Mélégué Traoré, ancien président de l’Assemblée nationale : « Le fait qu’on ait dissous le RSP a été une erreur, même si on refuse de le reconnaître »

Drame de Yirgou, crise au CDP, débat sur le franc CFA, nomination du Premier ministre Christophe Dabiré, gouvernance de Roch Kaboré, situation sécuritaire, cohésion sociale et vivre-ensemble… Ce sont entre autres questions sur lesquelles l’ancien président de l’Assemblée nationale du Burkina et actuel coordonnateur du Haut-conseil de l’ex-parti au pouvoir, le Congrès pour la démocratie et le progrès (CDP), Mélégué Traoré, a porté son analyse, sans langue de bois. Dans cette interview, le consultant international et chef coutumier rejette par exemple l’opinion qui consiste à peindre la gouvernance de Roch Kaboré en noir, appelle à la prudence dans la qualification du drame de Yirgou et s’attarde sur l’avenir de l’ex-parti au pouvoir, le CDP.

Lefaso.net : Monsieur le président, on vous trouve toujours plongé dans le travail et ce, malgré votre âge. Pas de retraite chez vous, dira-t-on !

Mélégué Traoré : Il faut dire que je le suis par nature, par éducation, et aussi par tempérament. Je considère également la retraite comme un changement d’activités, pas comme une fin d’activités. C’est pourquoi, je continue effectivement à travailler autant. Même le dimanche, je suis au bureau. Je disais autrefois aux chefs scouts dans les années 70 que le fils du pauvre n’a pas droit au repos ; il doit être chaque jour le premier à se lever et le dernier à se coucher. Fils d’un cultivateur, je n’ai connu que le travail dès l’enfance.

Que voulez-vous que les Burkinabè, notamment la jeunesse, retiennent de vous ?

Cela dépend. En tout cas, ce que j’exige de moi-même et des autres, c’est la modération, la modestie, l’objectivité et le réalisme. Je méprise les personnes qui se prennent pour ce qu’elles ne sont pas. En termes d’image, celle que l’on a de moi en général, c’est celle d’un bosseur, car pour s’épanouir, il n’y a rien d’autre que le travail. Je ne suis pas né comme d’autres avec une cuillère en or dans la bouche. Le travail est une nécessité pour le pays et pour chacun individuellement. Il n’y a pas que le travail, mais il constitue un élément essentiel pour l’épanouissement personnel.

Vous savez, le problème des Africains, pour moi, c’est qu’ils ne travaillent pas beaucoup. Il faut créer la richesse que nous cherchons, au lieu de hurler à longueur de journée sur les Européens, les Américains et autres…tout le temps, comme si ce sont eux qui devraient venir nous développer. J’écoute souvent les émissions interactives chaque matin, et ce qui me frappe toujours, c’est le fait que les Burkinabè passent leur temps à pleurnicher et ils estiment aussi que c’est l’Etat qui doit tout faire et qu’il faut qu’il donne les moyens à tous. Non ! L’Etat n’a pas à donner des moyens ; les moyens de l’Etat, c’est tout le monde. L’Etat n’existe pas en dehors de chacun.

Il n’y a pas l’Etat, assis quelque part en train de distribuer les fameux moyens. C’est donc le travail qui doit créer les richesses pour le Burkina Faso ; ce ne sont pas les institutions internationales. Si les Africains travaillaient deux fois plus que ce qu’ils font, on n’en serait pas là où nous sommes. C’est pour cette raison que je trouve toujours lamentable qu’on rejette tous nos problèmes sur la France, la Banque mondiale ou le FMI (Fonds monétaire international). Non ! Travaillons, produisons notre richesse et nous verrons que ça ira mieux. Plus vous travaillez, plus vous êtes en mesure de discuter avec vos partenaires. Moins vous travaillez, plus ils vous imposent leurs options.

Voyez le débat actuel sur le franc CFA. Je ne suis pas économiste, ce n’est pas mon domaine, mais pour le peu que je connais, la question n’est pas fondamentalement le fait que les Etats déposent 50% de leurs réserves au Trésor français… Ce n’est pas cela qui fait notre pauvreté. Même si on rapatriait toutes nos réserves ici, cela ne transformerait pas radicalement la situation du Burkina. C’est notre travail qui détermine tout et qui peut nous sortir de la pauvreté. De toute façon, il ne faut pas s’attendre à un miracle. Donc, ce n’est pas la peine de vociférer tout le temps sur les autres.

Vous savez, en 1973, dans la fougue de la jeunesse, j’avais fait un écrit contre le CFA et cette affaire de nos réserves à Paris dans un journal scout appelé le Lien. J’ai eu alors quelques problèmes : un missionnaire m’a traité de faire montre d’un nationalisme exacerbé. Le président Eyadema … fut le premier chef d’Etat à souhaiter en 1971, lors de la visite officielle du président Pompidou à Ouagadougou et à Lomé, qu’on brise le lien du CFA avec le Trésor français. Mal lui en a pris ! Foccart en parle dans ses mémoires.

