Marguérite Ouédraogo : Plus de 40 ans dans la promotion des mets locaux

S’il y a une femme qui devrait recevoir le titre de cheffe étoilée des mets burkinabè comme ce qui se fait sous d’autres cieux, ce serait bien Marguerite Ouédraogo/Sawadogo. Pourtant, cette cuisinière devenue une référence en matière de mets locaux n’a jamais fait d’école de restauration. Passionnée de cuisine depuis sa jeunesse, Marguérite Ouédraogo y a consacré toute sa vie. Depuis plus de 40 ans, elle est à la manœuvre, régalant parents et enfants. Elle a commencé par le babenda, avant de diversifier sa cuisine en y ajoutant le pois de terre, le gonré, le zamnè, etc. Découvrez cette cuisinière hors pair !

Son histoire avec les mets locaux a commencé depuis les premières années de son mariage. Après un bref séjour infructueux au bord de la lagune Ebrié, Marguerite Ouédraogo/Sawadogo et son époux décident de revenir s’installer définitivement à Ouagadougou. Une installation qui ne s’est pas faite sans difficultés, vu les maigres ressources de son époux à l’époque, raconte-t-elle. Dans ce contexte difficile pour la famille, elle dit alors avoir réfléchi à ce qu’elle pouvait faire pour aider son mari dans la prise en charge de la famille.

C’est de là que lui est née l’idée de préparer du babenda pour les écoliers d’une école non loin de chez elle. « Au début, c’était pour les enfants que je préparais. Mais la nourriture que je vendais a fini par conquérir même les adultes, parce que c’était bien fait et propre. C’est le secret de la cuisine. Les gens quittaient de partout pour venir manger mon babenda, parce que je ne dirais pas que j’étais seule à l’époque, mais nous n’étions pas nombreuses à Ouaga. C’est ainsi que tout est parti », se rappelle la fille de Kongoussi.

Plus de 40 ans à la manœuvre

De ses débuts jusqu’à ce jour, il y a de cela plus de 40 ans, que de chemin parcouru ! Marguérite Ouédraogo n’a pas eu la chance de faire « l’école des livres », mais elle a été formée à l’école de la vie. Au fil du temps, la Kongoussoise a intégré d’autres mets à son menu : gonré, pois de terre et zamnè. Elle maîtrise tout sans exception : les ingrédients à utiliser, le mélange qu’il faut pour la préparation, le nombre de minutes pour la cuisson, etc. C’est tout une bibliothèque vivante en matière de mets locaux.

Du babenda

Une défenseure de la cuisine burkinabè

Parler de la cuisine burkinabè avec Marguerite Ouédraogo, c’est parler des heures sans s’en rendre compte. C’est un sujet qui la passionne tellement qu’elle en parle sans se lasser. Si vous voulez une vraie promotrice et défenseure de la cuisine burkinabè, ne cherchez pas loin ; c’est bien Marguerite Ouédraogo. La soixantaine bien sonnée, dame Ouédraogo reste toujours active.

Sa passion pour la cuisine n’a pas changé malgré le temps écoulé. Assise devant sa porte, elle reste la cheffe de l’équipe et partage son savoir-faire avec ses enfants et les autres femmes. Pour elle, si aujourd’hui, les gens parlent partout des mets de tel ou tel pays, c’est parce que les habitants de ces pays ont fait connaître leurs mets. « Au Burkina, il faut que l’on le fasse aussi, parce qu’il y a des choses à mettre en valeur en matière de mets locaux, et personne ne viendra le faire à notre place », estime-t-elle.

Même si elle n’a plus la force d’antan, elle refuse de s’asseoir à ne rien faire. « Tant que je pourrai toujours faire quelque chose, je le ferai parce que seul le travail vous affranchira », ajoute Marguerite Ouédraogo.

Du gonré

Une passion qui se transmet de mère à fille

La cuisine dans la famille Ouédraogo se transmet de mère à fille et de fille à petite-fille. Madame Ouédraogo a transmis l’amour de la cuisine à ses six filles et ses deux garçons. Devenus tous adultes aujourd’hui, certains en ont fait leur métier à temps plein et d’autres de façon partielle. Chantal, l’une des filles du couple Ouédraogo, juriste de formation et gestionnaire des ressources humaines pendant plusieurs années, a démissionné de son travail pour se consacrer totalement à la cuisine. Elle a aussi initié ses enfants au métier.

Du zamnè

Marguerite Ouédraogo, une héroïne

« Maman pour moi est une héroïne. C’est une brave femme qui nous a consacré toute sa vie et nous ne l’avons jamais vue se plaindre. Malgré que papa était là, elle faisait tout sans jamais se plaindre de quoi que ce soit. Elle est différente de nous aujourd’hui qui nous plaignons quand on fait une petite chose », raconte l’une de ses filles, Sabine Ouédraogo, presque les larmes aux yeux. A l’entendre parler, l’on sent une certaine fierté pour sa mère qu’elle dit aimer beaucoup. Aux yeux de ses enfants et des autres femmes qui l’ont côtoyée et qui continuent de le faire, les mots manquent pour la décrire.

Au-delà de ses enfants biologiques, elle a aussi assuré la formation de dizaines de jeunes femmes dans la cuisine. En plus du plaisir qu’elle offre dans ses plats, elle s’est également chargée de former et d’aider les femmes à se construire dans leurs foyers et à ne pas rester les bras croisés.
Même si la relève est désormais assurée dans la famille Ouédraogo, le souhait pour celle qui a été la base de cet héritage familial, c’est de voir les mets burkinabè être représentatifs sur le plan international.

Yvette Zongo
Lefaso.net

Related posts

Leave a Comment