Ouagadougou et ses usines mobiles de sexe

Les auberges qui ne s’ouvrent que la nuit sont de plus en plus présentes dans la ville de Ouagadougou. Nombreuses sont celles qui existent et exercent aux yeux de tous. Mais d’autres opèrent encore dans la clandestinité. Nous avons pénétré, le temps d’une demie nuit dans un de ces nombreux complexe où le sexe est plus que monnaie courante.

A Kamboinsin, quartier situé au nord de la ville de Ouagadougou se trouve un complexe atypique. Maquis le jour , « bordel » dans  la nuit à l’image de ces espaces vide le jour et parsemés de chaises et de tables la nuit.

Il est 22h, quand, accompagnée de Papou, notre bodygard nous arrivons sur les lieux. Vêtue en sexy pour la circonstance, nous prenons place dans ce fameux complexe et lançons notre commande pour paraître « normaux » aux yeux des autres.

Musique urbaine, coupé décalé, zouglou animaient le lieu. Des serveuses faisaient des aller et retour avec de la boisson en main pour les clients. Pendant que certaines filles se trémoussaient sur la piste de danse, d’autres étaient en pleine négociation avec leurs pointeurs nocturnes.

A l’angle gauche du maquis se trouve le comptoir et juste à côté une petite porte en bois sur laquelle il est écrit « toilette ».

Braquiinna, bofort ou guinèz ? 

Il faut être un habitué du coin pour savoir que derrière cette porte ne se trouve guère les toilettes mais un monde où le temps semble ne pas s’arrêter. Intrigués par l’envers de cette porte, Papou et nous décidons, après une heure passée à observer les lieux de faire semblant de passer aux choses sérieuses. Nous nous rendons au comptoir, passage obligé avant d’atteindre les toilettes. Arrivé au même moment que nous, un monsieur à la corpulence frêle et apparemment habitué du coin se fait accoster par les deux passeurs derrière le comptoir. « Bonsoir bro (frère), c’est braquiinna, bofort ou guinèz ? », lui lance l’un d’eux. « bofort » lui rétorque monsieur frêle après avoir passé une  dizaine de minutes à se renseigner sur les services offerts ce jour.

Là, nous découvrons le système de payement des frais de transit. Debout et adossé au mur des « toilettes », l’un des passeurs utilise un « guichet automatique de décapsuleurs » (GAD). En effet l’argent introduit à travers un trou dans le contreplaqué du comptoir, est tout de suite récupéré par notre passeur, qui remet systématiquement un « décapsuleur » (les clés des chambres) en fonction de votre commande.

« Monsieur frêle » récupère son gadget et franchit les toilettes pour ne plus en ressortir. C’est maintenant notre tour, mais contrairement à ce dernier, nous avons choisi de passer les toilettes avec l’option Guinèz.

Qui a dit que ouagalais n’a pas l’argent ?

En réalité ces acronymes sus mentionnés représentent le standing des chambres et des services offerts, et les prix allaient de 25.000f à 60.000f :

  • Braquiinna pour une chambre sans ventilation à 10 000 francs si vous êtes accompagné et à 25 000 francs avec une demoiselle disponible si vous êtes seul.
  • Bofort pour une chambre ventilée à 20 000 francs si vous êtes accompagné et 35 000 francs avec une demoiselle disponible si vous êtes seul
  • Et Guinèz, pour une chambre climatisée à 30 000 francs si vous êtes accompagné et 60 000 francs avec deux filles si vous êtes seul.

Le chiffre d’affaire par nuit : 500, parfois 600 mille francs CFA selon Dimitrio (nom d’emprunt) un des tenanciers du coin. Qui a dit que ouagalais n’a pas l’argent ?

Lire aussi : Société : Qui sont les propriétaires des chambres de passe à Ouagadougou ?