Oui, il faudrait que nos chefs d’Etat aient le courage de rompre un jour avec le Trésor français et ne lier le CFA qu’à l’Euro ou à un panier de monnaies. On peut, on doit même, changer le nom et abandonner l’acronyme CFA. Mais, il faut que ce soit raisonné, avec une approche appropriée. Pour ce qui est de la position du Burkina, des personnalités comme Kadré Désiré Ouédraogo, Damo Justin Barro, Ouédraogo Ousmane et autres anciens de la BCEAO, devraient pouvoir aider à adopter une position cohérente.

De toute façon, si on aboutit à une monnaie unique dans l’espace CEDEAO comme c’est actuellement envisagé, les liens avec la France ne tiendront plus. Mais, cessons de rêver ; tout cela ne changera rien fondamentalement, si nous ne faisons pas du travail notre devise commune ; travailler, travailler, et encore travailler. Il y aura au bout, le développement et la prospérité. Cessons de hurler et de pleurnicher sans cesse contre d’autres, en les accusant d’être la cause de notre situation. Personne ne peut être plus responsable de nous que nous-mêmes. Et puis, pourquoi voulons-nous que les Occidentaux nous aiment jusqu’à souhaiter notre développement ou notre sécurité ? Ça devient de l’immaturité pour tout un continent, pourtant si fier de lui.

Dans le contexte actuel du Burkina, qu’est-ce qui manque pour décoller ?

On ne travaille pas et on ne produit pas suffisamment. Regardez même les jeunes. C’est trop facile de toujours parler. Ceux qui ont l’âge de bien travailler, qui devraient s’investir dans les secteurs productifs, ne le font pas ; ils s’investissent tous dans l’import-export, les services, etc. Bien-sûr, si vous êtes artiste, commerçant, opérateur économique, vous produisez des richesses, mais on doit aller au-delà. Aller sérieusement vers l’agriculture et de manière scientifique, vers l’industrie, vers les métiers techniques ou pratiques, même petits ; il faut se jeter à l’eau et à mon avis, c’est ce qui manque le plus.

D’aucuns diront que l’Etat ne crée pas les conditions d’un tel dynamisme !

Qu’est-ce que chacun attend de l’Etat pour aller commencer, par exemple dans son propre village, à transformer le champ de son papa ? Oui, l’Etat doit créer les conditions parce que l’environnement juridique et politique doit être propice à l’activité économique et sociale, mais ce n’est pas la raison principale qui explique que les gens ne travaillent pas. L’Etat doit donc créer les conditions, mais il ne peut pas remplacer les Burkinabè dans la création des richesses. L’atmosphère, l’ambiance d’ensemble, doivent venir de l’Etat et des citoyens que nous sommes.

Mais ce n’est pas parce que l’Etat ne donne pas les moyens que l’on brûle les feux tricolores. Ce n’est pas pour cela qu’à Ouagadougou, face à un point de police ou à un rond-point, au lieu que tout le monde le contourne par la droite, la moitié fonce à gauche carrément, au risque de rencontrer ceux qui viennent en sens inverse, une minorité passe par la droite comme cela doit se faire, et une bonne partie, qui ne sait pas où aller, fonce sur le policier ou le rond-point et finalement, les uns et les autres vont tantôt à gauche, tantôt à droite, etc. Ce n’est pas l’Etat qui fait que le moindre dossier qui entre dans une administration y traîne sans raison.

Donnez discrètement 25 000 F CFA à un agent et le lendemain votre dossier est traité. Ça ne vient pas du ministre, mais des agents. Mais si vous ne donnez pas d’argent, votre dossier, y compris les marchés de l’Etat, peut faire des mois. Je sais de quoi je parle, avec les marchés que nous avons ici au Centre parlementaire panafricain. C’est moi qui refuse de payer quoi que ce soit à des gens déjà payés par l’Etat. Je ne veux pas dire que l’Etat est parfait ; il y a des choses qu’il devrait effectivement améliorer. Et sur ce plan, je prends l’exemple de l’inflation institutionnelle que nos autorités affectionnent tant, alors que chaque institution, d’une façon ou une autre, est budgétivore.

Dans cette inflation, curieusement, certaines institutions sortent de leur rôle, pour se retrouver en train de s’occuper de dossiers qui n’entrent pas dans leurs attributions. Ça va dans tous les sens. Que faisons-nous avec, en même temps, le Conseil économique et social, le HCRUN, le Conseil du dialogue social ?

Parlons d’ambiance nationale…, vous avez été, en tant qu’ancien président de l’Assemblée nationale, invité pour assister à la Déclaration de politique générale du nouveau Premier ministre, Christophe Dabiré. D’abord, comment appréciez-vous l’idée même d’associer les anciens aux activités de grande envergure, et quelle appréciation faites-vous du contenu de la déclaration ?

