Procès du putsch du CND : « L’opinion ne fait pas le droit, elle ne fait pas la justice », recommande Me Jean Degli

C’est par une sorte de recommandation, que Me Jean Dégli, un des avocats du général Gilbert Diendéré, a, ce mercredi, 7 août 2019, achevé sa plaidoirie, entamée la semaine dernière. Dans sa dynamique de défense de la veille, l’avocat a également combattu l’infraction de trahison (une des trois charges) qui pèse sur son client.

L’avocat a d’abord tenté de démontrer que les meurtres et coups et blessures (les trois chefs d’accusation qui pèsent sur le général Diendéré : attentat contre la sûreté de l’Etat ; meurtre, coups et blessures ; trahison et incitation à la commission d’actes d’indiscipline) ne peuvent pas être considérés comme conséquences prévisibles d’un attentat contre la sûreté de l’Etat. En clair, les morts ne sont pas les conséquences prévisibles d’un coup d’Etat, précise-t-il.

Il en veut pour illustration que des coups d’Etat se sont opérés sans effusion de sang (le coup d’Etat de 1965 au Togo, le coup d’Etat de février 2010 au Niger contre le président Tandja, le coup d’État de 2017 au Zimbabwe contre le président Robert Mugabé…). Il déplore donc que la partie civile veuille condamner le général Diendéré sur la base de la vraisemblance. « La responsabilité civile n’a pas les mêmes fondements que la responsabilité pénale. La responsabilité pénale est individuelle », rappelle Me Dégli, pour qui, la condamnation sur la vraisemblance est une « abomination ».

Il estime que l’homme (Gilbert Diendéré) qui a conseillé Blaise Compaoré de quitter le pouvoir (octobre 2014) pour éviter l’effusion de sang ne peut pas verser le sang, tuer pour le pouvoir. « On a dit que c’est dans les opérations de maintien de l’ordre que certaines morts sont survenues. Le général Diendéré n’a jamais demandé au RSP de maintenir l’ordre, c’est à la gendarmerie qu’il a demandé », situe l’avocat avant de souligner que c’est parce que le général ne voulait pas de morts qu’il a requis du matériel approprié au maintien de l’ordre (venu la Côte d’Ivoire).

Il affirme que la hiérarchie militaire a même donné son quitus pour cela, en mettant à sa disposition un avion parti de la base aérienne et des gendarmes qui ont sécurisé le périmètre de réception dudit matériel. 
Fort de son décryptage, Me Degli demande que l’on ne fasse pas porter au général uniquement les conséquences négatives ; il faut lui reconnaître aussi les actes positifs. « Dès le 19 septembre (2015), le général a déploré les morts et les blessés », a-t-il noté, estimant que celui qui a ordonné de tels actes ne peut en même temps exprimer un tel sentiment.

  • Pour ce qui est de l’infraction de trahison, l’avocat s’est appuyé sur l’article 88 du code pénal burkinabé qui retient que : « Est coupable de trahison et puni de l’emprisonnement à vie, tout burkinabè qui : 
     porte les armes contre l’Etat ;
  • entretient des intelligences avec une puissance étrangère en vue de l’engager à entreprendre des hostilités contre le Burkina Faso ou lui en fournit les moyens soit en facilitant la pénétration de forces étrangères sur le territoire burkinabè, soit en ébranlant la fidélité des armées, soit de toute autre manière ;
  •  livre à une puissance étrangère ou à ses agents, soit des troupes, soit des territoires, villes, ouvrages, postes, magasins, arsenaux, bâtiments, matériels, munitions, navires, appareils de navigation aérienne ou de locomotion ferroviaire appartenant au Burkina Faso ou affectés à sa défense ;
  • en vue de nuire à la défense nationale, détruit ou détériore un navire, un appareil de navigation aérienne ou de locomotion ferroviaire, un matériel, une fourniture, une construction ou une installation quelconque, ou qui, dans le même but, y apporte soit avant, soit après leur achèvement, des malfaçons de nature à les endommager, à les empêcher de fonctionner normalement ou à provoquer un accident ».

