Procès du putsch : “Ce n’est quand même pas le saint esprit qui a fait le coup”, Gal Honoré Nabéré Traoré

Un autre témoin à la barre du tribunal militaire ce 20 février 2018. le Général de division, Honoré Nabéré Traoré, ancien chef d’Etat-major général des armées, a aussi révélé que dès les premières heures, la hiérarchie militaire sans ambiguité, s’est opposée au coup de force. La première mouture de la déclaration du CND a été lue devant eux, mais il n’y avait pas de nom. Ils ont alors fait savoir au Gal Gilbert Diendéré que ce n’est quand même pas le saint esprit qui a fait le coup d’Etat. Le témoin a certes dit son opposition à certaines décisions prises sous la transition, comme cette “poussée dorsale”, ce “triple saut” de Yacouba Isaac Zida passé de Lieutenant-colonel à Général de division, mais cela ne justifiait pas un coup de force.

L’ancien chef d’Etat-major général des armées, le Général de division a participé à la rencontre de la CRAD (Commission de réflexion et d’aide à la décision) dans l’après midi du 16 septembre 2015. Effectivement, le Général Gilbert Diendéré les a informés que les autorités de la transition étaient mises aux arrêts par des éléments du RSP. Comme raison de cette prise en otage, selon le témoin, ’’Golf’’ a avancé trois arguments notamment.

L’exclusion politique est la première. La “poussée dorsale” qu’a bénéficié Yacouba Isaac Zida pour passer de Lieutenant Colonel à Général de division en était la deuxième. A en croire le Gal Honoré Traoré, toute l’armée était vent débout contre le texte taillé sur mesure pour faire porter des étoiles au premier ministre d’alors. Avant, il fallait le grade de Colonel pour être, exceptionnellement promu Général. Et là, il s’agissait même de Général de brigade. Mais, Yacouba Isaac Zida, lui a brulé les étapes, ce qui n’avait jamais été fait dans l’armée, avec un triple saut de 13 ans. En outre, la dissolution programmée du RSP a été la troisième raison avancée pour commettre le putsch.

Après son exposé, et selon le témoin Honoré Traoré, “tout le monde a désapprouvé le coup de force”. Un tour de table a été fait en moins de 15 minutes, et à l’unanimité un refus du coup a été opposé au Gal Diendéré. Mais avant toute chose, les hauts gradés et les sages ont conseillé le Gal de faire libérer les otages. Ce dernier leur a rétorqué que les éléments du RSP allaient s’opposer à cette option. Effectivement parti rendre compte des vœux de la CRAD à ses hommes, Golf reviendra leur annoncer le niet.

Le présumé cerveau du putsch contera alors à ses interlocuteurs que les éléments qui ont procédé à l’arrestation des autorités, avaient l’intention de mettre en place un organe. Et là, une déclaration en ce sens a été lue. Mais il n’ y avait ni signature, ni nom à la fin, seulement la date (Ouagadougou le 16 septembre 2015). “Nous lui avons dit que ce n’est quand même pas le saint esprit qui a fait le coup”, rappelle le Gal Traoré. Et là, ’’Golf’’ a supplié l’accompagnement de la hiérarchie.“Soutenez-moi, j’ai besoin de votre aide”, aurait-il lancé à ses interlocuteurs qui selon le témoin, auraient opposé un non catégorique et sans ambiguité.

A en croire le témoin, pendant que les discussions se menaient dans la salle, un dispositif sécuritaire était en place dans la grande cours du ministère de la défense. Lui-même a aperçu deux bastions et des chars. Ils ont alors compris qu’un “coup d’Etat était en téléchargement.

Les messagers à la barre

A la suite de la déposition du témoin, les accusés Gilbert Diendéré et Boureima Kiéré ont été appelés à la barre. Quand, ils arrivent, le Gal Honoré Traoré leur serre la main. Le premier n’a pas voulu épiloguer sur les raisons avancées devant la CRAD pour justifier l’arrestation des autorités. Il précisera seulement qu’il n’ y avait pas chars, ni de disposition particulière dans la cours.

Alors que le présumé auteur du coup a dit lors de ses précédentes auditions que la hiérarchie militaire devrait procéder à son arrestation si elle n’était pas d’accord avec le coup, l’ancien CEMGA a relativisé. Selon lui, aucun texte ne permettait à la CRAD d’arrêter le Gal Diendéré. En plus, ça aurait été une erreur , parce qu’il aurait pu y avoir des échanges de tirs.

Ensuite, les avocats de partie civile inviteront d’abord ceux qui sont allés annoncer l’arrestation des autorités de la transition au Gal Diendéré a son domicile. Les auxiliaires de justice veulent savoir s’ils ont explicitement dit au Gal ce pourquoi ils avaient fait le coup. L’adjudant Florent Nion et le Sergent Chef Moussa Nébié feront savoir qu’ils ont juste dit à leur interlocuteur que les autorités ont été arrêtées. Rien de plus. Le Major Éloi Badiel, celui qui a organisé l’opération dira pareil.

Ensuite, les officiers du RSP que ’’Golf’’ a rencontré vont dans le même sens. Il ne leur a pas été dit pourquoi le président, le premier ministres et les ministres avaient été arraisonnés. “Les éléments du RSP n’ont eu aucune raison pour agir le 16 septembre. Il est définitivement établi que personne n’a donné au Gal des raisons pour arrêter les autorités. Pourtant devant la CRAD, il a énuméré des raisons au nom du RSP”, a conclu Me Pierre Yanogo de la partie civile.

Un Général après un autre

A la suite du Gal Honoré Traoré, c’est le tout nouveau ancien CEMGA qui a été appelé. Le Gal de brigade Oumou Sadou a abondé dans même sens que son prédécesseur. Il a été notifié au nouveau chef du CND qu’un coup d’Etat ne saurait prospérer, parce que les condamnations vont fuser de partout. “Nous lui avons dit que c’était voué à l’échec”, a rappelé le Gal Sadou. Selon lui, la CRAD a clairement dit au Gal Diendéré de faire savoir à ses éléments qu’un coup d’Etat était inacceptable.

Il est revenu leur dire que les éléments étaient déterminés et n’étaient pas prêts à faire marche arrière. Et puisque les lignes ne bougeaient pas, il a été demandé à Golf d’assumer. Ce qu’il n’a pas refusé. Il a toutefois demandé un accompagnement dans le maintien d’ordre, “quand les éléments du RSP étaient dans la rue maintenant l’ordre à leur manière”, a expliqué le Gal Oumarou Sadou dont l’audition se poursuivra le 22 février 2019.

Tiga Cheick Sawadogo

Lefaso.net

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