Natôgueyouré, technicienne de surface malgré elle

« Eh ALLAH ! » entend –on au bon milieu de ce décor, pendant que nous marchons vers notre chambre guiinèz. Un regard inquisiteur pour savoir qui l’a prononcée, et le constat est stupéfiant.

Assise sur un tabouret encore à un angle de la cours, Natôgueyouré, la quarantaine révolue, mais dont les traits l’ont exagérément vieillie est chargée du nettoyage des chambres.  Technicienne de surface malgré elle, s’est retrouvée dans cet univers à cause de la misère.

Habillée en lambeaux (nous pesons les mots), elle a perdu son époux en 1997. Natôgueyouré aurait été mère de quatre enfants si la mort ne lui avait pas arraché l’affection des deux premiers. Ceux qui lui restent, des jumeaux ne lui sont pas d’un grand secours, car l’une vivant avec un handicap moteur n’arrive pas à trouver du travail et l’autre, quant à lui, souffre d’une maladie mentale.

Avec Natôgueyouré, nous apprenons que la vingtaine de travailleuses du sexe qui officient dans ce complexe sont de diverses nationalités, à commencer par des Burkinabè, des Ivoiriennes, des Ghanéennes et des Gabonaises.

Guinèz ouvre toi

Une fois la chambre guinez ouverte, une odeur de parfum bon marché, certainement pour masquer les odeurs qu’auraient laissées les précédents occupants nous frappe.

Préservatif utilisé et jeté dans le bidet

Le lit de deux places avec un drap aux motifs carrelés est parfaitement fait. Au chevet, un chargeur de téléphone et un appareil de musique est mis à disposition. Au-dessus du lit, deux préservatifs et un paquet de mouchoir étaient soigneusement déposés. Au fond à gauche se trouve la douche. Celle – ci était propre et sentait la naphtaline.

La lumière intérieure était d’un jaune tamisé et le tout couronné d’une climatisation légère, silencieuse et réglé à 25 degrés.

Pour ne pas éveiller les soupçons, Papou et nous d’un commun accord mettons en marche le boomer, puisqu’il fallait faire comme les autres pour être crédible aux yeux des contrôleurs du complexe.

Nous décidons alors pendant que la musique jouait de faire le tour de la  propriété. Nous avons compté en tout huit chambres construites dans un style « célibatérium ». Nous nourrissons l’espoir de tomber sur une des travailleuses, mais peine perdue, elles sont toutes dans leur dressroom.

Une cinquantaine de minutes plus tard, après être revenu bredouille de notre chasse, nous ressortons définitivement de notre guinèz, direction l’extérieur.

Nous sommes grillés

Papou décide alors de s’éclipser quelques minutes pour aller cette fois ci dans les vraies toilettes.

A peine a – t-il bougé, qu’un homme élancé de teint clair s’assoit à nos côtés. Nous prenant pour une travailleuse des lieux, il émet tout de suite ses intentions de franchir les toilettes avec nous. Les négociations commencent en « nouchi ». Nous comprenons ce qu’il dit mais n’étant pas complètement initiée n’arrivons pas à lui répondre. Le client rebelote dans un anglais de rue. Et là encore nous n’arrivons pas à lui répondre.

Suspicieux, celui-ci nous quitte et s’empresse d’aller se renseigner à notre sujet auprès des gérants derrière le comptoir. Plusieurs minutes passent Papou n’est toujours pas de retour et la tension semble monter au niveau du comptoir. Nous comprenons alors que nous sommes « grillés ».

Et par coup de chance, Papou fait son retour. Le temps de lui expliquer la nouvelle donne, il prend la décision de nous exfiltrer de façon furtive.

C’est ainsi qu’à 02 heures du matin nous quittons ce fameux complexe. Nous y retournons plusieurs jours après. Sauf que selon les témoins, les propriétaires des lieux ont changé de site. Nous ne saurons jamais où.

Sandrine BADO

Ange L. Jordan MEDA

Infowakat.net

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