Je pense d’abord que Sakandé (Bala Alassane Sakandé, président de l’Assemblée nationale, ndlr) fait les choses très bien. Le fait de considérer ceux qui sont passés à ce poste avant lui et de les associer à ce type d’événements est une bonne démarche. Nous sommes cinq anciens présidents, dont l’un est devenu le chef de l’Etat, et l’autre, ministre d’Etat : je ne parle donc pas d’eux (Roch Kaboré et Chériff Sy, ndlr). Les deux autres, Soungalo Ouattara et Arsène Bongnessan Yé, ne sont pas souvent présents aux ouvertures, certainement par manque d’information. En tout cas, c’est cela le dialogue républicain et la courtoisie institutionnelle.

Pour Christophe Dabiré, d’abord j’ai beaucoup apprécié sa nomination. Je le connais bien, nous sommes de vieux amis, et un couple de coquins au CDP depuis de longues années. Il est maintenant Premier ministre d’un gouvernement qui n’est pas le nôtre, mais ce n’est pas cela qui change nos rapports et le fait qu’il a toutes les qualités requises pour occuper le poste : très calme, très posé et surtout méthodique. Et on l’a senti dans la présentation de son discours de politique générale ; un discours qui a été fait avec méthode et où les différents axes étaient numérotés. Même à l’intérieur des axes, il numérotait les points essentiels. Cela exprime la rigueur.

J’ai aussi apprécié la modération du ton. Avec Paul Kaba Thiéba, qui est un ami et un de mes anciens scouts dans les années 70, les discours, notamment sur l’état de la nation, étaient trop longs, parce qu’il faisait trop de digressions. De plus, ce n’était pas nécessaire de lancer tout le temps des piques à l’opposition. A ce poste-là, il faut être rassembleur, et ça, je crois que Dabiré est capable de le faire. Du fait de son caractère et de son tempérament, il le peut. N’oubliez pas que c’est un produit du CDP.

Cela dit, le contenu était tellement riche qu’on peut s’interroger quant à savoir s’il peut vraiment faire tout ça en un an et demi. Si Roch Kaboré est réélu et qu’il reconduit Dabiré, peut-être qu’à ce moment-là, il pourrait vraiment tout mettre en œuvre. Sinon, il faudra trier et axer son activité sur quelques points qu’il aura sélectionnés. Ce qu’il a exposé, c’est ce que n’importe quel Premier ministre aurait exposé. Vous savez, dans un pays où il n’y a pas de routes, un programme politique ne peut être que de construire des routes, là où il n’y a pas d’eau, on ne peut que programmer des forages et des barrages. Et c’est à cela que sont confrontés tous nos gouvernants ; quel que soit leur bord politique, leur programme sera le même. La différence est peut-être qu’il sera décliné autrement. Je suis donc plutôt optimiste en ce qui concerne Christophe Dabiré.

Il y a beaucoup à faire, en peu de temps qui reste. A votre avis, sur quels volets doit-il s’appuyer le plus ?

Il peut sélectionner des volets comme la question sécuritaire qui, aujourd’hui, est devenue prégnante. S’il agit également pour améliorer la gouvernance, lutter contre la corruption, qui est devenue, à mon avis, l’une des causes mêmes de notre pauvreté, ce serait une bonne chose. J’ai entendu une chose ahurissante à la fin de l’année, en décembre. Des investisseurs italiens, qui étaient arrivés ici (on m’a dit), auraient été dans un ministère. On leur aurait réclamé deux millions pour qu’ils puissent voir le ministre. Et on leur aurait laissé entendre que quand ils demanderaient à voir le président du Faso, il leur faudrait déposer cinq millions de francs CFA. Ils ont préféré repartir le lendemain sans demander leur reste.

A leur place également, j’aurais fait la même chose, parce que si on commence à te demander de telles sommes à cette étape, alors que le projet n’a même pas encore vu le jour, quel montant de commission devras-tu verser si le projet démarre ? Donc, si Dabiré arrive à lancer une lutte sérieuse contre la corruption et à mettre de l’ordre, ce serait une grande avancée.

Il existe beaucoup de textes pour cette lutte, mais ils ne sont pas vraiment appliqués. Des textes, on en a tellement pris… Tout le monde crie contre la fraude, contre l’invasion des produits étrangers qu’on peut trouver ici chez nos propres commerçants. Mais ils sont concurrencés par les produits étrangers. Or, nos produits peuvent difficilement concurrencer ces produits. Un pays comme la Thaïlande ou le Viêtnam produisent du riz à ne savoir qu’en faire.

Même s’ils vendaient leur riz, moitié prix de ce que nos agriculteurs produisent, ils rentreraient dans leurs frais. Ce riz sera toujours moins cher sur notre marché ici, car il est produit en énorme quantité. Le riz importé que nous mangeons, est récolté et conservé pendant trois ou quatre années. Il y a sur cette question beaucoup à faire et où les résultats peuvent être rapides avec de la volonté politique.

On ne parlera pas de la santé du pays sans parler de la vie des partis politiques, dont l’action anime la vie nationale. Vous êtes le coordonnateur du Haut-conseil de l’ex-parti au pouvoir, et dès votre arrivée à ce poste, des observateurs ont tout de suite dit que votre mission sera très difficile avec ce CDP fait de deux clans depuis son dernier congrès.

