Marche meeting du 16 septembre : « Le MPP et ses alliés tentent de scier l’échelle par laquelle ils sont arrivés au pouvoir », dixit Norbert Wangré (CGT-B)

Finalement, la marche meeting de la Journée nationale de mobilisation et d’interpellation sur la situation nationale a bel et bien eu lieu, ce lundi 16 septembre 2019 au Burkina Faso. A Ouagadougou, même si la marche n’a été qu’éphémère, le message, quant à lui, a été livré.

La marche tant attendue du 16 septembre 2019 s’est tenue d’une manière particulière. Si dans d’autres villes les choses se sont déroulées pacifiquement, à Ouagadougou, les manifestants ont vécu une demi-heure sous l’avalanche des gaz lacrymogènes.

Après leur course-poursuite avec les forces de l’ordre et de sécurité, le repli tactique s’est effectué à la Bourse du travail, là où tout a commencé. Les mots n’ont pas été mâchés, l’interruption de la marche a été dénoncée et condamnée par les manifestants. Séni Kouanda, secrétaire général du Syndicat autonome des agents du trésor du Burkina, a qualifié cet acte « d’attaque frontale perfide contre des citoyens qui manifestaient pacifiquement aux mains nues ».

Séni Kouanda, secrétaire général du syndicat autonome des travailleurs du trésor du Burkina

Selon lui, « le pouvoir du MPP (Mouvement du peuple pour le progrès, parti au pouvoir) qui est incapable d’assurer la sécurité de son peuple depuis près de trois ans, s’est subitement métamorphosé ce matin en trouvant les moyens pour donner aux forces de l’ordre d’attaquer et de réprimer cette manifestation pacifique.

Tout en saluant la discipline des manifestants, Séni Kouanda a indiqué que tous les responsables de syndicats sont sains et saufs.

Norbert Wangré, le secrétaire général adjoint de la CGT-B

« Notre peuple n’acceptera pas cette attitude fasciste »

Le message de la Journée nationale de mobilisation et d’interpellation sur la situation nationale a été livré en tenant compte de l’acte des forces de l’ordre et de sécurité du jour.

« Dites-moi camarades. Notre peuple a-t-il besoin d’une autorisation gouvernementale pour sortir dans la rue et faire échec à la tentative de putsch de l’ex-RSP ? » s’est interrogé Norbert Wangré, secrétaire général de la Confédération générale des travailleurs du Burkina (CGT-B).

Après le « Non » unanime des manifestants, Norbert Wangré a déclaré : « C’est pourtant grâce à cette résistance historique que les dirigeants actuels sont au pouvoir ; les mêmes qui, depuis des semaines, tentent de façon cynique d’interdire notre manifestation de ce jour ». Cette attitude est condamnée par les manifestants du jour, qui ont saisi l’opportunité pour avertir le pouvoir en place. « Le MPP et ses alliés tentent de scier l’échelle par laquelle ils sont arrivés au pouvoir. Mais qu’ils soient rassurés, notre peuple n’acceptera pas cette attitude fasciste. Il poursuivra sereinement sa lutte pour la liberté et le progrès économique et social véritable », a indiqué Norbert Wangré.

Non au terrorisme et aux assassinats ciblés !

A en croire les organisateurs, cette marche n’est pas seulement pour dénoncer ‘’les maux de la gouvernance’’. « Notre manifestation de ce jour vise également à dire non au terrorisme et assassinats ciblés et de masse », a brandi le SGA de la CGT-B. En descendant dans les rues, les syndicats et la société civile comptent protester contre la multiplication des attaques terroristes mais aussi contre les exécutions sommaires et extrajudiciaires qui alimentent le cycle infernal du terrorisme en contribuant à la radicalisation de centaines voire de milliers de Burkinabè qui se sentent stigmatisés et victimes d’un véritable terrorisme d’Etat.

La question des policiers qui quittent la ville de Djibo est revenue au cours de ce meeting. « Il est inimaginable qu’un pouvoir qui prétend vouloir lutter contre le terrorisme maintienne les éléments des forces de défense et de sécurité dans la misère et le dénuement total », déplorent les organisateurs.

Bassolma Bazié, le secrétaire général de la CGT-B

Selon le SG de la CGT-B, Bassolma Bazié, les syndicats et la société civile sont toujours dans la phase d’interpellation, d’indignation. « On peut nous dire que le climat de sécurité n’est pas favorable à ce qu’on manifeste. Mais c’est dans ce même climat d’insécurité que des charbons fins circulent dans des wagons de notre pays, que les gens pillent les caisses de l’Etat », a-t-il rappelé.

Le fait de réprimer cette marche pacifique a galvanisé les troupes, selon les organisateurs. Appelé affectueusement « général », Bassolma Bazié a appelé les manifestants à la concentration : « Restez mobilisés, restez concentrés, restez à l’écoute, des orientations claires vous seront données ».

Cryspin Masneang Laoundiki
LeFaso.net

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