Politique générale du gouvernement : L’analyse d’Amos Zong-Naba sur le plan économique

Dans les lignes qui suivent, Amos Zong-Naba, économiste fiscaliste, fait une analyse, sur le plan économique, de la Déclaration de politique générale du Premier ministre, Lassina Zerbo. 

Burkina 24 : Quelle analyse faites-vous sur le plan économique de la déclaration de politique générale du Premier Ministre devant l’Assemblée Nationale le 07 janvier 2022 ?

Avant d’analyser le volet économique de la déclaration de politique générale (DPG), permettez-moi de faire une petite analyse globale.

Sur la forme

La DPG est déjà une exigence de la Constitution de notre pays notamment en son article 63 qui veut que le Premier ministre dans un délai de 30 jours suivant sa nomination fasse une déclaration devant l’AN pour indiquer la feuille de route du gouvernement. On se rappelle que c’est le 10 décembre 2021 que Dr Lassina Zerbo fut nommé et il avait jusqu’au 10 janvier 2022 pour prononcer sa déclaration de politique générale (DPG).

Cette DPG est tirée du programme de société, base sur laquelle les Burkinabè ont élu le Président du Faso. On le sait, ce sont dix grands chantiers qui sont déclinés dans le programme présidentiel de Roch Marc Christian Kaboré qui est « Ensemble et en mouvement pour reformer l’Etat, l’administration publique, pour garantir la sécurité, la stabilité et renforcer la résilience économique du Burkina Faso ».

Ainsi donc, cette DPG du Premier Ministre, Dr Lassina Zerbo, est fondée sur ces dix chantiers ainsi que sur le référentiel de développement qu’est le Plan National de Développement économique et social II (PNDES II). Elle est bâtie autour de 04 grands piliers que sont :

Le retour de la paix, de la sécurité et la consolidation de la résilience ;

Le retour des Personnes Déplacées Internes dans leur localité d’origine ;

La réconciliation nationale ;

La lutte contre corruption et l’enrichissement illicite.

De façon générale, je dirai que la feuille de route délinée par le Chef du Gouvernement est concise, cohérente, claire et pertinente au vu des préoccupations du moment et du concept nouveau de changement de paradigme évoqué par le Président du Faso.

Au niveau du format, en lieu et place des discours fleuves, c’est plutôt en moins d’une heure que le Premier ministre Dr Zerbo a présenté sa politique pour les années à venir. Il a aussi répondu aux questions en un temps record de moins de 45 minutes tout en étant à l’aise devant la Représentation Nationale. Autant dire qu’il a fait le choix de parler peu et juste, mais surtout agir car la situation le commande.

Les 4 grands piliers annoncés dans la DPG résument les priorités du moment de notre pays que sont la sécurité, la réconciliation, réforme de l’administration, l’économie et la bonne gouvernance. Il dit prendre l’engagement avec toute l’équipe gouvernementale « d’œuvrer à relever les défis brûlants du moment qui doivent transformer la société et l’économie burkinabè ».

On peut dire sans se tromper que le Premier ministre a fait un bon diagnostic de la situation du pays et a proposé son « ordonnance » pour un développement économique et social.

Sur le fond

En regardant les 4 grands piliers, il apparait clairement la prise en compte du volet économique. Le pilier 1 évoque la résilience avec la réalisation des programmes d’urgences et la poursuite de la mise en œuvre du programme d’appui au développement des économies locales. Le pilier 4 quant à lui fait focus sur la rationalisation des dépenses de l’Etat et une transformation de l’économie avec les secteurs porteurs identifiés dans le PNDES II.

A priori, on peut dire que l’économie sera basée sur la transformation durable des produits locaux et une dynamisation des secteurs porteurs pour l’économie et des emplois. Il s’agira d’impulser une industrialisation dans les filières porteuses ainsi que l’amélioration du climat des affaires afin d’attirer des investisseurs. Ainsi, dit-il « transformer l’économie suppose de réduire les coûts structurels pour accroître sa compétitivité globale et augmenter la productivité dans les différentes branches d’activités ».

