Procès du putsch : Ce fonctionnaire de police secouru par le colonel-major Boureima Kiéré

Ouvert la veille, le passage à la barre des victimes du putsch de septembre 2015 s’est poursuivi ce mardi, 10 avril2019. Parmi les récits, on retient celui de ce fonctionnaire de Police, M. Y. Cet homme de tenue était, à l’époque des actes, de service au domicile de feu Dr Salifou Diallo (à l’époque, 1er Vice-président chargé de l’orientation politique du MPP).

M. Y s’est constitué partie civile car, « victime de voie de fait, de coups et blessures volontaires », selon ses propos. De sa narration des circonstances de ce qui lui est arrivé, il ressort que le 16 septembre 2015, il était au domicile de feu Dr Salifou Diallo, lorsqu’il a reçu un coup de file, l’informant que des jeunes venaient au domicile avec des bâtons, gourdins et bidons. Une information qui va se confirmer par la suite. Il réussira, avec le groupe de garde, à repousser ces jeunes. Persistants dans leur volonté d’accomplir leur besogne, ces jeunes sont finalement repoussés pour la troisième fois par « un tir de sommation », de M. Y.

Ces jeunes se dispersent, mais reviennent pour la quatrième fois, accompagnés, cette fois-ci, d’éléments RSP, déclare M. Y. Ces derniers s’adressent à lui, en demandant pourquoi il avait tiré des coups de feu. Malgré ses explications, M.Y se voit intimer l’ordre par les « assaillants » de rendre son arme (un P.A), qu’il avait déposée à l’intérieur de la maison. Après avoir récupéré l’arme, M. Y est ensuite sommé de se déshabiller. Puis, il est manœuvré (avec d’autres jeunes de la garde) avant d’être embarqué à bord d’un véhicule pour le camp Naaba Koom (d’alors, base du RSP). Des proches de feu Salifou Diallo, face à l’inquiétude de voir partir M.Y, contactent le colonel-Major Boureima Kiéré (chef d’Etat-major particulier de la présidence du Faso à l’époque du coup d’Etat).

Cliquez ici pour lire aussi Procès du putsch du CND : L’accusé piégé par une tablette nie toujours les faits

Celui-ci, étonné de la présence d’éléments en ce lieu, met donc en place un dispositif de fouille des véhicules à l’entrée du palais présidentiel, Kosyam (le camp Naaba Koom étant situé à l’intérieur du palais Kosyam). Ce dispositif va effectivement permettre d’intercepter M. Y à l’intérieur d’un véhicule. Il y est retiré puis conduit à l’infirmerie de la présidence, sur ordre du colonel-major Kiéré. « Le colonel-major Kiéré a demandé qui a envoyé ces jeunes-là bas même. Il a dit : ces jeunes-là vont nous créer des problèmes. Et le colonel-major Kiéré a enlevé son béret pour essuyer ses larmes », retrace M. Y.

Le fonctionnaire de Police, M. Y, dit reconnaître parmi les auteurs des actes, Baguian Abdoul karim dit Lota, les soldats Adama Kaboré et Soumaïla Diessongo ainsi que l’adjudant Ardjouma Kambou. M. Y explique également que ce jour-là (16 septembre), des dégâts au domicile de Salifou Diallo ont été évités grâce à un élément du groupe, un sergent, qui a insisté pour que rien n’y soit touché. « Il a dit que s’ils touchaient à quelque chose, ils allaient l’entendre », révèle M. Y, précisant que le domicile sera finalement incendié le 18 septembre (alors qu’il était absent pour raisons de soins).

En réaction, le soldat Adama Kaboré dit ne pas se reconnaître dans les propos de M. Y. D’où le maintien de ses propos tels que relatés à la barre à sa comparution. Le soldat Soumaïla Diessongo ne reconnaît non plus pas avoir frappé et conduit quelqu’un au camp. Pour ce dernier, M. Y ne peut d’ailleurs pas être considéré comme victime, car ayant tiré des coups de feu.

Le colonel-major Boureima Kiéré, lui, confirme que M. Y est arrivé à Kosyam avec des séquelles de sévices sur le corps (ce que n’ont pas reconnu les soldats Adama Kaboré et Soumaïla Diessongo). « Il souffrait beaucoup, il gémissait. J’avais eu l’impression qu’il avait même des problèmes de respiration », précise Colonel-major Kiéré.

Le parquet militaire, à travers des extraits du procès-verbal du juge d’instruction, relève des contradictions dans les propos du soldat Adama Kaboré. Ce dernier maintient ses propos en affirmant que son procès-verbal devant le juge d’instruction a été modifié au niveau du cabinet N°1 de la justice militaire, où il dit avoir été soumis à la signature d’une pile de documents. « J’ai cherché à comprendre, mais le juge m’a dit de signer que c’est pour mon bien », dit soldat Adama Kaboré. Il ajoute également avoir demandé en vain un traducteur (parce que ne comprenant pas le français).

Cette étape est suivie d’un ping-pong entre le soldat Adama Kaboré et Me Farama (partie civile).

« Chacun paiera dans l’au-delà. Dieu va trancher », lance soldat Kaboré. Me Farama : « En attendant qu’on se retrouve dans l’au-delà, on va d’abord trancher ici ». Soldat Adama Kaboré : « Celui qui punit injustement quelqu’un, va le payer d’abord sur terre ici ». Me Farama : « Que chacun paie pour ce qu’il a fait ». Soldat Adama Kaboré : « Amina yarabi ! ».

Puis, Me Farama conclut son intervention, en notant que la plupart des accusés qui sont passés à la barre sont « de très mauvaise foi » et animés de cruauté ; en ce sens que personne n’exprime le regret. Pour lui, cette posture veut dire qu’ils recommenceraient, si c’était à refaire.

Lire aussi Procès du putsch : Boukaré, la victime qui se soigna avec de la potasse et du sel

Lefaso.net

Related posts

Leave a Comment