Procès du putsch : « Je vous remets ma vie de jeunesse, faites-en ce que vous voulez ! », lance le soldat Soulama

« 25 ans de prison ferme ? C’est trop fort pour moi », a clamé le soldat de deuxième classe Soulama Seydou qui purge une peine d’emprisonnement de 10 ans ferme dans l’affaire de l’attaque de la poudrière de Yimdi. Après la plaidoirie de son avocate Me Antoinette Boussim la veille, l’accusé avait souhaité dire son dernier mot ce 10 juillet 2019. Entre demande de pardon et dépit, il finira par lâcher que si les 25 ans de prison ferme requis par le parquet peuvent apaiser les cœurs des victimes et permettre aux âmes des défunts de reposer en paix, alors que le président le condamne à cette peine.

Documents en main, le soldat de deuxième classe a comparu ce 10 juillet 2019 à la barre du tribunal militaire de Ouagadougou dans le cadre du procès du coup d’Etat de septembre 2019. Engagé dans les forces armées nationales en juillet 2014, Soulama Seydou a été radié des rangs le 5 octobre 2015 avant d’être condamné à une peine de 10 ans d’emprisonnement ferme suite à l’attaque de la poudrière de Yimdi.

Il rappelle qu’il n’avait que 23 ans quand le coup d’Etat intervient en mi-septembre 2015. Pour un militaire qui vient de terminer sa formation, il reconnait qu’il était « tout affolé » et prêt à exécuter ce qu’on lui a appris lors de sa formation. Pour faire des patrouilles et autres missions, son chef Sergent-Chef Laoko Zerbo Mohamed le choisit avec d’autres militaires. Il dit n’avoir rien fait de grave, sinon lever des barricades, exécuter des ordres. Pourtant pour le parquet, il fait partie de ceux qui ont tiré une roquette sur le studio Abazon. Un témoin a aussi reconnu l’accusé comme celui qui l’a fouetté avant de s’emparer de sa tablette. C’est aussi son équipe qui s’est rendue à Zorgho pour incendier la radio Laafi.

« Je n’ai jamais tiré une roquette, ni fait usage de mon arme », s’est pourtant encore défendu l’accusé.

Le parquet a requis 25 ans de prison ferme pour le soldat Soulama Seydou. « C’est trop fort pour moi, je n’arrête pas de me poser des questions sur ce que j’ai fait. Je ne pouvais pas donner d’ordre, je n’ai pas participé à une réunion (…) On ne choisit pas son chef, si on pouvait désigner son chef, j’aurais voulu être dans le groupe du Lieutenant Zagré pour ne pas être cité », a déclaré le soldat qui dit regarder sa jeunesse et son espoir partir en vrille.

Poursuivant dans ses moments de confessions, le soldat de 2e classe note qu’il a tout perdu, pas seulement le métier des armes qu’il dit aimer toujours. « Ayez pitié de moi en m’accordant une circonstance atténuante afin que je prouve que je suis un bon soldat. Ma place est au combat auprès de mes frères d’armes, pas à la MACA », a-t-il poursuivi.

Alors qu’il était dans une dynamique de demande de pardon et de supplication de circonstance atténuante, l’accusé fait un virage dans sa défense en demandant au président du tribunal de le condamner à 25 ans de prison. Si cela peut apaiser les cœurs des victimes et permettre aux défunts de reposer en paix. « Je vous remets ma vie de jeunesse, faites-en ce que vous voulez », a-t-il conclu avec dépit avant de regagner sa place.

Contrairement au soldat de 2e classe Seydou Soulama, le Colonel major Boureima Kiéré, Chef d’Etat-major particulier du président du Faso au moment du coup d’Etat, risque 5 ans de prison avec sursis, si on s’en tient aux réquisitions du parquet militaire. C’est lui qui a signé le communiqué annonçant l’avènement du CND et faisant du Gal Gilbert Diendéré président de cette instance et a autorisé certaines missions, comme celle aéroportée pour récupérer du matériel de maintien d’ordre à la frontière avec la Côte d’Ivoire.

Mais pour ses avocats, c’est lourd comme peine, surtout que l’accusé risque la radiation à deux ans de sa retraite. Les avocats Dieudonné Bonkoungou, Mireille Barry et Michel Traoré ont plaidé pour l’acquittement de leur client. Pour eux, aucun élément matériel ni moral ne lie le Colonel Major au coup d’Etat.

Avant la suspension de l’audience, c’est Me Alexandre Sandwidi, conseil du Sergent-Chef Roger Koussoubé, qui avait le crachoir. Le parquet a requis 25 ans de prison ferme pour celui qui est surnommé ‘’Touareg’’. L’avocat poursuivra sa plaidoirie le 12 juillet 2019.
Lefaso.net

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