Ouahigouya: Quand un tournage de film pornographique finit dans la rue

Du rêve au cauchemar

La fin du tournage d’un film pornographique à Ouahigouya s’est révélée épouvantable pour deux des actrices. En effet, le mercredi 16 janvier dernier, alors que la dernière scène du film venait d’être bouclée et que les acteurs eurent empoché leurs cachets, une altercation éclata entre deux actrices, selon le constat fait par le correspondant de Libreinfo.net. L’empoignade fut si violente que les belligérantes, qui gloussaient de plaisir il y a peu, se sont retrouvées, l’une saignante, l’autre le visage tuméfié.

Une affaire qui a défrayé la chronique à Ouahigouya et qui continue à alimenter les commentaires dans bien de milieux. Qu’est-ce qui s’est passé pour qu’elles en arrivent à là ? L’histoire !

« Coupez ! Coupez ! » a répété deux fois de suite le réalisateur du film dès que les dernières gouttes de l’homme finissent d’atterrir sur le visage d’une actrice, mettant ainsi fin à la dernière scène. La lumière s’éteint, les caméras arrêtent de filmer, l’heure est au halètement. Les acteurs sont essoufflés, respirent fort mais lâchent de temps à autres de brefs sourires et …les derniers râles. « C’est dans la boîte, vous avez été supers ! », clamait le réalisateur, tapotant au passage la croupe d’une actrice encore luisante de sueur.

Le tournage du film qui a débuté il y a déjà quelques jours vient de prendre fin. C’était la deuxième partie. La première a tout aussi réussi. Elle a procuré visiblement de la satisfaction aux éléments de l’équipe. Ils n’ont donc pas rechigné à regagner la cité de Naba Kango pour une nouvelle saison. On est au secteur n°4 de Ouahigouya, dans une cour inhabitée. La villa qui y trône ressemble à tout sauf à un studio de tournage de film.

2 000 000 volatilisés, une amitié brisée

La fin d’un tournage est généralement un moment de joie. Pour des acteurs du porno, ça l’est aussi. Pour marquer cette satisfaction d’avoir fini dans de bonnes conditions, le réalisateur et les autres membres de l’équipe décident d’un débriefing autour d’un verre. Ils partent en ville à cet effet. Deux filles restent dans la villa. Ce sont deux actrices. Elles ont décidé de se délester des odeurs de mâles qui les caractérisent après la dernière scène. C’est la douche, elles sifflotent et jacassent allègrement, heureuses d’avoir fait une bonne affaire. Il s’agit de Tendresse et de Tigresse. Ce sont leurs pseudos utilisés lors du tournage. « Tendresse se fait appeler ainsi pour sa capacité à toujours rester tendre après plusieurs scènes. Tigresse se particularise par sa hargne et sa capacité de résilience face aux torrides assauts de ses partenaires », racontent goguenard un habitant du secteur.

Après la douche, Tendresse ne retrouve plus son cachet qu’elle avait auparavant mis dans son sac à main et disposé dans une armoire avant d’aller sous la douche. Elle ne comprend pas ce qui se passe et pense tout de suite à une farce de sa copine Tigresse, sa commère qui l’a entraînée dans cette vie et grâce à qui elle a rencontré le réalisateur.

Rigolant, elle demande à la seule personne qui est dans la maison avec elle de lui rendre son pactole. Tigresse, contre toute attente décline la responsabilité de la perte de l’argent.

Ne surtout pas ébruiter l’affaire

L’affaire devient sérieuse, l’atmosphère se tend et les tons montent. Tigresse est très fâchée et n’entend pas être accusée d’un vol qu’elle n’aurait pas commis. Pire, elle réclame 600 000 Francs CFA de sa copine qui avait promis cette ristourne lorsqu’elle rentrera en possession de son cachet. Et pour ne rien arranger, Tigresse brandit un caméscope menaçant de montrer les images du tournage aux parents de ‘’collègue’’ et surtout de développer une communication à propos sur les réseaux sociaux si elle ne lui rend pas la rétribution promise. Perdre 2 000 000 francs CFA comme par enchantement et devoir encore de l’argent à la personne susceptible d’avoir chipé son magot n’est pas une chose aisée à admettre. Et Tendresse ne tarde pas à se faire davantage connaitre par sa copine ‘’fautive’’. Ne supportant pas surtout l’idée que ses parents apprennent tout de sa mauvaise vie, elle saute sur sa copine et arrache la petite caméra de ses mains qu’elle détériore sur le champ. Tigresse à son tour ne croise pas les bras. C’est l’affrontement. Tiraillements de cheveux et injures, coups de poings et de griffes, tout s’accélère. Le rêve d’une vie de deux millions s’estompe. L’amitié fait place à une subite haine. La guerre est totale, la déchirure complète.

La villa subit la rixe. Des carreaux cèdent sous la pression des assauts et des projectiles et volent en éclat. La maison est sens dessus sens dessous. Tout comme la dignité des protagonistes, le décor filmique est bafoué. Du carré rose, les actrices sont passées au film de combat. Elles se blessent. Et n’arrêtent pas de griffer et de se mordre.

L’exile pour tout oublier

Le vacarme qu’elles causent alerte le voisinage. Des badauds s’invitent sur la scène et cherchent à comprendre. Les deux filles ne pipent mots. Ils insistent, elles restent bouche bée. Elles sont conscientes qu’aucune publicité sur cette affaire ne leur sera favorable. Raconter ce qui s’est passé équivaut à se tirer une balle au pied.

Un peu plus tard, sur notre insistance, Tendresse nous a confié que le Réalisateur qui a été informé de leur déconvenue aurait décidé de régler le problème une fois arrivé à Ouagadougou.

Selon certaines indiscrétions, ce réalisateur serait spécialisé dans la pornographie. Il a jeté son dévolu sur la ville de Ouahigouya où plusieurs fois, il serait venu avec son équipe pour des films salaces. Les cachets par film vont de 3 à 5 millions de francs CFA par acteur. Une aubaine selon de nombreuses filles qui trompent la vigilance de leurs parents pour s’y adonner à cœur joie au mépris des risques et des conséquences d’une telle vie. Tendresse, Tigresse et huit autres filles ont été de cette mission de Ouahigouya. Les acteurs sont de nationalités diverses : ce sont des Ghanéens, des Nigérians, des Ivoiriens et bien-sûr des Burkinabè.
Tendresse qui a confié faire ses premiers pas dans ce domaine dit garder un triste souvenir. L’exile en Côte d’Ivoire est, selon elle, la solution pour ruminer quelque temps cette affaire. Mais, prévient-elle, elle infligerait une correction inoubliable à sa camarade de débauche si l’idée d’ébruiter cette affaire, par quelque publication que ce soit, effleurait son esprit et commandait ses actes.

Sayouba Ouédraogo

Correspondant 

Libreinfo.net

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