Procès du putsch : « Jacques Limon ne veut plus se battre », ironise Me Séraphin Somé

Comme annoncé, l’expert en sécurité informatique a été rappelé à la barre du tribunal militaire de Ouagadougou, à l’audience de ce lundi 25 mars 2019. Mais il n’aura pas eu à dire grand chose. Car ce sont plutôt les relevés téléphoniques qui ont parlé, confirmant les échanges entretenus entre certains accusés. Dans la matinée, les débats ont donc porté sur la pièce produite par le parquet militaire, à savoir les relevés téléphoniques de certains accusés, obtenus auprès des opérateurs .

S’il y a bien un accusé qui a réfuté le contenu de l’expertise téléphonique menée par Younoussa Sanfo, c’est bien le lieutenant Jacques Limon. Ce dernier, depuis sa déposition à la barre, a toujours crié au complot contre sa personne pour une affaire de passation de marché pour l’acquisition de matériel devant servir à l’expertise téléphonique, dans le cadre de la procédure. Son avocat, Me Mamadou Sombié, dit avoir l’impression que les personnes qui ont signé le marché sont tapies dans l’ombre et veulent « liquider » son client.

Il a rappelé que le téléphone du lieutenant Limon n’a pas été expertisé et que le juge a prononcé une ordonnance de non-lieu pour l’accusé Jean Bénédicte Bi-ila qui a pourtant échangé des SMS plus graves que ceux échangés entre son client et le capitaine Zoumbri. « Le lieutenant Limon a dit que c’est quand il était au courant de la passation de marché qu’on a ajouté des messages à ceux qu’il a envoyés au capitaine Zoumbri », a déclaré Me Sombié. 
Mais les fadettes obtenues auprès des opérateurs et brandies par le parquet sont venues remettre en cause ses déclarations, confirmant les conclusions de l’expertise informatique.

« Quand le lieutenant Limon est passé ici, on pensait qu’il allait se battre jusqu’à la dernière goutte de sueur. Aujourd’hui, il ne veut plus se battre. Il est déjà dans la plaidoirie. Il dit que pour ses SMS, on ne doit pas lui infliger une condamnation ferme. Les carottes sont cuites. Il a reconnu la matérialité des échanges. Tous ces débats autour du marché étaient de la diversion. Je vous prie de constater que Limon, à travers son avocat, a commencé à vous demander pardon », a déclaré Me Séraphin Somé de la partie civile.

En réaction aux propos de son confrère, Me Sombié dira qu’il n’a pas encore commencé sa plaidoirie. « Je commence à réunir des éléments afin d’obtenir l’acquittement de mon client. En quoi avons-nous plaidé notre culpabilité ? Le lieutenant Limon a été attrapé comme un mouton de Tabaski ».

Notons qu’à l’audience, le parquet militaire a également énuméré plusieurs échanges téléphoniques, une dizaine environ, entre le journaliste Adama Ouédraogo dit Damiss et le général Diendéré. Dans la pièce produite par le parquet, il ressort que les deux hommes se sont appelés le 16 septembre 2015, quatre fois en l’espace de 30 minutes, entre 13h08 et 13h39. Un échange a également eu lieu à 14h50, après l’arrestation des autorités de la Transition, jusqu’à 17h moins, quelques minutes avant la rencontre de la Commission de réflexion et d’aide à la décision (CRAD) au ministère de la Défense nationale et des Anciens combattants.

Mais Me Guy Hervé Kam souligne qu’entre 22h et 2h40, c’était le silence radio entre les deux hommes. Pour l’avocat de la partie civile, « c’est parce qu’ils étaient au même lieu », c’est-à-dire au camp Naaba-Koom. La communication reprendra de plus belle jusqu’à 3h40, alors que le général avait quitté le camp pour le ministère de la Défense.

Pour le conseil de Damiss, Me Stéphane Ouédraogo, le parquet s’engage dans « un glissement insidieux » en prétendant que les échanges téléphoniques sont des preuves d’actes de complicité. Selon lui, le nombre d’appels échangés importe peu, et l’accusation devrait plutôt s’atteler à donner le contenu de ces appels.

Herman Frédéric Bassolé
Lefaso.net

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