Procès du putsch manqué de septembre 2015 au Burkina Faso : Le temps des boules puantes, des trafics d’influence et des règlements de comptes impitoyables

Plus d’un an après son démarrage, le procès du putsch manqué de septembre 2015 est plus proche de sa fin que de son début. Le Général Dienderé et ses co-accusés viennent de vivre l’étape de la présentation des preuves sonores et visuelles hissées comme pièces à condamnation pour leur rudesse confrontante, confondante et même déroutante.

Qualifiées d’irréfragables par l’accusation, ces pièces ont été nettement et fermement dénoncées par la défense comme étant des altérations, des montages en manipulations incohérentes visant à tronquer la vérité des faits et à perpétrer  des incriminations et des condamnations sélectives. De ce chaos supposé faire jaillir la vérité, les accusés sont passés par tous les états émotionnels, allant de la satisfaction modérée à l’indignation vive et déterminée.

Mais ils n’étaient pas seuls !

En ligne de mire du tribunal militaire sont apparus les profils de très hauts dirigeants de la sous région.

L’on se souvient que dans la foulée du putsch manqué, la bande sonore de la supposée conversation entre le Général Bassolé et Guillaume Soro alors président de l’Assemblée nationale de Côte d’Ivoire, avait défrayé la chronique et fait les choux gras des médias de tout genre et de tout horizon. Elle engendra un mandat d’arrêt international contre le truculent PAN du pays d’Houphouët Boigny. La crise diplomatique ainsi créée entre les deux pays voisins et frères que sont le Burkina et la Côte d’Ivoire s’estompera après moult tractations au sommet des deux Etats. Il en résulta l’annulation « diplomatique » du mandat d’arrêt lancé contre Soro. Un épisode de retour graduel de la confiance ira jusqu’à faire oublier cette mauvaise passe entre ces deux pays unis par la géographie, l’histoire, la culture et l’économie.

Mais, à cette étape tant attendue de la présentation par le parquet militaire de ces pièces à preuves et au regard de la dureté de celles-ci, le cas Guillaume Soro apparaît comme un épiphénomène.

Les preuves fumantes du parquet militaire furent par moment glaçantes. Les hommes du Commandant Alioun Zanré prirent un malin plaisir à casser les canaris à secrets qui heureusement pour les uns et malheureusement pour les autres étaient pleins à bas bord de boules puantes. Plus de deux cent enregistrements audio peuplent leurs besaces.

Au delà de Guillaume Soro donc, les épinglés des bords de la lagune Ebrié sont de grosses prises. On y compte le Président Alassane Ouattara, son chef d’Etat major de l’époque, le Général Soumaila Bakayoko, son Chef d’Etat major particulier le Général Vagondo, le Général Gaoussou Soumahoro alors Commandant des forces terrestres ivoiriennes, le Lieutenant Colonel Zackaria Koné, connu sous le pseudonyme de Zakis. Le Togo et le Sénégal avec en toiles de fond les Présidents Faure Gnassingbé et Macky Sall furent attelés à la Côte d’Ivoire pour former ce qui est présenté comme l’irréfutable triangle de soutien organisationnel, matériel, logistique et financier du putsch manqué.

Toutes ces personnalités sont devenues les acteurs instrumentalisés d’une scène de théâtre dont les architectes et tireurs de ficelles de l’ombre proposent leurs portraits robots.

Ces illustres personnalités et leurs supposées immixtions dans les évènements de septembre 2015 seraient les pièces à conviction fatales du caractère sous régional de ces malheureux évènements.

Cette étape fut vécue et célébrée avec jubilation par l’accusation et la partie civile avec comme chef de file, l’omniprésent Maître Hervé Kam du balai citoyen qui était à l’avant garde de l’insurrection-putsch anti Compaoré d’Octobre 2014.

