Manifestations en Guinée : officiellement, neuf morts de trop !

Comme à chaque fois dans le cas d’événements dramatiques, la controverse porte le plus souvent sur le bilan des morts et des blessés. Sans mettre de chiffres sur le nombre de personnes blessées, les autorités guinéennes ont établi à neuf le nombre de manifestants décédés lors des accrochages avec les forces de l’ordre, en marge de la protestation contre le projet de changement de constitution. Décrié et combattu par l’opposition et la société civile, ce projet pourrait permettre à Alpha Condé (81 ans) de briguer un troisième mandat.

Jusqu’ici, les seuls chiffres de la violente répression émanaient de l’équipe d’assistance médicale du Front national de la défense de la constitution (FNDC), un conglomérat d’organismes de la société civile, de partis politiques d’opposition, de mouvements citoyens et de syndicats qui porte le mouvement de contestation. Ce mercredi 16 octobre, c’est le général Bourema Condé qui est monté aux charbons pour mettre des chiffres officiels sur un bilan qui a suscité l’indignation au-delà des frontières guinéennes.

Un glissement de deux à neuf morts dans le bilan officiel

Trois jours après des manifestations violemment réprimées par les forces de l’ordre,« après vérification auprès des services sécuritaires et hospitaliers, il a été enregistré au total, environ neuf cas de décès dont huit dans notre capitale ainsi que de nombreux blessés », a fait savoir le ministre de l’Administration territoriale lors de son point de presse.

Un glissement de deux à neuf morts dans le bilan officiel. Dans un précédent bilan fourni par voie de communiqué, les autorités officielles n’avaient reconnu que la mort d’un manifestant à Conakry, la capitale guinéenne, ainsi que celle d’un gendarme.

Pourtant, le nouveau bilan est contesté par le FNDC. Selon son propre décompte en coordination avec des médecins, fournissant parfois les noms et professions, le mouvement de contestation fait état d’au moins 10 manifestants tués lors des échauffourées avec la police, plus de 70 blessés par des tirs à balles réelles, ainsi que 200 arrestations.
Depuis ce lundi 14 octobre, plusieurs quartiers de Conakry, Mamou, Guéckédou, Labé sont le théâtre de vastes mouvements de contestation populaire. A l’appel du FNDC, des centaines de manifestations ont battu le pavé contre un éventuel changement de constitution afin de permettre à Alpha Condé, le président sortant, de briguer un troisième mandat. Contre l’avis de certains de ses proches et en violation des articles 27 et 154 de l’actuelle constitution qui limitent à deux le nombre de mandats, Alpha Condé a confirmé sa volonté de changer la loi fondamentale pour rempiler sur le fauteuil du Palais Sékhoutouréya. Un projet qui se heurte à la protestation menée par le FNDC.

Conakry sous pression de la communauté internationale

Pour l’heure, « le calme est revenu sur la quasi-totalité du territoire national et les forces de maintien d’ordre s’évertuent à normaliser la situation dans les zones ou des échauffourées persistent »,selon Bourema Condé. Il faut dire qu’à la répression particulièrement violente, a suivi l’ouverture du procès de blogueurs, journalistes et d’activistes, perçus comme initiateurs du mouvement contre un troisième mandat d’Alpha Condé. Poursuivis pour « manœuvres et actes de nature à compromettre la sécurité publique et à occasionner des troubles à l’ordre public », ils devraient de nouveau être présentés au juge ce vendredi 18 octobre après une première suspension d’audience.

Après un bref moment de silence, la crise dans le pays a fait réagir la communauté internationale. « La crise politique que traverse la République de Guinée est source de préoccupations pour la communauté internationale. L’insuffisance de dialogue entre les différents acteurs politiques provoque une escalade de la tension avec des recours à la violence, susceptible de porter gravement atteinte aux acquis démocratiques. Nous appelons tous les acteurs à renouer le dialogue dans le cadre du comité de suivi», indique un communiqué commun aux ambassadeurs à Conakry de la CEDEAO, de l’ONU, de l’UE, des Etats-Unis, de la France, de la Belgique, de l’Italie, de l’Allemagne et du Royaume-Uni.

Tout en rappelant que «l e droit de manifester est un élément essentiel de l’expression démocratique», les diplomates appellent «au calme et à la retenue » et condamnent l’« usage disproportionné de la force ». Pour le «retour à un calme apaisé», les missions diplomatiques préconisent l’organisation dans les délais d’« élections, législatives et présidentielles, libres, crédibles et transparentes ».

Une façon de mettre la pression sur Conakry et de lui dire que, quelque soit le chiffre annoncé, le nombre de morts n’est que des morts de trop !

La Tribune Afrique.

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