Massacre de peuls à Barga : Le collectif contre l’impunité accuse l’Etat de complicité

Six jours après le massacre des peuls dans les villages de Dinguela, Barga et Ramdolah, le Collectif contre l’impunité et la stigmatisation des communautés (CISC) était face à la presse. Ce 14 mars 2020, l’organisation s’est indignée de cette nième tuerie en masse et surtout de la complicité du gouvernement qui indexe des « Hommes armés non identifiés » comme étant les responsables, alors que des victimes, témoins et rescapés ont formellement identifiés leurs bourreaux : des koglwéogos venus de Titao.

Malgré l’indignation générale née au lendemain du massacre de Yirgou le 1er janvier 2019 et qui avait couté la vie à 210 personnes (essentiellement des peuls) selon les chiffres non contredits du Collectif contre l’impunité et la stigmatisation des communautés (CISC), rien n’y fit. Des régions du Centre-Nord, à l’Est, en passant par le centre nord et le sahel, les tueries se poursuivent. La dernière en date, celles de Dinguela, Barga et Ramdolah dans la région du Nord.

« Ce fut une attaque très violente où même des enfants ont été brûlés dans des maisons, des handicapés tués. Tout homme était systématiquement abattu, même les vieillards. C’est le cas de ce vieux de 92 ans ou cet autre de 79 ans et aveugle également été abattu d’une balle dans l’oreille, malgré la tentative des femmes d’en dissuader les criminels », a dépeint le Dr Daouda Diallo, secrétaire générale du CISC. Tristesse et désolation après le départ des bourreaux. 23 corps ont été retrouvés à Dinguela et 22 à Barga… L’expédition meurtrière a débuté à 5h du matin.

« Dès les premières heures de l’attaque, les FDS de Titao et de Ouahigouya ont été informées, mais elles ne sont arrivées qu’aux environs de 17h pour constater les dégâts et dire d’attendre le lendemain pour procéder aux enterrements », s’est insurgé le secrétaire général du collectif.

Haro sur « les mensonges » du gouvernement

La conférence de presse du Collectif contre l’impunité et la stigmatisation des communautés (CISC) a surtout été une tribune pour dénoncer le « communiqué mensonger » du gouvernement. Les ministres de la sécurité Ousséni Compaoré, de l’administration territoriale Siméon Sawadogo et de la défense Shérif Sy étaient sur les lieux du drame. Ils y ont rencontré les victimes, les témoins. Ces derniers ont formellement identifié certains bourreaux. Selon eux, ce sont des Koglwéogo venus de Titao. Mais, le gouvernement dans un communiqué a attribué les massacres à des Hommes armés non identifiés. De quoi courroucé les victimes et le collectif.

« En plus de son caractère mensonger, ce communiqué fait du gouvernement un potentiel complice dans cette tentative de nettoyage ethnique », a martelé Dr Daouda Diallo. Et Me Ambroise Farama, avocat du collectif de rempiler : « le crime a été commis par un groupe d’autodéfense Koglwéogo originaire de la zone de Titao. Nous le disons et nous l’assumons, nous avons les éléments des preuves. Ces éléments de preuve, c’est le témoignage, nous sommes en Droit pénal (…) Nous avons dépêchés une équipe sur le terrain pour recueillir les informations, des éléments de preuve, afin de les analyser avant de les rendre public. Nous les avons documentés ».

Plus loin, l’homme de droit prévient que cette attitude du gouvernement le place comme complice d’un acte criminel. « Le complice c’est celui qui donne des moyens pour la commission du crime, qui a porté assistance. C’est aussi celui qui après la commission du crime avait la possibilité par sa collaboration, de contribuer à arrêter le criminel et à en limiter les conséquences. Est-ce que les membres du gouvernement qui sont allés à Barga avaient la possibilité de contribuer à arrêter les criminels et à limiter les conséquences ? Surtout que des témoins leur ont donné les identités de certaines personnes qui ont commis ces crimes », s’est demandé Me Farama. Pour lui, il faut continuer à documenter tous ces actes pour que tôt ou tard, ces « criminels et leurs complices répondent de leurs actes ».

Barga ou la suite de l’impunité de Yirgou…

L’impunité est le lit des injustices, dit-on. 14 mois après le drame de Yirgou, la justice se hâte lentement pour châtier les bourreaux. Seulement une douzaine de responsables ont été mis en examen, pendant qu’environ 170 mandats peinent à être exécutés, ont révélé les conférenciers. « Pire, suite à des manifestations voire des menaces contre l’autorité publique, deux meneurs ont été mis en liberté provisoire sous le fallacieux prétexte d’apaiser le climat social né de leur arrestation », a regretté Dr Daouda Diallo.

Si les bourreaux, même identifiés ne paient pas pour leurs actes, c’est donc normal qu’ils continuent à distribuer la mort à qui ils veulent, a pour sa part ajouté Me Ambroise Farama. « C’est parce que Yirgou n’a pas été sanctionné, que les crimes à L’Est, au Centre-Nord, que chaque groupe délinquant finit par s’organiser et à vouloir faire son peul. C’est ça le malheur », explique-t-il, tout insistant sur l’obligation de l’Etat d’intervenir pour arrêter ces successions de massacre.

Malheureusement prévient l’avocat, le cycle meurtrier risque de se poursuivre. « Si Barga est banalisé, si l’Etat refuse d’y assumer ses responsabilités, s’il refuse d’interpeller les coupables de Barga, nous ne pouvons présager de ce que sera fait demain. Il y aura peut-être Barga 1, Barga 2, Barga3 », note-il.

Fait majeur de cette rencontre avec les journalistes, le chef Koglwéogo de la région de l’Est, Moussa Thiombiano dit Django était au présidium de la conférence de presse. L’homme s’est désolidarisé de ces massacres et a déclaré vivre mal cette situation. Selon lui, c’est le manque d’encadrement de l’Etat qui occasionne ces dérives. « Je suis de la région de l’Est, comment des Koglwéogo d’ailleurs peuvent se permettent de venir dans ma zone faire des choses sans me prévenir, ce n’est pas juste », a fustigé Django pour qui l’Etat a failli de ne pas tapé du poing sur la table.

Dans un Etat de droit, seul l’Etat a le monopole de la violence a rappelé le secrétaire général du CISC, Dr Daouda Diallo. Pourtant, soupire-t-il, actuellement au Burkina Faso, l’Etat sous-traite les questions de justice, de sécurité et de défense, d’où ces massacres restés jusque-là impunis.

Tiga Cheick Sawadogo
Lefaso.net

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