Mgr Médard Léopold Ouédraogo : Le jeûne est obligatoire le mercredi des cendres et le vendredi saint

Son excellence Mgr Médard Léopold Ouédraogo, évêque auxiliaire de Ouagadougou, nous a accordé une audience le jeudi 9 mars 2019 pour une interview sur le carême catholique. Mgr Léopold Médard Ouédraogo est évêque auxiliaire et vicaire général de l’archidiocèse de Ouagadougou. Il seconde le cardinal Philippe Ouédraogo dans l’archidiocèse de Ouagadougou et partage le vicariat général avec l’abbé Alfred Ouédraogo. En cette période où les fidèles catholiques sont amenés à vivre le carême pendant 40 jours, l’évêque a voulu en donner le sens profond afin de permettre aux chrétiens de pouvoir se conformer à ce qui correspond aux souhaits de l’Eglise pendant ce temps. Lisez plutôt.

Lefaso.net : Qu’est-ce que le carême catholique ?

Mgr Médard Léopold Ouédraogo (M.L.O) : le carême catholique, c’est quarante jours de prière, de pénitence, de partage et de jeûne. Il y a d’abord l’aspect prière : laisser Dieu vous conduire et parler à votre cœur ; ensuite la pénitence qui est l’abstinence de nourriture pour dominer ses tendances égoïstes, et enfin le partage qui consacre ce dont on s’est volontairement privé pour aider les démunis.

C’est un temps de rencontre avec Dieu pour découvrir sa propre pauvreté, son péché et son désir de se réconcilier avec Dieu, avec soi-même et avec ses frères. Quarante jours de combat contre l’égoïsme et les diverses tentations, comme les quarante jours de jeûne et de tentation de Jésus dans le désert.

Quelles sont les origines du carême chrétien ?

Les origines du carême chrétien remontent au Christ lui-même. Dans l’évangile de Mathieu, de Luc ou de Marc, on annonce que Jésus, avant de commencer sa mission, a été conduit au désert pendant quarante jours. Voici ce qu’en dit l’Evangile de saint Luc : « Après son baptême, Jésus rempli de l’Esprit Saint quitta les bords du Jourdain. Dans l’Esprit Saint, il fut conduit à travers le désert où, pendant quarante jours il fut tenté par le diable. Il ne mangea rien durant ces jours-là. » Lc 4, 1-2. Le carême a commencé avec la préparation des adultes au baptême qui se célèbre à Pâques. C’est au 4ème siècle qu’on a décidé d’en faire un temps liturgique pour tous les fidèles.

Il y en a qui l’associent également aux quarante ans de vie que les fils d’Israël ont passés dans le désert. Ont-ils tort ?

Le chiffre quarante a un symbolisme important dans la pensée biblique de l’Ancien et du Nouveau Testament. Après avoir traversé la Mer rouge, c’est pendant quarante ans que les fils d’Israël sont restés dans le désert. C’est comme un temps de préparation progressive pour être prêts et purs afin de pouvoir entrer dans cette Terre promise où coulent le lait et le miel. Vivre pleinement la pénitence dans un cœur pur pendant quarante jours, nous prépare à accueillir la force de Dieu pour lutter contre le péché et vivre dans sa grâce.

Quels sont les jours pendant le temps de carême pour lesquels le chrétien doit observer le jeûne ?

Le jeûne est obligatoire d’abord le mercredi des cendres où l’homme en signe d’humilité reconnaît sa faiblesse et son péché : « Tu es poussière et tu retourneras en poussière ». Le second jour est le vendredi saint où nous suivons le Christ vivant sa passion pour notre salut. Tous les chrétiens de 18 à 59 ans révolus sont invités ces deux jours à s’abstenir de manger du matin au lever du soleil jusqu’au coucher du soleil. Il est recommandé l’abstinence de viande et de boissons alcoolisées tous les vendredis de carême.

Soulignons que de nombreux chrétiens s’engagent librement à jeûner complètement durant tout le carême ! D’autres jeûnent complètement chaque vendredi de carême ou deux jours dans la semaine pendant le carême. Il s’agit d’un choix volontaire de faire violence sur soi-même pour manifester son attachement à Dieu. Il faut agir selon son cœur par amour de Dieu. 
Ce n’est pas une performance ou un concours pour manifester sa capacité à résister à la faim. A quoi bon s’abstenir de manger ou de boire tout en continuant de garder rancune envers son prochain, de refuser de pardonner à son adversaire, de tromper son frère ou de détourner le bien public ?

Le plus important durant ce temps fort de notre vie de foi, c’est notre cœur qu’il faut convertir, et trouver les moyens de montrer à Dieu que nous désirons vraiment nous convertir et changer de vie. C’est le moment de faire un effort de maîtrise de soi pour les passionnés du téléphone portable, de l’internet ou de la télévision, les accros du tabac… Pourquoi ne pas vider de nos cantines et de nos armoires et partager les nombreux pagnes et tenues vestimentaires que nous ne portons plus depuis de longs mois ?

Pendant le carême, il est recommandé d’accorder une grande importance à l’Eucharistie. De nombreux fidèles s’engagent à participer à la messe tous les jours du temps de carême. Durant le carême, on s’abstient de jeûner tous les dimanches du temps de carême, le jeudi saint, jour de l’institution de l’Eucharistie et les jours de fête comme la solennité de Saint Joseph le 19 mars et la solennité de l’Annonciation du Seigneur le 25 mars, si ces jours tombent durant le temps de carême.

Comment le temps de carême est-il fixé chaque année dans le calendrier ?

Le temps de carême fut fixé en fonction du calendrier grégorien, notre calendrier actuel, établi par le pape Grégoire XIII en 1582. Avec cette réforme, le jour de la fête de pâque varie chaque année selon une combinaison complexe de ce calendrier.

Quel est le sens du dimanche des rameaux et celui du chemin de croix ?

Le dimanche des rameaux marque l’entrée de Jésus à Jérusalem. Le fils de David y entre monté sur le dos de l’âne pendant que la foule crie « Hosanna » ! C’est cette même foule qui, quelques jours plus tard, va réclamer la mise à mort de Jésus-Christ : « Crucifiez-le ».

Le chemin de croix nous fait suivre Jésus portant la croix sur laquelle il va mourir crucifié par amour pour nous. Dès le jardin de Gethsémani, Jésus sait qu’on va l’humilier, le flageller et que ses meilleurs amis, ses apôtres, vont l’abandonner. L’Eglise aujourd’hui subit toujours ces humiliations à travers le monde. De son accusation, la flagellation et le portement de la croix jusqu’à Golgotha, l’Eglise matérialise cela à travers les 14 stations. Il y a des paroisses qui organisent la mise en scène de ces chemins de croix pour permettre aux fidèles de vivre cette réalité de la passion du Christ.

En tant que prélat de l’Eglise, quelles recommandations donnez-vous aux fidèles pour la vie pendant le temps de carême ?

Il faut vivre ce temps de carême avec beaucoup d’amour pour Dieu et pour son prochain ; trouver du temps pour prier Dieu et lire sa Parole. Il faut trouver une journée où en famille on s’efforce de se pardonner même les petites offenses, car dit le Pape François : « Il n’y a pas de famille parfaite, la famille est le lieu du pardon. Le pardon est vital pour notre santé émotionnelle et notre survie spirituelle. Sans le pardon, la famille devient une arène de conflits et une forteresse du mal ». Il faut en faire un temps de partage : partager avec nos frères et sœurs en humanité. Bon temps de carême à tous.

Propos recueillis par Etienne Lankoandé et Valentin Kaboré
Lefaso.net

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