C’est vrai que ce n’est pas une mission facile. Mais, les gens ne le savent pas, j’étais déjà président du Haut-conseil ; j’ai donc été reconduit. Mais attendez, il n’y a pas deux clans au CDP ! Il y a une aile fractionniste, qui est ultra-minoritaire, et puis il y a le parti. Cela dit, au niveau du Haut-conseil, nous avons préparé un document sur ces questions pour la direction du parti, pour faire un certain nombre d’observations, afin qu’il y ait plus de cohésion. Certes, il faut que la direction du parti soit une direction qui rassemble les militants. Mais quand on va à un congrès, chacun peut choisir. Mais une fois qu’on a choisi le président, il faut quitter la logique de la compétition.

En revanche, celui qui est élu doit être rassembleur. Il faut que ceux qui ont été vaincus, acceptent de rentrer dans le rang ; parce qu’il n’y a qu’un seul chef du parti, il n’y a jamais deux chefs. Vous savez, le sommet du pouvoir est comparable à la pointe d’une aiguille : il est effilé ; deux personnes ne peuvent y tenir. Cela est vrai pour le pays, mais également pour les partis. De toute façon, le CDP n’aura pas le succès que nous espérons tous, s’il n’est pas uni autour de son chef, quel que soit notre candidat.

Ensuite, il y a la question de la candidature aux présidentielles. Je regrette que Kadré Désiré Ouédraogo, avec lequel j’ai de très bons rapports, ait choisi une démarche indépendante, hors du parti, puisqu’il a déclaré que sa candidature n’est pas partisane. Il l’a clairement affirmé, il y a quelques jours sur Internet. Il n’y a pas de contradiction entre les ambitions individuelles, car elles sont légitimes, et les règles de fonctionnement du CDP. Kadré Désiré est l’une des principales personnalités à carrure du Burkina, mais il n’est pas le seul. C’est la conjonction des carrures qui fait la force du CDP, non la fragmentation.

A mon avis, ça aurait pu se passer autrement, et je regrette ce qui arrive. Cela va d’ailleurs obliger le CDP à choisir plus tôt que prévu son candidat. Et des cinq noms qui sont cités : Jean de Dieu Somda, Juliette Bonkoungou, Kadré Ouédraogo, Eddie Komboïgo et moi-même, tous, à mon avis, sont valables pour être désignés candidats. Mais, nous avons une procédure qui, depuis l’ODP/MT (Organisation pour la démocratie populaire/Mouvement du travail, ancêtre du CDP, nldr) passe par le Bureau exécutif national où on présente les candidatures ! Y compris à l’époque de Blaise Compaoré.

Le Bureau exécutif va donc vers le Bureau politique national avec le nom qu’il aura retenu. Si le Bureau politique accepte le candidat, on va au congrès : on ira donc certainement vers un congrès extraordinaire pour définitivement décider qui nous représentera à l’élection présidentielle de 2020. Et plus tôt on le fera, mieux ça vaudra. Cette personne, une fois qu’elle sera choisie, nous irons la présenter au fondateur du parti, Blaise Compaoré. Là où je ne suis pas d’accord du tout, c’est que certains estiment que les militants n’ont rien à dire sur la candidature et que Blaise Compaoré doit, d’autorité, désigner le candidat.

Même si c’est moi, je ne serai pas d’accord. Je sais que c’est ce qu’espèrent certains qui supportent Kadré Désiré Ouédraogo. Mais, Je n’imagine pas Blaise Compaoré imposer un candidat au parti ; cela ferait exploser sûrement le CDP. Pour ce que je connais de Blaise Compaoré, il ne le fera même pas, car je ne l’ai jamais vu imposer un responsable à une structure. J’ai été ministre des Enseignements secondaire, supérieur et de la recherche scientifique pendant cinq ans ; je ne me souviens pas que Blaise Compaoré m’ait un seul jour dit de prendre telle ou telle personne à tel poste.

Il ne m’a même jamais donné le nom d’un professeur pour être le proviseur du lycée de Ziniaré chez lui, ou pour les postes de directeur général du CNRST (Centre national de la recherche scientifique et technologique) ou de recteur de l’Université, ou a fortiori un directeur de service. Ce n’est pas son genre. Certains se trompent en disant que ce que j’avance, ce sont des menaces. Tout le monde sait que je ne suis pas du genre à menacer. Je ne ferai que dire la vérité.

Indépendamment de toute explication, ce qui se passe affaiblit le CDP !

Tout à fait ! Mais, pas de façon déterminante. Cela étant dit, même quand cinq ou dix personnes quittent le parti, ce n’est pas bon, surtout lorsqu’il s’agit de militants d’un certain poids. Je parle bien des deux ou trois poids lourds, ceux qui ont une assise électorale parmi ceux qui étaient à Bobo, et non des nénuphars sans assise électorale qui confondent les débats ou les réseaux sociaux à Ouagadougou et le poids politique.

