Procès du coup d’État : L’étonnante plaidoirie de Me Pierre Yanogo

Ce 14 juin 2019, Me Pierre Yanongo, dans sa plaidoirie, a catégorisé les accusés selon leurs degrés d’implication dans le coup d’État. Pour certains, l’avocat des victimes a relevé des circonstances atténuantes, comme le commandant Abdoul Aziz Korogo, chef de corps du Régiment de sécurité présidentielle (RSP) à l’époque des faits, ou encore le colonel Bamba, pour sa transparence à la barre. Pour d’autres par contre, comme le capitaine Dao, le magistrat militaire Abdoul Karim Traoré, qui n’ont fait aucune amende honorable, l’avocat a plaidé pour que le droit soit dit dans toute sa rigueur.

Les accusés dans le box n’ont pas le même degré d’implication dans le coup d’État. Me Pierre Yanogo a essayé de catégoriser les accusés en trois. La première catégorie concerne ceux chez qui, il dit n’avoir pas trouvé d’actes posés qui puissent justifier leur condamnation. C’est le cas du colonel Omer Bationo, directeur général de la sécurité intérieure au moment des faits, ou encore du capitaine Gaston Ouédraogo, qui est allé en mission en Côte d’Ivoire pour chercher du matériel, alors qu’il ne connaissait pas la destination. « Voyageur malgré lui », précisera l’avocat.

Dans la deuxième catégorie, l’on retrouve ceux dont l’homme de droit estime qu’ils ont posé des actes certes répréhensibles, mais qui, une fois à la barre, ont eu un comportement qui pourrait leur être profitable. D’ailleurs, a expliqué l’avocat, dans cette catégorie, l’on retrouve des officiers du RSP, pour l’essentiel ignorés par le cerveau du putsch. C’est après l’arrestation des autorités de la Transition par des sous-officiers que le général Gilbert Diendéré a réuni les officiers dans une salle encerclée par des hommes armés pour les informer. Ils étaient tenus en joug, précise le conseil des victimes.

En premier lieu, il y a le colonel-major Boureima Kiéré. Selon Me Yanogo, il a péché par manque d’indépendance vis-à-vis du général Diendéré. Il est resté collé au cerveau du coup d’État, quand bien même la hiérarchie militaire a marqué son opposition à cette aventure sans issue. En outre, il a exécuté des actes pour conforter le coup. C’est par exemple lui qui a signé la déclaration faisant de Diendéré le président du CND. Mais il a entre-temps dit au général Diendéré de renoncer à l’aventure, et une fois à la barre, il a exprimé ses regrets.

Ensuite, il y a le commandant Abdoul Aziz Korogo, commandant du RSP quand le coup d’État survint. Me Pierre Yanogo rappelle qu’il s’est retrouvé pris en otage dans le piège de la guerre fratricide entre le lieutenant-colonel Yacouba Isaac Zida et le général Gilbert Diendéré. « Pour être honnête, il a posé des actes », reconnaît l’avocat qui égrène.

C’est bien le commandant qui a envoyé des hommes chercher des armes au Togo, qui a autorisé des missions de maintien d’ordre à la Place de la nation. Par contre, relève Me Yanogo, ce serait ingrat et malhonnête de ne pas reconnaître les actes positifs que l’accusé a posés pour éviter l’affrontement entre le RSP et l’armée loyaliste. D’ailleurs, les médiateurs comme Mgr Paul Ouédraogo, ou encore l’ancien chef d’état-major général des armées, ont reconnu son rôle dans le dénouement de la crise.

Aussi, il a cité celui qui a été le premier visage du putsch avec la lecture des communiqués à la télévision, le médecin-colonel Mamadou Bamba qui, selon lui, est une victime du coup d’État. L’auxiliaire de justice relève qu’il a été transparent à sa comparution à la barre, en aidant à la manifestation de la vérité. L’accusé a regretté ce qu’il a fait et même maudit le jour qu’il a connu le capitane Abdoulaye Dao qui l’a mis dans cette affaire.

Il y a également le capitaine Oussène Zoumbri. L’homme a été un acteur du coup d’État, il a même proféré des menaces aux médiateurs qui étaient allés à Kosyam pour dissuader les hommes de continuer dans cette aventure. Il a également conversé par message avec le lieutenant Jacques Limon pour mieux assurer la réussite du coup d’État. Mais une fois à la barre, il a fait profil bas et a regretté ce qui s’est passé.

La catégorie des non-repentis

La troisième catégorie regroupe ceux qui, selon l’avocat ont, non seulement, joué un rôle majeur dans le coup d’État, mais n’ont manifesté aucun remord quand ils ont comparu. En premier lieu, il y a le capitaine Dao. Absent au moment de la prise en otage des autorités de la Transition, il a pris les choses en main une fois à Ouagadougou, en étant le chef d’orchestre des putschistes et en étant très menaçant à l’endroit des médiateurs. À la barre, l’accusé n’a manifesté aucun signe de repentir.

Le colonel Abdoul Karim Traoré était l’un des cerveaux du coup, le rédacteur en chef des communiqués du coup d’État, selon Me Pierre Yanogo. Juge de formation, magistrat de profession, militaire de métier, son comportement est inacceptable, a martelé l’avocat, ajoutant que son attitude à la barre ne plaide pas en sa faveur.

Le lieutenant Boureima Zagré est également dans l’aile dure du coup, selon Me Yanogo. En mission onusienne, il était en permission à Ouagadougou quand le coup d’État est survenu. Malgré tout, il a pris une part active aux événements en conduisant une équipe à la Place de la nation et en allant au Togo pour chercher du matériel. Son degré d’engagement amène le conseil des victimes à se demander s’il était vraiment à Ouagadougou de façon fortuite pendant le coup. Le lieutenant à la barre n’a pas eu un comportement qui laisse croire qu’il regrette ses actes.

Outre ces officiers, Me Pierre Yanogo a apprécié l’attitude de certains sous-officiers qui ont certes été impliqués dans le coup d’État, mais ont eu un comportement appréciable à la barre. Il s’agit entre autres de l’adjudant Jean Florent Nion, l’adjudant-chef Moussa Nebié, le sergent-chef Ali Sanou…

Tiga Cheick Sawadogo
Lefaso.net 

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