Politique : « Chacun doit avoir ses priorités pour le développement du pays » Pr Mahamadou Dicko de la NAFA

Professeur Mahamadou Hadma DICKO, professeur titulaire à l’Université Joseph Ki ZERBO, est enseignent chercheur en biochimie et biotechnologie. Il est directeur d’un laboratoire et encadre actuellement plusieurs étudiants en thèse de doctorat et également en master des sciences. Notre invité est aussi le président de la Nouvelle alliance pour le Faso (NAFA). Cette interview a été réalisée dans le cadre d’un appui au CFOP-BF par le Programme Commun d’Appui à l’Assemblée Nationale du Burkina Faso (PROCAB), financé par la Délégation de l’Union Européenne, la Coopération Suisse et la Coopération Suédoise.

Comment se porte la NAFA à quelques jours des élections présidentielles et législatives ?

La NAFA était quand même la quatrième force aux élections de 2015, donc nous sommes en train de consolider notre position et de la renforcer également. Nous étions venus en quatrième position avec 131 000 voix aux législatives passées et 2 députés. Nous avions 5 mairies, 454 conseillers. Actuellement notre ambition c’est d’aller de l’avant parce que le parti est implanté sur toute l’étendue du territoire. Cette année nous avions 5 ans d’expérience et nous pensons que nous serons plus renforcés pour ces législatives. Vous savez que la NAFA ne va pas présenter de candidat à l’élection présidentielle. Dans notre stratégie nous allons mettre l’accent sur les législatives. Les législatives sont très importantes mais plusieurs personnes ne s’aperçoivent pas que nous vivons dans un régime beaucoup plus parlementaire, parce que les dispositions de l’article 45 montrent que c’est la majorité parlementaire qui gouverne, c’est elle qui désigne le premier ministre.

Quelle appréciation faites-vous de l’état du système sanitaire au Burkina Faso ?

Je pense qu’au niveau sanitaire au Burkina Faso, nous avons échoué. Quand je vois actuellement que dans mon pays, la majorité des contributeurs économiques ont tendance à aller se soigner dans le privé, moi je trouve que c’est une catastrophe. On nous coupe actuellement l’IUTS, or l’IUTS c’est pour le service que l’Etat rend aux travailleurs. Quand vous partez dans les services publics sanitaires, c’est tout un problème. Le médecin n’arrive pas à l’heure et il vous donne rendez-vous dans le privé. C’est dommage mais c’est une réalité. Vous trouvez actuellement des gens qui ont ce métier mais qui sont dans trois cliniques. Je pense qu’il faut que les gens aient le courage de réglementer cela, soit vous êtes fonctionnaire de l’Etat, soit vous exercez dans le privé. Moi je pense que cela dépend de la volonté politique de l’Etat et tout le monde comprendra. Si vous prenez le budget du ministère de la santé c’est l’un des plus gros budgets de l’Etat, peut-être 225 à 230 milliards de FCFA du contribuable burkinabè pour injecter au niveau de la santé et au finish où sont les résultats.

Quelle appréciation faites-vous de la gratuité des soins ?

En tout cas par rapport à ce que je vois je ne suis pas satisfait. Moi je viens de Dori mais quand je regarde le nombre de malades je ne sais quel bénéfice les gens gagnent au niveau des enfants.  Je vois des parents trimballer toujours des ordonnances pour se rendre dans les pharmacies. C’est la réalité que l’on vit et c’est clair, il suffit de se rendre dans les services publics de santé et vous verrez que c’est juste des annonces publicitaires, mais dans la réalité comme je vous ai dit la santé pose un problème. Sur le terrain par rapport à ce qu’on constate je pense qu’on n’a pas atteint les objectifs. Vous partez actuellement dans les hôpitaux, on continue toujours de donner des ordonnances aux enfants à leurs parents, ensuite vous partez dans les hôpitaux publics, les CSPS il n’y a pas assez de lits au point où souvent même on renvoie les enfants à la maison. Rien ne sert de dire que c’est gratuit alors que vous n’avez pas une bonne capacité d’accueil.