Vous parlez d’ « aile fractionniste ». Aujourd’hui, avec le Rubicon qui vient d’être franchi (Kadré Désiré Ouédraogo ayant fait le pas vers sa candidature), les positions sont-elles désormais conciliables ?

Tout est possible en politique, et il ne faut pas insulter l’avenir. On peut bien, si les circonstances le veulent, se retrouver avec Kadré. Mais, disons-le, les choses ne seront pas faciles. Prenons le cas de la stratégie électorale. A moins que les camarades ne reviennent à de meilleurs sentiments, qu’ils jouent le jeu du parti et qu’ils respectent aussi le président du parti. C’est en effet une des dimensions que je n’accepte pas non plus dans cette affaire. On ne peut pas traiter le président du parti comme si c’était n’importe qui, ce n’est pas sérieux.

Je n’aurais jamais accepté chez les scouts de Haute-Volta, puis du Burkina Faso, que j’ai dirigé pendant quinze ans en tant que commissaire général, qu’un chef scout me traite comme n’importe qui, ou que, comme président de l’Assemblée nationale, un député me traite avec irrévérence. Il faut de la considération réciproque dans le parti. Car, je le dis toujours, ce n’est pas parce qu’on s’assoit ensemble qu’on est tous la même chose. Il ne faut pas confondre la mort et le sommeil, malgré leur ressemblance.

Finalement, qui fait le jeu du parti au pouvoir ? Les partisans de chaque tendance croient savoir que l’autre aile joue un faux jeu en faveur du MPP !

Non, d’abord il n’y a pas deux tendances au CDP. Il y a des militants qui posent des actes anti-parti d’un côté, le parti de l’autre. Kadré Désiré Ouédraogo a rencontré tous les poids lourds du parti ici à Ouaga, sauf Eddie Komboïgo, le président du CDP. J’ignore pourquoi, mais ce n’est sûrement pas la bonne démarche pour la cohésion du parti. Vous savez, il y a beaucoup d’actes qu’on pose par simple courtoisie et par respect réciproque. Cela ne veut pas dire que c’est de l’hypocrisie.

Rendre visite à un camarade ne signifie pas qu’on est d’accord sur tout avec lui. Cela étant, sincèrement, je ne crois pas que Kadré ait, dans cette affaire, quoique ce soit à voir avec le MPP (Mouvement du peuple pour le progrès, parti au pouvoir, ndlr). C’est la même chose pour Eddie. De toute façon, s’il allait dans ce sens, vous croyez vraiment que nous le suivrions ? Evidemment pas. Si Eddie roulait pour le MPP et pour le président du Faso, pourquoi il agirait tant dans les provinces pour débaucher les militants de ce parti ? Ce qui est incontestable, c’est que tout ce qui affaiblit le CDP, fait le jeu des autres partis, surtout le MPP. Si j’étais au MPP, je me réjouirais de ce qui arrive au CDP, et ce serait de bonne guerre.

A quoi faites-vous référence pour soutenir cela ?

Le président du parti ne chercherait pas à s’affirmer comme il le fait actuellement, s’il roulait pour le MPP. Car, il sait que, plus il s’affirme, plus cela porte des coups au MPP et aux autres partis. Pensez-vous vraiment que si Eddie travaillait pour le MPP, les choses se passeraient ainsi ? Non, nous sommes là simplement dans les conjectures et les suppositions. En plus, il ne faut pas penser que tout le monde nous aime ! Moi, je ne m’attends pas à ce que tout le monde m’aime. C’est normal et il faut l’accepter. Seulement, je souhaiterais que, quelle que soit la position que l’on a, on agisse de manière civilisée et par courtoisie républicaine.

Aujourd’hui, comment voyez-vous la suite pour le parti ?

J’aurais voulu vraiment que Kadré Désiré Ouédraogo se mette dans la dynamique du parti, car c’est une valeur. J’ai été d’ailleurs surpris par sa démarche. La rencontre de Bobo-Dioulasso a été convoquée avec le nom du CDP. On a utilisé également le sigle du CDP, on a expliqué que c’était pour choisir le candidat de Blaise Compaoré et du CDP. Renseignez-vous, les documents sont là pour le prouver. Il y a même un camarade qui se présente comme le représentant de Blaise Compaoré à Bobo ! Tout cela n’est pas nécessaire.

Et puis, il n’y a pas quelqu’un au sein du CDP qui ne soit pas l’homme de Blaise Compaoré, ce n’est pas vrai. Nous sommes, tous, les hommes de Blaise Compaoré. Simplement, certains sont beaucoup plus rationnels que d’autres. Ils ont du recul, c’est même une question de maturité. En tout cas, Blaise ne nous a pas encore indiqué qu’il a par excellence, parmi nous, son disciple préféré.

C’est donc dire que ceux qui ont organisé l’activité de Bobo-Dioulasso s’exposent à l’exclusion du parti ?

