Manifestation contre l’IUTS : Une colère compacte en marche à Ouagadougou

Il y a bien longtemps que les rues de la capitale n’avait connu une telle mobilisation. Ce 7 mars 2020, Ouagadougou a grondé de colère. A l’appel d’un collectif d’une cinquantaine d’organisations syndicales signataires du préavis de grève du 16 au 20 mars prochain, des milliers de travailleurs ont participé à une marche meeting aux allures de test. En ligne de mire, plusieurs revendications sociales, dont la suppression de l’IUTS sur les primes et indemnités.

« Les voleurs de la république » « les ministres charbon fin », « les maires zoblazo ». A chaque énoncé de l’animateur, la foule reprend en cœur « En Prison ! ». « La politique de clochardisation, A bas ! », « la pourriture au sommet de l’Etat, A bas », « Nan lara ansara ». C’est par ces slogans que la foule s’est échauffée en attendant le début effectif de la marche.

Avant, les organisateurs précisent que l’itinéraire initial n’a pas été avalisé par la mairie qui a évoqué des « raisons de sécurité ». L’axe traditionnel des marches (bourse du travail- place des cinéastes-place du grand lion-devanture la maison du peuple-rond-point des nations unies-palais de justice-station d’essence sur kwamé Nkrumah-cathédrale, et bourse du travail) n’a pas été arpenté. Il y a eu modification. En lieu et place, les marcheurs sont partis de la bourse du travail, pour rejoindre le rond-point de la bataille du rail qu’ils ont contourné pour s’ébranler jusqu’au feu qui mène au théâtre populaire. A partir de là, ils vont longer le terrain du Mogho Naaba, passer devant la cathédrale pour rejoindre le point de départ.

C’est une foule importante, à perte de vue qui a marché, à coup de sifflets, de slogans et messages de désapprobation contre ce que certains mécontents ont appelé la politique antisociale du gouvernement.

« Il y a tellement de coupures, tellement de taxes ces dernières années, il faut quand même penser aux honnêtes citoyens, trop c’est trop ! Aujourd’hui, ce sont les premiers sillons que nous traçons, la suite on observera la réaction du gouvernement. Dans le cas contraire, voyez vous-même le nombre, on est déterminés », rouspète ce manifestant d’un âge avancé.

Zoubaviel Dabiré, journaliste, lui dénonce avec véhémence toutes ces mesures qui selon lui, tendent à clochardiser le travailleur. « C’est une volonté de paupériser la population, on présente aujourd’hui le fonctionnaire burkinabè comme celui qui pompe les ressources de l’Etat. Pourtant, il y a des ministres qui touchent des millions en violation du décret de 2008 qui fixe les honoraires et rémunérations des présidents d’institutions, ministres et premier ministre. Ce n’est pas en clochardisant le travailleurs burkinabè qu’on va arriver à mettre cet Etat sur pieds. Il faut chercher les ressources ailleurs et c’est possible », suggère l’homme qui pour l’occasion, a déposé sa caméra pour manifester sa colère.

« Ce sont des messages… »

Une fois à la bourse du travail, Bassolma Bazié, porte-parole du collectif des organisations syndicales, a expliqué que l’action du jour, tout comme la grève de cinq jours qui sera engagée 16 au 20 mars 2020, ont un seul objectif. Barrer la route à l’opération de saccage des conditions de vie et de travail des travailleurs. Pour lui, l’application de l’IUTS sur les primes et indemnités opérée au forceps vise à diviser les travailleurs et liquider leurs organisations de lutte syndicales, à opposer les travailleurs du public à ceux du privé et du parapublic. Et surtout, c’est une manière de diminuer des salaires conformément aux injonctions du FMI suite aux conclusions de la mission du 24 octobre au 6 novembre 2019.

Celui que les travailleurs appellent affectueusement le Général, a rappelé que les fonctionnaires ne sauraient être des vaches à traire. Des milliards sont à récupérer ailleurs. « Ce qui frappe et indigne les travailleurs et les citoyens de façon générale, c’est que le gouvernement , au moment où il choisit de s’attaquer aux travailleurs , ferme les yeux sur les détournements , les vols, les fraudes et autres malversations qui font perdre à l’Etat des centaines et des centaines de milliards de F CFA », a-t-il clamé sous les applaudissement de la foule. « Les scandales financiers sont devenus quasi quotidiens et impliquent les dirigeants et leurs proches, tels que celui du charbon fin qui implique le ministre des mines et celui de l’acquisition de véhicules par le maire de Ouagadougou », a poursuivi le porte-parole.

En tout cas, les marches-meetings du jour à Ouagadougou comme dans les autres régions du pays, doivent sonner aux oreilles du gouvernement, comme une l’alerte, précise Bassolma Bazié. « Ce sont des messages que nous adressons au gouvernement pour lui dire d’arrêter sa politique antisociale », a-t-il martelé, invitant par ailleurs l’assemblée nationale à voter des lois légitimes qui prennent en compte les aspirations profondes des travailleurs donc du peuple.

Les Cinq points de revendications

Le mouvement syndical n’est pas passé sous silence, ce qu’il a appelé la campagne manipulation et de désinformation entreprise par le gouvernement. « Quand un mouvement syndicale se met en lutte, on commence à désinformer, quand ça ne suffit pas on passe à la division, quand cela ne suffit pas on passe aux menaces, quand le peuple est mobilisé, on fabrique des acteurs avec qui négocier », a révélé le porte-parole.

Bulletins de salaire en main, deux secrétaires généraux ont expliqué que les fonctionnaires payaient bel et bien l’IUTS. Celle décidée récemment et qui s’applique aux primes et indemnités est simplement de trop et asphyxie les travailleurs qui croulent déjà sous le poids de la cherté de la vie.

La plateforme du collectif de syndicat se résume en cinq points essentiels. L’arrêt des mesures de baisse du pouvoir d’achat et amélioration de celui-ci en rapport avec le cout de la vie. L’arrêt des atteintes aux libertés démocratiques et syndicales. Il faut y ajouter l’arrêt du pillage des ressources nationales. Ensuite, la garantie du droit à la sécurité des populations et enfin le respect et la mise en œuvre des différents engagements pris par le gouvernement vis-à-vis des syndicats des travailleurs.

Après cette première journée de marches- meetings qui s’est déroulé sur l’ensemble du territoire, les travailleurs ont dit espérer que le gouvernement va reconsidérer sa position. Déjà, du16 au 20 mars 2020 une grève générale est prévue, ponctuée encore de marches-meetings et autres activités, en vue de maintenir la pression.

Tiga Cheick Sawadogo
Lefaso.net

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