« L’histoire ne s’écrit pas selon la volonté des hommes, mais selon les faits »

Me Degli observe que la trahison suppose une situation de guerre et des services rendus par l’auteur à l’ennemi contre son pays. Or, poursuit-il, les deux pays en cause étaient la Côte d’Ivoire et le Togo. Aucun des deux n’était en guerre contre le Burkina. D’ailleurs se demande-t-il comment quelqu’un qui aspire gouverner peut-il, en même temps, vouloir ‘’vendre’’ son pays à l’ennemi.

‘’On a parlé de communications entre le général et des personnes à l’étranger. Mais, ce n’est pas le général qui les appelées, ce sont plutôt ces personnes qui ont appelé le général Diendéré ; parce que le numéro du général s’est retrouvé sur les réseaux sociaux par des gens qui lui en voulaient’’, a relaté en substance Me Jean Degli.

L’avocat croit savoir pourquoi cette charge (trahison) a été retenue contre son client. En effet, brandit-il, la peine de mort ayant été supprimée au Burkina, l’on a tenté de chercher la condamnation qui est la plus proche : la peine capitale ou à perpétuité. D’où les infractions de crime contre l’humanité et de trahison initialement retenues parmi les charges contre le général. Finalement, affirme-t-il, la première infraction s’est révélée ‘’trop flagrante’’ pour être retenue ; d’où son abandon pour ne retenir que la trahison.

Pour Me Degli, l’on veut vaille que vaille éliminer le général Diendéré. Il en veut pour preuves, les ‘’nombreuses tentatives’’ de son élimination (y compris la tentative d’emprisonnement sous la transition). Il relève que même en route pour la Nonciature (où il s’est réfugié lors du putsch), l’on a tenté de l’éliminer en cours de route.

L’avocat exhorte à ne pas oublier que son client a rendu d’énormes services à son pays et à la sous-région, notamment dans le cadre de la lutte contre le terrorisme. « L’histoire ne s’écrit pas selon la volonté des hommes, mais selon les faits. Gilbert Diendéré est un nom qu’on ne peut pas tuer », résume-t-il avant de rappeler que le général étant un être humain, il a son côté positif et aussi son côté négatif.

Le général Gilbert Diendéré a contribué à désamorcer la crise, évitant ainsi le chaos à son pays, affirme l’avocat. C’est lui qui a ordonné la libération des otages, alors qu’il pouvait faire d’eux, un bouclier, apprécie Me Degli. Il a aussi œuvré au désarmement des éléments du RSP, ajoute-t-il. « Ce n’est pas parce que les évènements ont fait de sorte qu’on puisse le juger aujourd’hui, qu’il faut le considérer comme un diable. On ne peut pas réduire le général Diendéré aux évènements de septembre 2015 », estime l’avocat.

Il rappelle aussi que le général est celui-là qui a voulu que tous les Burkinabè prennent part aux élections, sans exclusion ; ce d’autant qu’une juridiction internationale (Cour de justice de la CEDEAO, ndlr) avait ordonné une élection ouverte à tous.

« La décision que vous rendrez sera la preuve de ce que le Burkina Faso est rentré dans l’Etat de droit ou pas. Nous avons, en face, un procès dans lequel, les preuves ne sont pas constituées. Le Parquet n’a pas apporté les preuves de ses accusations contre le général Diendéré. (…). L’opinion ne fait pas le droit, l’opinion ne fait pas la justice ; il faut s’en départir et dire la justice. (…). Le procès n’est pas celui de la haine qu’ont certaines personnes depuis des années contre Gilbert Diendéré, c’est plutôt un procès du général Diendéré en lien avec les évènements de septembre 2015 », a conclu Me Jean Dégli par cette adresse au tribunal de Seydou Ouédraogo.
Lefaso.net

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