D’abord, ils ont organisé la rencontre de Bobo sans que la direction du parti ait été informée. Il n’y a pas eu de référence au CDP dans les discours, sauf qu’on a utilisé le nom du CDP et son sigle. On a dit que c’était pour choisir le candidat du CDP. Alors, qu’est-ce qui peut arriver maintenant ? J’ignore ce qui va se passer, étant donné que je ne fais pas partie de la direction du parti, même si je préside le Haut-conseil. Mais j’imagine que la direction va réfléchir et prendre des initiatives. Ce qui est certain, c’est que ce sera difficile pour nous. Je vois mal comment ceux qui ont la démarche fractionniste viendront discuter avec nous en réunion pour la présidentielle, car je suppose que dès que nous aurons fini, ils iront de l’autre côté pour discuter avec Kadré Désiré Ouédraogo.

Non, ce ne sera pas gérable. Non seulement pour le parti, mais également pour eux-mêmes. Je ne vois pas comment le parti peut accepter cette situation pendant longtemps. Je veux clarifier les choses. Kadré a fait le choix d’une candidature hors du CDP. C’est son droit. Nul ne peut lui contester ce droit, d’autant moins que selon l’article 38 de notre Constitution, ce ne sont pas les partis qui présentent les candidatures. Ce sont des citoyens qui font acte de candidature. Je vous ai déjà dit combien nos rapports sont bons. Nous avons, l’un pour l’autre, beaucoup de considération. Ce que je défends, ce sont des principes et la légalité du parti.

Le quinquennat de Roch Kaboré tire vers sa fin, les gens n’ont pas le même regard de la gestion ; certains colorient le tableau, d’autres le peignent en noir. Quelle est votre mesure de la gouvernance Roch Kaboré ?

Je ne crois pas qu’on puisse peindre le tableau en noir, pour la simple raison qu’à travers mes nombreux déplacements en Afrique, et connaissant également la plupart des chefs d’Etat des pays africains, je vous assure que, quelle que soit la personne qui aurait été à la place de Roch Kaboré, elle aurait les mêmes difficultés. Peut-être qu’elle aborderait les questions différemment que ce que font les dirigeants actuels. Objectivement, je ne suis pas sûr que ceux qui critiquent le plus Roch Kaboré feraient mieux que lui, s’ils étaient à sa place. Il faut être honnête parce que la situation est difficile partout.

Elle est d’autant plus difficile que, par exemple, nous n’étions pas préparés à faire face au phénomène du terrorisme. Certainement, le fait qu’on ait dissout le RSP (Régiment de sécurité présidentielle) a été une erreur, même si on refuse de le reconnaître. Pour moi, quel que soit le chef de l’Etat, même si le RSP était resté, il aurait été obligé de lui obéir ; parce que la formation militaire, c’est cela ; les éléments n’auraient pu qu’obéir à celui qui est là, le chef de l’Etat. Si le RSP était là, il obéirait à Roch Kaboré et c’est pourquoi je ne craignais rien de ce côté. Cela dit, pendant la tentative de coup d’Etat, je n’étais pas là, je donnais des conférences à Cotonou et à Lomé.

Il n’y a pas aujourd’hui un pays qui soit confronté au terrorisme sans des unités spécialement formées et équipées pour cela, avec de bons services de renseignement. Il y a un an, j’étais avec un chef d’Etat d’Afrique centrale qui me disait qu’il y a maintenant des terroristes en attente dans toutes les capitales. Ils sont incrustés dans la population et attendent le bon moment pour frapper. Cela est vrai pour la plupart des Etats. Les terroristes, c’est une hydre. C’est pourquoi, je dis que quelle que soit la personne qui aurait été à la place de Roch Kaboré et du MPP, nous aurions les mêmes difficultés. Mais, probablement, l’approche de la gestion serait différente. C’est dans la gestion qu’il y aurait la différence. Pour revenir au RSP, s’il était aussi nul qu’on le dit, pourquoi en avoir peur ?

Le drame de Yirgou, dont la gestion suscite des commentaires controversés, vient comme une tâche noire dans le pouvoir Roch Kaboré. Quelle analyse faites-vous de cette situation ?

Je pense que si on avait eu un service de renseignements beaucoup plus étoffé et performant, la situation aurait été plus facile à gérer. Il faut aussi noter que dans quasiment tous les pays, dès qu’il y a un problème de terrorisme, en Afrique de l’Ouest jusqu’en Centrafrique, on a tendance à accuser les Peulhs. C’est une tendance généralisée, il ne faut pas penser que c’est à Yirgou seulement. Cette tendance est dangereuse. Yirgou a été un drame. Ce genre d’évènements est plus aisé à prendre en charge avec un service de renseignement pointu. Mais avouons-le, rien n’est facile dans la lutte contre les terroristes.

Sur la gestion du drame de Yirgou, je pense que le gouvernement aurait pu la faire autrement. D’abord, ce qu’on a reproché au président du Faso, est que ce n’est qu’après cinq jours qu’il a été sur les lieux. Ensuite, quand il est arrivé, tout le monde a vu les Koglwéogos qui étaient à l’accueil. On nous dit aussi que la gendarmerie était obligée de négocier pour qu’ils déposent les armes. Quand c’est ainsi, l’Etat est où ?

