Plaidoirie du procès du putsch : « M. le président, vous avez rendez-vous avec l’histoire, faites honneur à la justice burkinabè », partie civile

Les joutes oratoires ont repris ce 11 juin 2019, dans le cadre du procès du coup d’État de septembre 2015. Ce, après 49 jours de suspension à cause du mouvement d’humeur des avocats, consécutif aux grèves des greffiers et de la Garde de sécuritaire pénitentiaire. Les avocats de la partie civile ont le crachoir pour le début des plaidoiries, dernier chapitre d’un procès épique. Cinq avocats ont plaidé. Ils ont tous réclamé justice. « Faites honneur à la justice burkinabè », a lancé un avocat au président Seïdou Ouédraogo.

Après la reprise du travail par les greffiers et le personnel de la Garde de sécurité pénitentiaire, les avocats également ont enfilé leurs toges pour regagner la salle d’audience du tribunal militaire délocalisée dans la salle des banquets de Ouaga 2000. 49 jours de suspension ont eu raison de la curiosité et de l’endurance du public qui se comptait du bout des doigts dans la salle.

Sans salamalecs, dès la reprise à 9h, le président du tribunal Seïdou Ouédraogo a donné la parole aux avocats des parties civiles pour le début des plaidoiries. Me Souleymane Ouédraogo lancera une question pour commencer. Qui l’eût cru ? Oui, qui croyait que ce procès se tiendrait, tant des faits graves et redoutés planent sur la tête des accusés, et pas des moindres.

Il y a eu plusieurs coups d’État au Burkina Faso, mais très peu de procès. Mais dans ce cas, les accusés ont tous été assistés. Même ceux qui n’avaient pas les moyens de s’attacher les services d’un avocat ont eu droit à une assistance juridique grâce au gouvernement qui a fait diligence. Au parquet donc, Me Souleymane Ouédraogo a témoigné la satisfaction de la partie civile.

Aux accusés dans le box, l’avocat se tourne vers eux et leur fait savoir que les parties civiles demandent seulement la justice et non la vengeance. Ni haine, ni mépris, ni acrimonie à leur égard, foi de l’auxiliaire de justice.

« Monsieur le président, vous avez la lourde et redoutable tâche de dire le droit. Les parties civiles vous font confiance. Elles ne vous demandent pas l’aumône, des faveurs, mais simplement la justice. Les Burkinabè ont le regard tourné vers vous, le monde vous regarde. Votre décision doit indiquer aux militaires que le pouvoir politique se conquiert par les urnes et non par les armes. Votre décision doit conforter l’État de droit et fermer la porte de l’impunité. Vous avez rendez-vous avec l’histoire, faites honneur à la justice burkinabè », a plaidé Me Souleymane Ouédraogo.

Le cours d’histoire de Me Farama

L’autre avocat de la partie civile qui a plaidé, c’est Me Prosper Farama. Il a précisé que si ce procès se tient, c’est par espoir. L’espoir d’une nouvelle armée animée par des hommes qui ne retourneront pas leurs armes contre ceux qu’elle est censé protéger. Pour que le peuple dise au passage des miliaires, « voici nos héros qui passent », et non « voici nos bourreaux qui passent ».

Pour l’avocat, ce coup d’État qualifié du plus idiot du monde, a été l’un des plus sanglants et violents. Il fera le tour de l’histoire politique tumultueuse du Burina Faso avec le changement de régime, le calme avant le coup d’État sanglant du 15 octobre 1987 avec l’assassinat de Thomas Sankara et de douze de ses compagnons. Sur le front populaire, accusés de planifier un coup d’État, Jean-Baptiste Lengani et Henri Zongo seront jugés nuitamment et fusillés avant le lever du jour. Ce qui fait dire à Me Farama que le procès du coup d’État de septembre 2015 est une offre de droit.

Répondant à certains accusés militaires qui ont soutenu qu’ils ont juste exécuté des ordres, l’avocat fera remarquer que ce n’est pas parce que la discipline est de mise au sein de la Grande muette que le militaire est un idiot. Si le chef d’État-major général des armées en personne intime l’ordre à un militaire de retourner son arme contre sa propre famille, il ne le fera certainement pas.

Sur les écoutes téléphonique qui accablent certains accusés et qualifiées d’illégales, Me Farama demandera aux putschistes d’avoir l’amabilité de prévenir le juge la prochaine fois qu’ils voudront faire un coup d’État, afin qu’il autorise les écoutes téléphoniques. L’argument du respect de la vie privée ne saurait prospérer quand la sûreté de tout un État est en jeu.

À la suite de Me Prosper Farama, Me Zarata Ouédraogo a fait revivre au tribunal le film des évènements du coup d’État, date après date, les faits marquants, les acteurs impliqués. Depuis les premières heures de l’arrestation des autorités jusqu’au clap final avec l’arrestation du présumé cerveau, le général Gilbert Diendéré, l’auxiliaire de justice a rafraichi la mémoire du tribunal.

Le 11 de Me Ali Néya

Me Ali Néya et Me Louis Dayamba ont tour à tour basé leurs plaidoiries sur les infractions de trahison et d’attentat à la sûreté de l’État et sur les dégradations volontaires aggravées de biens. Le général Gilbert Diendéré est l’auteur intellectuel du coup d’État, a noté Me Néya qui a demandé au tribunal de déclarer les deux généraux (Bassolé et Diendéré) coupables de trahison pour avoir comploté avec des puissances étrangères en vue de semer le chaos dans leur pays.

Pas eux seulement. En plus des deux « têtes pensantes » du coup, l’avocat a ajouté à sa liste, neuf autres noms dans le cadre de l’attentat à la sureté de l’État. Il s’agit de Jean Florent Nion, Sami Dah, Roger Koussoubé, Mohamed Zerbo, Eloi Badiel, Boureima Zouré, Wekouri Kossé, Pascal Moukoro, Moussa Nébié, Adama Diallo. 
Les plaidoiries se poursuivent ce 12 juin 2019.
Lefaso.net

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