Masque : quelles conséquences sur les enfants ?

Depuis le début de la crise sanitaire, le port du masque s’est démocratisé. Il est obligatoire dès 11 ans dans l’espace public et dès 6 ans à l’école. Certains parents s’inquiètent des répercussions d’un monde masqué sur le développement de leur enfant. Explications avec une psychologue et une orthophoniste.

Depuis plusieurs semaines, des collectifs de parents s’organisent pour dénoncer le port obligatoire du masque dans les écoles primaires, ainsi que le port du masque pour le personnel en contact avec les tout-petits. Par exemple, le groupe « Laissez respirer nos enfants » comptabilise aujourd’hui plus de 8 000 likes sur Facebook. Tous dénoncent difficultés d’apprentissage et atteintes à la santé psychique des enfants comme effets secondaires.

DES EFFETS DÉJÀ PERCEPTIBLES  

Selon Lorie Bellanger, psychologue clinicienne spécialisée dans la pratique avec les enfants et les familles, l’inconvénient principal du masque réside dans la transmission des émotions. « Pour décrypter les émotions, il faut avoir accès à la totalité du visage, les yeux ne suffisent pas. Les enfants vont peut-être avoir des lacunes de compréhension des émotions et de communication avec l’autre. »

Elle explique que certains, « les plus fragiles », risquent de voir leur anxiété augmenter, tout en temporisant : « Je pense que ce n’est pas que la question du port du masque mais c’est la question sanitaire de manière générale qui augmente l’angoisse chez certains enfants. »

Pour Guillemette Laplane, orthophoniste, la gêne se situe surtout dans la pratique au quotidien de son métier. «  L’enfant ne peut pas voir ma bouche. C’est difficile de réaliser les exercices pour ceux qui souffrent de troubles articulatoires ou de retards. Ils ont du mal à effectuer les mouvements bucco-phonatoires car ils ne peuvent pas m’imiter en miroir. »

Autre problème : les troubles auditifs liés au port du masque de l’enfant. « Les enfants crient d’autant plus, parce qu’ils ont l’impression qu’on les entend moins. Je pense qu’un certain nombre vont devoir se rééduquer les cordes vocales », poursuit Guillemette Laplane.  

« LES PARENTS PANIQUENT PLUS QUE LES ENFANTS »

Les deux expertes sont cependant sceptiques sur de potentiels effet à long terme. « Il y aura peut-être un impact sur leur lien avec les autres, notamment à cause de la distanciation sociale. Mais les enfants ont une certaine souplesse psychique, ils reviendront à la normale quand ils verront les gens reprendre le cours de leurs vies », analyse Lorie Bellanger. 

Même son de cloche pour l’orthophoniste : « On sous-estime les capacités d’adaptation des enfants. Les parents paniquent plus que les enfants. »  Elles s’accordent également pour souligner que la majorité des interactions se font à la maison, lieu où le masque n’est pas tenu d’être.

« Les enfants comprennent ce qui se passe et ne sont pas particulièrement angoissés. Moi, je ne suis pas inquiète pour leur avenir. On parle de deux ans dans une vie, ce n’est rien », conclut Guillemette Laplane. De futures études pourront également déterminer si, oui ou non, les masques ont joué un rôle dans le développement de la génération Covid-19.

Par

Lydia Menez

Lydia Menez

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