Quel regard portez-vous sur la gestion de la pandémie de la Covid-19 par le pouvoir en place ?

Je peux dire au début qu’il avait commencé à bien gérer avec la prise en charge mais après y’a eu la cacophonie au niveau de la communication où des acteurs se contredisaient. On a vu des déclarations qui ont été faites comme quoi on va faire des essais cliniques alors qu’il y’a des procédures au niveau de la commission nationale d’aprioritique qui doit donner des avis,. Tout cela pour faire croire aux populations que c’était déjà assuré. C’est pourquoi actuellement on se demande où on en est avec les essais cliniques ? On a vu des gens déboucher avec des médicaments qu’ils ont fait sortir spontanément pour dire qu’ils peuvent soigner le Covid alors que dans la réalité c’est une nouvelle maladie. Je ne sais pas comment spontanément en 3 semaines on peut avoir une formule médicamenteuse pour soigner une nouvelle maladie. On a vu  même le chef d’Etat recevoir à Kosyam ces gens qui disent avoir des propositions. Je pense que sur le plan éthique çà pose un problème. Cela veut dire qu’on a beaucoup gérer cette situation dans le tâtonnement, même avec l’existence des structures scientifiques notamment le haut conseil pour la recherche scientifique et puis l’académie des sciences. Je pense que ces structures savantes n’ont pas pu également jouer leur rôle,  alors que ce sont des structures qui avaient été créées pour cela. Du reste même actuellement on ne sait pas quelles sont les synergies d’action. On a vu également que malgré que le ministère de la santé existe, le chef d’Etat a créé encore un comité scientifique à Kosyam. Si on vous demande quelles sont leur résultats je ne suis pas sure qu’ils aient pu proposer quelque chose pour aider dans ce sens. Au Burkina on aime beaucoup les apparences mais dans la pratique jusqu’à présent rien ne se fait. On a vu les déclarations de la ministre de la santé, c’est une collègue que je respecte, qui dit qu’elle a été induite en erreur devant le parlement.  Non le gouvernement est responsable devant le parlement et cà c’est une faute très grave qui mérite d’ailleurs d’être sanctionnée. Le covid actuellement, j’avais fait un article de presse là-dessus pour dire que nous avons la chance d’avoir un écosystème qui est favorable pour lutter contre la maladie sur le plan de la périodicité, sur le plan des règlements que nous avons ici, aussi la température et peut être même notre système immunitaire. Au niveau du covid, moi je suis persuadé que nous avons un système immunitaire endogène probablement qui permet aux africains de résister parce qu’on était beaucoup exposé au paludisme, ce sont les mêmes portes d’entrées du virus au niveau des cellules notamment les hématies.

Quel bilan faites-vous du président Rock Marc Kabore dans le secteur de l’agriculture, de l’eau et du foncier ?

Je commence par le dernier. Au niveau du foncier, c’est une catastrophe et c’est une bombe au Burkina, actuellement c’est une bombe et moi je pense que tous les burkinabè doivent être sensibilisés pour qu’on puisse trouver une solution. Les promoteurs privés prennent les champs, ils viabilisent un peu, pas beaucoup parce y’a pas de caniveaux, y’a pas de voies. Cela veut dire que les gens n’ont pas une vision nette de l’urbanisation. Alors que c’est l’un des piliers fondamentaux. Il faut qu’on règle ce problème parce que la loi même doit être relue. Parlant de l’agriculture et  la sécurité alimentaire, c’est l’une des deuxièmes priorités. Du reste à la NAFA  nous sommes catégoriques là-dessus. L’habitat, l’eau, l’énergie, le transport ça veut dire la mobilité des personnes et des biens c’est une des priorités fondamentales.

Quel regard portez-vous sur les différents efforts du gouvernement en place dans le secteur de l’eau et de l’agriculture ?