Soyons clairs, il y a un an, dans un journal, j’avais dit que pour moi, les Koglwéogos, en tant qu’association, il n’y a rien à dire ; ils peuvent exister. Mais il faut que ce soit clair aussi, qu’ils ne doivent pas être autorisés à entrer dans des domaines régaliens et donc du ressort exclusif de l’Etat, tels l’ordre et la sécurité. Je sais bien qu’ils empêchent les vols dans certains villages, mais ce que le pays perd avec eux est beaucoup plus important que ce qu’il gagne en termes de sécurité. Celle-ci doit être du seul ressort de la gendarmerie et de la police. Je pense que le gouvernement fait ce qu’il peut contre le terrorisme, dans des conditions difficiles, mais il aurait pu mieux gérer la situation de Yirgou.

Moi, dans ma vie publique, je n’ai jamais participé à une seule marche, sauf pour Yirgou. Pour la première fois j’ai marché, car c’était nécessaire. Ce jour-là, j’étais l’un des premiers à arriver à la Place de la nation. Maintenant, j’entends parfois dire qu’à Yirgou, il y a eu un génocide. On ne peut pas aller jusque-là. Si l’on se base sur la définition telle que donnée par la Convention de 1948 sur le génocide, certes on peut discuter, car tout est dans les mots. Si c’était un génocide, ceux qui l’on fait n’auraient pas choisi les seuls Peulhs autour de Yirgou, en sélectionnant certains villages peulhs et pas d’autres. Il faut garder la mesure des choses. Il n’y a pas eu à ma connaissance un plan qui ait été conçu pour éliminer tous les Peulhs.

Généralement, pour le génocide, il y a un plan élaboré par des autorités étatiques généralement, pour exterminer un groupe ethnique ou confessionnel. Il y a génocide quand une autorité élabore et exécute une politique déterminée, intentionnellement destinée au meurtre des membres d’une communauté ou d’un groupe, à porter une atteinte grave à l’intégrité physique ou mentale de ses membres, à soumettre intentionnellement le groupe à des conditions d’existence devant entraîner sa destruction physique totale ou partielle, à prendre des mesures visant à entraver les naissances au sein du groupe, à procéder au transfert forcé des enfants du groupe à un autre groupe.

On ne peut pas vraiment prouver qu’il y avait un plan préparé à Yirgou pour aller exterminer l’ethnie peuhle. Ce sont des questions dont nous discutons à l’ONU. Non, il y a eu une réaction violente et criminelle de populations par rapport à une situation dans les conditions que nous savons. Autrement, on risque de qualifier beaucoup de conflits inter-communautaires ou identitaires de génocides. En plus, je ne pense pas que ce soit en exagérant les choses avec ce type de qualificatif, que nous résoudrons les problèmes. Cela dit, la Justice doit être claire, rapide et ferme, et je le dis : je regrette que jusque-là, il n’y ait eu aucune arrestation. Ne serait-ce que pour donner un signal. Si on peut aller abattre ou égorger autant de personnes et depuis plus d’un mois, sans qu’il n’y ait eu un seul jour de deuil, ce n’est pas acceptable.

Yirgou pose à nouveau le problème des Koglwéogos !

Effectivement ! J’ai lu l’autre jour dans la presse qu’une organisation de la société civile veut créer une fédération des Dozos, Koglwéogos et un groupe de défense des éleveurs. La famille Traoré de mon village Bougoula (nous venons à l’origine du village de Bougoula près de Sikasso au Mali) est l’une des familles Dozos les plus vieilles et les plus connues en Afrique de l’Ouest. Les Dozos sont une confrérie de chasseurs, pas un groupe d’auto-défense.

Qu’il y ait actuellement des dérapages au centre du Mali, du fait des exactions inexcusables des Dogons contre les Peulhs, je n’en disconviens pas. Mais les Dozos, je le répète, ne sont pas une organisation d’auto-défense. Vous ne rencontrerez jamais des Dozos arrêter quelqu’un, ou imposer une taxe. Je suis contre cette fédération, et de toute façon beaucoup de confréries dozos de l’Ouest n’y entreront pas. Les Dozos ne viennent pas à Ouagadougou sans passer me saluer, parce qu’ils savent que je suis descendant d’une des plus grandes familles de Dozos de la sous-région. Donc, il ne faut pas confondre tout.

Une question à traiter donc avec prudence !

Oui, avec beaucoup de prudence. Mais la prudence ne veut pas dire le manque de détermination. On doit être déterminé à frapper fort, partout où il y a des dérapages meurtriers. C’est le cas de ce qui s’est passé à Yirgou.

Justement, au sein de l’opinion, surtout la frange intellectuelle, on a l’impression qu’il y a une tendance à opposer Koglwéogos et Dozos !

En tout cas, il n’y a rien de comparable ou de commun entre les uns et les autres. Les Dozos, ce sont des confréries de chasseurs avec une culture millénaire. Ils existaient bien avant Soundiata Kéïta. Tous les Dozos se soumettent à un serment depuis l’adolescence. Les Dozos, c’est une culture qui est propre au monde mandingue ; parce que même à l’Ouest du Burkina, ils n’existent pas partout. C’est vraiment propre au monde mandingue de la Boucle du Niger.