On peut dire que 03 leviers de l’économie ont été identifiés par le Premier Ministre Lassina Zerbo que sont : le développement des infrastructures de soutien à l’économie, un Investissement substantiel dans les secteurs de production pour élever la productivité et l’industrialisation des secteurs porteurs et l’amélioration de l’environnement des affaires.

Ces 03 leviers auxquels il faut adjoindre la rationalisation des dépenses de l’Etat, s’appuient notamment sur l’axe 4 du PNDES II à savoir « la dynamisation des secteurs porteurs pour l’économie et les emplois ».

Concernant le levier 1, le Premier ministre annonce la construction d’un réseau d’infrastructures routières de connectivité, de gagner le pari de l’énergie et s’appuyer sur les technologies de l’information et de la communication qui sont des facteurs importants de soutien à l’économie.

Le Mix énergétique avec un accent particulier sur les énergies renouvelables notamment le solaire, le second compact du Millenium Challenge Account va accompagner son financement. Il dit maintenir « la dynamique de la transition énergétique qui implique une modification structurelle profonde de nos modes de production et de consommation de l’énergie » mais aussi le nucléaire avec des études préalables à l’implémentation des mini centrales nucléaires de type SMR (Petits réacteurs modulaires) pour les entreprises industrielles. Il annonce également l’audit de la SONABEL afin de réduire les subventions de l’Etat.

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Aussi, le Gouvernement poursuivra la construction du réseau national de la fibre optique dans le cadre du projet Back Bone national des télécommunications pour entamer sa transition digitale et améliorer ainsi la performance de notre administration.

Le chef du gouvernement entend aussi promouvoir et encourager l’entreprenariat et l’innovation dans le secteur du digital, d’inciter à la Recherche et au développement, et promouvoir la diffusion des outils numériques et leur usage par tous pour une inclusion digitale durable. Il a aussi évoqué la transition écologique pour un développement durable.

Le développement des infrastructures de transport comme soutien à l’économie a été abordé par le Premier ministre. Le Gouvernement concentrera ses efforts sur la réalisation des projets suivants :

– l’accélération du projet de transformation de l’aéroport de Bobo-Dioulasso en hub régional ;

– l’achèvement de l’aéroport de Donsin pour qu’il soit une réalité en 2025 ;

– l’accélération du projet de liaison ferroviaire avec le Ghana dont le processus est bien avancé ;

– la réhabilitation du Chemin de fer Abidjan Ouaga.

Dans l’optique d’améliorer la maitrise d’ouvrage des projets structurants, une agence nationale des grands travaux sera créée, selon le chef du Gouvernement. A mon avis, il y a un risque que cette agence fasse doublon avec d’autres structures qui jouent déjà ce rôle.

Concernant le levier 2, le Premier ministre a annoncé l’intensification des grands aménagements hydro-agricoles et l’opérationnalisation des pôles de croissance.

Concernant la production agricole, il s’agira d’accroître les rendements et d’améliorer la commercialisation des produits.  Pour ce faire, le Gouvernement agira sur les leviers d’actions suivants :

-l’aménagement et la réhabilitation des infrastructures hydroagricoles;

-l’amélioration du fonctionnement de la centrale d’achat des intrants et matériels agricoles (CAIMA) ;

-l’accompagnement des producteurs dans la commercialisation de leur production ;

-la poursuite de la mise en œuvre des initiatives présidentielles « un million de tonnes de riz par an » et « assurer à chaque enfant en âge scolaire au moins un repas équilibré par jour » ;

-l’accélération de l’opérationnalisation des pôles de croissance, notamment, les agropoles de Samendeni, du Sourou et le pôle du Sahel.