En tout cas par rapport à l’accès à l’eau je pense que c’est un problème. Vous avez des communes entières au Burkina Faso où des gens n’ont pas accès à l’eau potable. Par rapport à l’agriculture je vois qu’ils ont acheté des charrues et des engrais, mais en matière de productivité en tout cas je ne vois pas de résultat et souvent même à la limite c’est du gaspillage. Des gens achètent des milliards et des milliards d’engrais qu’on distribue gratuitement, et il y’a des charrues qui sont parquées qu’on n’utilise pas. Donc ça veut dire que la vision n’est pas bonne. Depuis longtemps on paye des charrues, des engrais mais quelles sont les conséquences par rapport à la productivité, et également il ne faut pas aller seulement produire. Quel est l’état d’avancement en ce qui concerne la transformation ? Parce que l’un des problèmes que nous avons aussi c’est la transformation et avant la transformation, il y a la conservation des denrées. Du reste, moi je pense que l’Afrique notamment le Burkina doit continuer à valoriser perpétuellement ses produits locaux. C’est fondamental, « produisons et consommons burkinabé », consommons africain et c’est même plus riche en nutriment.

Ouagadougou et d’autres localités sont des chantiers à ciel ouvert. Quelle lecture faites-vous de la construction des infrastructures ?

En matière de visibilité, le ministère des infrastructures est l’un des ministères les plus visibles. Je pense que c’est l’un des plus importants sur le plan économique parce que quand vous gagnez 5 à 10% dans la construction d’une route, une école je me dis qu’il y a certainement des intérêts notamment au niveau du BTP, des intérêts macroéconomiques qui sont en jeu dans ces ministères-là. Donc les gens sont pressés de démarrer des chantiers tout en sachant que nous avons des soucis par rapport à la qualité. Il y a des efforts qui sont faits mais je doute de la qualité des infrastructures qui ont été faites.  En matière de mobilité urbaine au Burkina on a trop de problèmes.

En tant que chef de parti qu’avez-vous à proposer aux Burkinabè pour les années à venir ?

Notre priorité c’est d’abord l’accès à l’eau. C’est pour ça vous trouvez l’eau sur le logo. Notre deuxième priorité c’est la sécurité alimentaire et nutritionnelle. C’est pour ça dans le logo on a des céréales. La troisième priorité au niveau de la NAFA c’est l’utilisation équitable de nos richesses notamment l’or, c’est pour ça on a une étoile. Ensuite, les autres priorités qui ne sont pas symbolisées, c’est la sécurité dans le sens de la sécurisation de la Nation et également la justice. Ce sont les priorités fondamentales au niveau du parti. Contrairement à d’autre nous avons des priorités qui sont hiérarchisées c’est à dire que nous hiérarchisons nos priorités pour le développement du Burkina Faso parce que on ne peut pas développer un pays avec 25 priorités. Et nous comptons avoir des priorités rouges pour un quinquennat par exemple, une autre orange, une autre jaune, verte claire et une autre verte. Là tout le monde sait que pour les 2 années de la NAFA, nous voulons que tous les burkinabè aient accès à l’eau potable au moins pour boire. En deuxième priorité nous voulons faire en sorte que le transport des personnes et des biens, et l’énergie soit garanti. Troisième priorité il faut régler rapidement le problème foncier parce c’est une bombe dans nos pays. Et bien sûr il y’a des priorités qui sont permanentes notamment la santé. On ne peut pas parler de la santé, de l’éducation et de l’agriculture comme des priorités instantanées. Un pays qui a une vision pour son développement ne prend pas ça comme une priorité instantanée et c’est ce que les autres ont fait pour se développer puisque ce sont des priorités permanentes et quand c’est permanent c’est une priorité chronique, donc il faut qu’on ait d’autres visions pour le Burkina tout en gardant ces priorités en filigrane, tout en sachant également qu’on sera toujours confronté à des problèmes de santé, d’agriculture et d’éducation. On peut penser à des priorités qu’on peut gérer actuellement, c’est la réconciliation nationale, le vivre ensemble et la cohésion. Ça se sont des priorités instantanées, on peut les régler et puis poser des bases. Voilà notre vision, nous pensons à des priorités claires que l’on va communiquer aux burkinabè. Chacun doit avoir ses priorités pour le développement du pays.

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