gilbert Diendéré. Et pourtant, ce dernier n’a pas formellement reconnu l’appareil. « J’ai vu un ordinateur, et je ne suis pas sûr de pouvoir le reconnaître parce que rien ne prouve qu’il m’appartient. Rien dessus ne montre que c’est le mien », se défend le présumé cerveau du coup d’Etat.

Avant la suspension de l’audience, les clés USB avaient commencé à révéler leur contenu. L’audience se poursuivra donc ce 20 mars avec l’audition des éléments sonores et la visualisation de vidéos et images contenues dans les périphériques.

Tiga Cheick Sawadogo
Lefaso.net

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