Procès du putsch : Quand le colonel-major Raboyinga Kaboré rassure qu’il n’a pas pris du tramadol

Comment le camp Naba Koom a-t-il été bombardé sans qu’il n’y ait la moindre victime ? Parce qu’il s’agissait d’une action de dissuasion chirurgicale, un acte réfléchi, a laissé entendre le chef d’Etat-major de l’armée de terre à l’époque du coup d’Etat de septembre 2015, le Colonel-major Raboyinga Kaboré. L’homme a comparu ce 19 février en qualité de témoin dans le cadre du procès. Une occasion de répondre au Général Gilbert Diendéré qui soutient que c’est lui qui avait dit lors d’une réunion de tout faire pour que le putsch réussisse pour éviter la honte à toute l’armée. “Même si j’avais pris du tramadol, je n’aurais pas tenu de tels propos”, a rétorqué l’officier d’infanterie.

Le 27 novembre 2018, alors que le Général Gilbert Diendéré faisait sa déposition, il évoque chapitre après chapitre le degré d’implication de la hiérarchie militaire dans la consommation du coup de force. Pour prouver qu’il n’était pas seul dans cette entreprise, il avait par exemple révélé que lors de la réunion du 17 septembre 2015 avec les hauts gradés de l’armée, le Colonel-major Raboyinga Kaboré aurait dit de tout faire pour que le coup d’Etat réussisse sinon ce serait la honte de toute l’armée. La comparution de l’ancien chef d’Etat-major de l’armée de terre ce 19 février en tant que témoin, était donc l’occasion pour les deux hommes de s’expliquer.

Après sa narration des faits, le président du tribunal, Seidou Ouédraogo, fit appel à certains accusés pour faire des commentaires. Les capitaines Abdoulaye Dao, Zoumbri Oussène, le commandant Aziz Korogo, le colonel-major Boureima Kiéré, et le général Gilbert Diendéré reviennent alors à la barre. Les deux capitaines font savoir qu’ils n’ont plus rien à ajouter.

Le commandant Aziz Korogo, lui, confirme plus ou moins ce que le témoin a dit à son propos. En substance, le colonel-major Raboyinga Kaboré, a expliqué que le commandant, responsable par intérim du RSP, a “été très disponible, coopératif, et a eu un sens du discernement” durant les événements. Et du RSP il a travaillé à convaincre ses frères d’armes à éviter l’entêtement.

Le colonel-major Boureima Kiéré, lui, a marqué son opposition face à certains propos du témoin qui a soutenu que la hiérarchie militaire a soutenu et encouragé les militaires qui venaient des autres garnisons pour en découdre avec le RSP. Telle n’est pas la version du colonel major Boureima Kiéré qui dit avoir appelé la hiérarchie militaire afin qu’elle arrête les “boys” qui descendaient sur la capitale et elle est allée à sa rencontre pour la dissuader de continuer sa progression. “Ils ont récupéré le mouvement après, sinon ils partaient pour les stopper, pas pour les encourager”, a lâché l’accusé en parlant des chefs militaires.

Les flottements constatés ont été du fait des problèmes de coordination, et par-dessus tout pour tenter de convaincre le camp d’en face afin que les frères d’armes ne se tirent pas dessus parce que le rapport de force en ce moment était en faveur du RSP qui avait une bonne partie de l’armement sous sa garde. Il a donc fallu user de stratagème pour que certains soldats du RSP quittent le camp.

À droite, le Colonel-major Raboyinga Kaboré

Le colonel-major rassure qu’il n’a pas pris du tramadol

Prenant la parole, le Gal Gilbert Diendéré a relevé que le rapport de force ne pouvait pas être plus en faveur du RSP que du reste de l’armée. Les soutes d’armement étaient certes à Naba Koom, mais elles étaient gardées par des unités mixtes, alliant éléments du RSP et autres corps. “Quand je parle de rapport de force, je sais de quoi je parle”, a rempilé le chef d’Etat-major de l’armée de terre de l’époque. Il a en outre expliqué comment le camp Naba Koom a été pilonné pour contraindre les éléments récalcitrants à le quitter.

Selon lui, c’est une opération qui a été très bien menée. Du travail de reconnaissance, de calcul a été fait en amont. “Je suis un officier d’infanterie”, a poursuivi le témoin, pour faire savoir que le fait qu’il n’y ait pas eu de victime était d’ailleurs l’objectif recherché. “Cette attaque était une action de dissuasion chirurgicale. L’objectif n’était pas de détruire la caserne. C’était un acte réfléchi”, a relaté l’ancien chef de l’armée de terre. Des propos qui contrastent avec ceux qui Gal Diendéré qui, aux premières du bombardement, avait laissé entendre dans un média qu’il y avait certainement beaucoup de victimes.

L’un des moments les plus attendus de ce jour a été le rappel par le général de ce qu’aurait dit le colonel-major, chef d’Etat-major de l’armée de terre, lors de la réunion du 17 septembre 2015. Comme il l’avait dit le 27 novembre 2018, ’’Golf’’ a encore répété que Raboyinga Kaboré avait dit de tout faire pour que le coup d’Etat réussisse sinon ce sera la honte de l’armée.

“Ça n’a pas marché, c’est le cul de l’armée qui est dehors”, avait assené le présumé cerveau du putsch en novembre dernier. “Je ne sais pas si le Général a quelque chose contre moi, mais je ne vois pas à quel moment j’ai dit cela. Même si j’avais pris du tramadol avant de venir à la rencontre, je n’aurais pas tenu de tels propos”, a répondu le témoin.

L’audience se poursuit ce 20 février 2019 avec l’audition d’autres témoins.

Tiga Cheick Sawadogo
Lefaso.net

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