Concernant le levier 3, il s’agit de dynamiser l’industrialisation des secteurs porteurs comme les mines, l’agriculture et l’élevage et l’accompagnement des PME/PMI, source de création d’emplois et de richesses pour notre pays. Ainsi, le PM annonce qu’il s’engage à accroitre la part du secteur minier dans le PIB de 20% en moyenne par an sur la période 2021-2025 et de consolider les réformes clés d’amélioration de l’environnement des affaires.

Quant au levier 4, c’est essentiellement des mesures de rationalisation des dépenses publiques en vue d’améliorer la gouvernance publique. Ainsi, il a insisté sur :

– la réduction du train de vie de l’Etat,

– la lutte implacable contre la corruption et les crimes économiques,

– le renforcement de la dématérialisation du travail au sein de l’administration,

– le renforcement de la promotion basée sur le mérite,

– l’amélioration de l’efficacité de la dépense publique.

Burkina 24 : Pensez-vous que la politique du Gouvernement est réaliste et réalisable ?

Oui la politique du gouvernement est réaliste et réalisable car elle a indiqué comment financer la mise en œuvre des différentes réformes et actions en perspective. Il a aussi donné des indicateurs pour la mesure le temps venu. La stratégie de mobilisation des ressources financières consiste à privilégier les recettes propres comme source de financement. A ce titre, le Premier ministre a rappelé que le PNDES II a un coût global de 19 030 milliards dont 63% de ressources propres.

Les régies de recettes de l’Etat (que sont les impôts, le Trésor et la Douane) qui ont réalisé des performances presque inédites en 2021, seront les premières sollicitées pour renflouer les caisses de l’Etat à travers les impôts et taxes ainsi que les recettes de service.

Par ailleurs, Dr Lassina Zerbo annonce le lancement prochain du mécanisme de contribution de nos concitoyens pour consentir à l’effort de guerre. La deuxième source est la maitrise des dépenses courantes afin de dégager une épargne budgétaire. A ce niveau, le Premier ministre, Lassina Zerbo a évoqué la réduction du train de vie de l’Etat à travers la modernisation des outils de gestion du patrimoine de l’Etat et le projet de réforme globale des rémunérations.

Faire appel aux ressources du marché financier régional, aux financements innovants, ainsi qu’aux Partenariats Public-Privé sont la 3è et la 4è sources de financement sans oublier le recours aux appuis des partenaires techniques et financiers et des pays amis. En effet, les 37% du PNDES sont à la recherche de financements innovants additionnels.

La conférence internationale des partenaires pour le financement du PNDES II, initialement prévue les 03 et 04 décembre 2021, se tiendra dans ce premier trimestre de 2022, a–t-il annoncé. Pour moi, le grand défi reste cette mobilisation financière au niveau international car la crise sanitaire a ralenti l’activité économique mondiale.

Cependant, la DPG aurait eu beaucoup plus d’impact sur le volet économique s’il y avait certains éléments. Il s’agit de :

La réduction du train de vie de l’Etat concernant certaines institutions : ce volet a été largement évoqué par le PM quand il parle de rationalisation des dépenses de gestion notamment le parc automobile et la réforme des rémunérations. Cependant le cas de certaines institutions que certains qualifient à tort ou à raison comme budgétivores n’a pas été évoqué. Aussi, la réforme des rémunérations est une bonne chose mais je me demande si cela ne va pas engendrer des remous sociaux de la part du monde syndical ; ce qui pourrait rendre difficile la mise en œuvre de la DPG surtout dans le contexte actuel de double crise sanitaire et sécuritaire.

La monnaie éco et la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAF) : le Premier ministre ne les a pas évoquées. Qu’est que le Burkina Faso compte faire pour tirer profit de ce vaste marché qu’est la ZLECAF ? Il est vrai qu’il a évoqué la transformation structurelle de l’économie mais ce marché est une opportunité pour nos produits si toutefois, nous sommes préparés intentionnellement et opérationnellement. Et la question de la monnaie éco est restée en suspens dans sa DPG.

Propos recueillis par Jules César KABORE

Burkina 24

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