Me Jean Dégli, avocat du général Diendéré: «Depuis quand un attentat à la sûreté de l’Etat se promène dans les rues pour tuer les gens ?»

Jean Dégli, avocat du général Diendéré, a pendant plusieurs heures tenu le crachoir pour démonter les arguments de la partie civile et du parquet, qui requiert la perpétuité et la déchéance de son grade de général de son client. Pour lui, le général n’a commis aucun des délits dont on l’accuse : attentat à la sûreté de l’Etat, meurtres, coups et blessures, etc. Il serait tout simplement victime d’acharnement et de haine, parce que l’on veut faire à travers lui le procès du régime Compaoré dont il représente la figure. Le conseil du présumé cerveau du putsch manqué de septembre 2015 dit plaider pour qu’il n’y ait ni vainqueur ni vaincu à la fin de ce procès, mais que le Burkina Faso soit le seul gagnant avec une justice qui honore l’Etat de droit.

Me Dégli a tenu à entamer sa plaidoirie par une prière. Une prière dans laquelle il implore l’Eternel de parler à travers son serviteur qu’il est, afin que le Burkina Faso connaisse la justice et la réconciliation. Une prière dans laquelle il a souhaité que les plaies qui meurtrissent les cœurs des victimes mutilées et des parents des morts soient pansées par Dieu lui-même car c’est lui qui rétribue toute chose. S’adressant aux derniers cités que sont les parents des victimes, l’auxiliaire de justice a tenu à leur rappeler que « la condamnation des accusés ne sera qu’une passagère consolation » pour eux, « car elle ne ramènera pas l’être perdu, ne cicatrisera pas les blessures pour ceux qui ont été blessés et ne fera pas retrouver leurs objets à ceux qui ont subi des pertes matérielles ». Il a ajouté que  « la seule justice qui vaille dans vos vies, c’est celle divine, le reste n’est que vanité ».

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Pour l’avocat du général Diendéré, ce qui doit primer dans ce procès, c’est le droit des familles de mettre un visage sur les actes posés, c’est-à-dire savoir qui a fait quoi. Il n’y a que la vérité qui leur permettra de faire leur deuil et d’aller de l’avant. Et ce droit à la vérité semble avoir été bafoué, puisqu’à ce jour le tribunal n’est pas capable d’identifier clairement ceux qui ont tiré et blessé ou tué les victimes du putsch. « Quelle est cette justice dans laquelle on ne peut identifier les acteurs d’assassinats ? Les victimes n’ont pas été tuées par l’attentat à la sûreté de l’Etat mais par des personnes que le tribunal ne peut identifier. Depuis quand un attentat à la sûreté de l’Etat se promène dans les rues pour tuer les gens ?» s’est-il interrogé.Le parquet avait pourtant tous les moyens de régler l’énigme de l’identité des auteurs des assassinats, mais il ne l’a pas fait car, soutient le conseil du général, « il sait que si nous savons qui a tué, nous saurons que le Régiment de sécurité présidentielle (RSP) et le général ne sont pas responsables. Or, c’est le général que l’on cherche à atteindre. Alors, pourquoi faire des enquêtes pour le disculper ?»  Ces investigations étaient pourtant nécessaires, au regard du fait qu’il y avait deux camps dans le RSP, donc un doute.

En assistant aux plaidoiries de ses confrères de la partie civile, Me Jean Dégli dit avoir l’impression que c’est le procès du régime Compaoré qui est fait à travers son client. Un client qu’il décrit comme un homme qui a travaillé pour son pays, qui a conseillé à Blaise Compaoré de ne pas verser le sang des Burkinabè en 2014 et qui a été utilisé comme médiateur et pompier de service durant la Transition. Les parties civiles se sont attelées, durant leur passage, à identifier le général comme l’auteur de nombreux assassinats commis durant l’ère Compaoré. Les avocats de la partie civile auraient même, selon lui, profité de ce procès pour assouvir des desseins de vengeance au lieu de porter la voix de leurs clients afin d’obtenir justice. Il en veut pour preuve la sortie d’un de ses confrères de la partie civile qui a affirmé avoir guetté le général depuis 1996 et qui n’a pas voulu rater l’occasion de l’avoir au procès. Et c’est cette haine et cet acharnement manifestés contre son client, précise-t-il, qui ont conduit le parquet à requérir la perpétuité pour le président du CND. « Les évènements du 16 septembre ne peuvent à eux seuls expliquer une telle hargne envers le général », a-t-il martelé.

Maître Dégli a appelé le tribunal à rendre une justice véritable qui honore l’Etat de droit pour lequel les Burkinabè se sont battus et ont versé leur sang pendant l’insurrection populaire d’octobre 2014.

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