Cela dit, n’importe qui peut être Dozo : nous avons plein de Dozos mossi et peulhs aux Cascades, aux Hauts-Bassins et dans la Boucle du Mouhoun : l’essentiel est qu’ils soient initiés selon les rites de la confrérie. Mais comme le phénomène n’existe pas sur le Plateau mossi, et qu’on a des Koglwéogos ici, forcément, on compare les deux organisations. Cela explique que les Dozos n’acceptent pas les Koglwéogos à l’Ouest du Burkina. L’inverse serait probablement vrai si des Dozos voulaient s’implanter ici sur le Plateau moaga.

Avec ces questions, on observe la poussée des concepts de « Grand ouest », de « Plateau central ». N’est-ce pas là un danger ?

Je ne crois pas. Il ne faut pas voir le danger partout. Car ces notions existaient avant. En 1975, le MAO (Mouvement autonomiste de l’ouest) avait été lancé à l’époque avec l’intention de scinder le pays en deux et de créer la République du Kénédougou. Ceux qui étaient à l’origine avaient raisonné en termes de Grand ouest. Et puis, il y avait le FRODEMI (Front des minorités). Mais, il ne faut pas trop insister sur ces questions, parce qu’effectivement, elles divisent le pays. Les notions peuvent être utilisées, si c’est culturellement.

Dans notre pays, à l’Ouest, sont des communautés généralement segmentaires, chez lesquelles la chefferie est très relative ; alors qu’ici, nous avons affaire à des royaumes extrêmement centralisés. Dans ce sens, oui. Sinon, aujourd’hui, personne ne gagnerait à pousser au développement de sentiments fractionnistes. Le Burkina est déjà petit ; je ne vois pas ce qu’on gagnerait à le désarticuler encore plus.

Pensez-vous qu’il y a un problème ethnique au Burkina ?

Nous aurions pu avoir un problème ethnique dans ce pays. Pourtant, il n’y en a pas ou, en tout cas, très faiblement. Voici un pays où une ethnie fait la moitié de la population. Les Mossé auraient pu vouloir s’imposer et cela aurait été facile pour eux, sauf que le Burkina aurait éclaté. La deuxième ethnie du pays, ce sont les Peulhs, qui font 11%. On n’en est pas conscient à cause de leur dispersion spatiale. De tous les autres groupes, aucun n’atteint 7%. Pourtant, nous n’avons pas de problème ethnique.

On n’a pas de problème parce que, à mon avis, et essentiellement, les premiers hommes politiques avant nous, la première élite du pays, ont vite compris, dès les années 40, qu’il ne fallait pas pousser vers l’ethnocentrisme. Et c’est ce qui explique que les partis politiques burkinabè ne s’identifient ni aux ethnies, ni aux régions. C’est le formidable héritage de nos aînés et de nos prédécesseurs, dont nous jouissons aujourd’hui. Il vaut mieux sauvegarder cet héritage. Moi, je vais partout en Afrique. Je connais des pays où tout ministre a toujours un directeur de cabinet issu de son ethnie, son chef de cabinet est de son ethnie, son protocole, son chauffeur, sa garde…sont tous de son ethnie. Au Burkina, il faut vraiment louer la classe politique d’être sur ce plan, exemplaire.

Je ne prétends pas qu’il n’y a pas de difficultés à la base. Je vois bien comment certains raisonnent, mais c’est quand même un phénomène périphérique. Ce sont donc des tendances tout à fait marginales au Burkina Faso. Depuis l’indépendance, nous n’avons jamais connu ce problème, exception faite des années 70 avec le MAO et le FRODEMI. Par exemple, toute mon activité scoute s’est épanouie à partir de Ouagadougou en pays mossi ; ce n’était pas à Bobo ; et jusqu’aujourd’hui, je connais plus Ouaga que Bobo et même Banfora.

Clément Sawadogo, ancien ministre de la Sécurité, était à l’époque l’un des principaux responsables de la JEC (Jeunesse étudiante catholique) au Burkina Faso avec le même avantage. Pierre Marie Yaméogo, qui a été le mythique directeur de la Croix-Rouge au Burkina dans les années 60 et 70, était adoubé aussi bien à l’Ouest qu’au Centre, à l’Est, au Nord et au Sud du pays. Je ne suis pas en train d’idéaliser la situation, mais il ne faut pas inventer des problèmes là où il n’y en a pas. Cela dit, les autorités, du sommet à la base, doivent donner l’exemple.

Je trouve lamentable que des autorités soient parfois opposées ou réticentes à avoir, dans leur département, un préfet de telle ou telle région du pays, différente de la leur. Gardons et consolidons le Burkina tel qu’il l’est, ça vaudrait mieux pour tous, pour nous et pour nos enfants.

Interview réalisée par Oumar L. Ouédraogo
Lefaso.net

Related posts

Leave a Comment