La diffusion d’une bande sonore entre des interlocuteurs présentés comme le Général Vagondo et le Général Dienderé laissera entendre l’ivoirien dire à son frère burkinabé que « le grand patron dit de ne pas lâcher … garde l’écoute, je lui parle et te reprend »

Maître Kam exultera en martelant cette phrase assommante : « Vous voyez bien que ce n’était pas un simple appel téléphonique ! C’était une réunion téléphonique puisque le Général Vagondo mettait en attente le Général Diendere et revenait porter les instructions du grand patron. Et tout le monde sait qui est ce grand patron !  ». L’insinuation visait le Président Ouattara.

L’assistance ne fut véritablement pas surprise par cette rude charge portée au Président Ouattara. Avant Maître Kam, le Ministre de la Défense Sherif Sy, lors de son passage à la barre, avait clairement laissé entendre que Guillaume Soro était sans doute la personnalité ivoirienne la moins impliquée dans cette tentative de putsch. Tous les regards s’étaient alors tournés vers le Président Ouattara dont le Chef d’Etat major, le Général Vagondo avait fourni argent et munitions aux putschistes. Un hélicoptère de l’armée burkinabé était alors allé chercher ces aides à la frontière ivoirienne. Difficile donc de déconnecter ADO de ces évènements. On imagine mal les collaborateurs du chef de l’Etat ivoirien s’affranchir de son autorité pour poser des actes aussi graves.

La diffusion de la conversation téléphonique entre le Lieutenant Colonel Zacharia Koné et la belle sœur du Général Diendere fut un moment d’hilarité extraordinaire qui fera retourner la salle d’audience quand on entendit Zacharia Koné prévenir toute tentative de récupération du putsch par Guillaume Soro désigné en langue dioula par le qualificatif « l’homme court au gros ventre » alors que la réussite à venir de ce coup de force était à graver au crédit du Président Ouattara. Pas vraiment sympathique de la part de Koné Zacharia de traiter de la sorte son ancien patron.

On le sait, la victoire est pluri paternelle alors que la défaite se voit désigner au couperet son coupable en chef. Guillaume Soro Kigbafori, lui l’ex chef rebelle était sans doute le client idéal pour porter, tout seul, la casquette de l’acte de déstabilisation du Burkina. Nom de koulaba est gâté depuis l’usine, dit-on !

Qu’à cela ne tienne ! Au moment où l’on s’attendait à ce que les acteurs ivoiriens cités dans ce putsch manqué de septembre 2015 fassent le dos rond pour sortir de cette nasse, voilà que les vieux démons et les mauvais génies fratricides resurgissent. Les querelles en RHDP s’invitent et tentent d’utiliser le procès comme une arme létale politique. Des informations concordantes font état d’un projet de diabolisation et d’empêchement politique de Guillaume Soro commandité par ses amis et frères en complicité d’avant-hier. D’importantes sommes d’argent auraient été déversées sur des organisations de la société civile (OSC) bien connues pour avoir comme modèle de revenu la sous-traitance de complots politiques. Ces OSC s’apprêteraient donc en contrepartie, à déclencher une campagne médiatique multicanal contre Guillaume Soro.

Complètement ignorants du risque d’effet de second tour, les concepteurs et ingénieurs de ce complot oublient que plusieurs personnes détiennent des enregistrements dont la toxicité politique infligerait des dommages définitifs à leur crédibilité nationale et internationale. L’atomicité des enregistrements audio qui dépassent les 200 éléments selon les affirmations du parquet militaire, constitue un risque très élevé pour le Président Alassane Ouattara et ses plus proches collaborateurs. Chacun aurait ses petites boules puantes entre des mains calculatrices qui attendent leur heure d’ouverture. Chacun sait ce qu’il a fait ! Chacun sait ce qu’il a dit !

Le bal des boules puantes et des intrigues politiciennes est très risqué !

Présumés complices de Côte d’Ivoire, unissez vous !

Babacar Coulibaly

netafrique.net

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