Main tendue de Blaise Compaoré : Des équations à multiples inconnues

Dans a contribution ci-dessous, l’auteur s’interroge sur les réelles intentions de Blaise Compaoré à travers sa « main tendue » à Roch Kaboré.

Naturellement peu loquace et réfractaire aux apparitions médiatiques excessives, l’ex- président Blaise Compaoré, par le biais d’une correspondance adressée au président Roch Kaboré, est sorti de sa réserve légendaire pour se prononcer sur la situation sécuritaire précaire et le climat social délétère qui prévalent au Pays des hommes intègres.

En sus, il se dit disposé et disponible pour soutenir d’une part le Burkina Faso dans sa lutte contre ses assaillants non identifiés et difficilement identifiables, dont le mode opératoire se situe aux antipodes des lois de la guerre conventionnelle. D’autre part, l’ex -médiateur se dit prêt à concourir à l’apaisement de la fronde sociale et à la réconciliation nationale.

Face au monstre du terrorisme, la réalité des faits et les résultats obtenus sur le terrain instruisent sans ambages sur la grande peine qu’a la grande muette burkinabé à prendre le dessus à court terme sur ces suppôts de Lucifer, et sur l’incapacité de l’élite militaire à dénicher la bonne formule et la stratégie efficace et efficiente à même de sortir le Burkina Faso de ce bourbier.

Sur ces entrefaites, tout appui susceptible de soulager ce mal burkinabé, de dissiper la psychose permanente et de régénérer la quiétude au sein de la population serait le bienvenu. En revanche, pour le cas précis de Blaise Compaoré, son assistance est souhaitable, mais forcément, involontairement et même légitimement, face à sa proposition manifeste de coopération, des interrogations s’imposent, des équations à multiples inconnues s’invitent.

Bref, à la lumière du passé de l’homme et au regard de certaines circonstances, la méfiance, la défiance et la suspicion sont de rigueur. Et ce, pour les raisons ci-après. Premièrement, cette main tendue est tardive. Pourquoi est-ce maintenant, depuis son exil, que Blaise Compaoré pense à sa terre natale au point de nourrir l’aspiration de relever avec elle le défi du terrorisme ? Pourquoi Blaise Compaoré a- t-il observé une omerta inquiétante et suspecte après les attaques du Cappuccino, de Aziz Istanbul et de l’Etat-Major des armées ? Pourquoi Blaise Compaoré a- t-il gardé le silence face aux offensives meurtrières répétées perpétrées contre les forces de sécurité, de défense et les enseignants ? Pourquoi Blaise Compaoré est-il resté dans un mutisme incompréhensible lors du coup d’Etat manqué du Général Gilbert Diendéré, alors qu’il pouvait simplement passer un coup de fil à son « petit frère d’armes et ami intime », et lui intimer l’ordre d’arrêter de faire ce qu’il est en train de faire ? Pourquoi est-ce maintenant que tombe cette proposition de collaboration ?

Deuxièmement, l’Histoire joue en défaveur de la crédibilité de Blaise Compaoré et la sincérité de sa main tendue. En effet, dans sa gibecière politique, on y trouve bon nombre d’adversaires, camarades de lutte et amis intimes foudroyés par sa ruse, ses coups bas et ses crocs-en-jambes politiques. Enfin, l’équation à multiples inconnues difficile à résoudre est la suivante : Roch Kaboré pourrait-il espérer une main franche et salvatrice d’un homme, d’un ancien camarade de lutte, d’un vieil ami qu’il a abandonné, ensuite combattu, avant de contribuer à précipiter sa chute et sa descente aux enfers ? Aussi, un soutien franc et une alliance de bon cœur pourraient-ils advenir de cet ancien chef d’Etat dont la propension à la vendetta est avérée et reconnue de tous ?

Au-delà de tous ces questionnements, un enjeu historique se présente à Blaise Compaoré : celui de l’embellissement de son Histoire. En effet, après avoir participé à quatre coups d’Etat militaires, dont les deux derniers furent exécutés par lui-même ; après avoir fait et défait, monté et démonté, fabriqué et déglingué des hommes politiques et des opérateurs économiques ; après avoir fait la pluie et le beau temps au Libéria, en Sierra Leone et en Côte d’Ivoire ; après avoir tissé des alliances avec des hommes peu recommandables ; aujourd’hui, à 68 ans, l’heure de la sagesse a sonné pour Blaise Compaoré.

Par la magie d’Internet et via le Faso.net, toute modestie gardée, toute humilité observée et sans prétention aucune, le rédacteur de ces lignes, votre humble et jeune serviteur, « petit Samo » né sous le règne de Blaise Compaoré, voudrait par amour pour le Burkina Faso, dire ceci au Président Blaise Compaoré :

« Cher Président, si votre main tendue camoufle des intentions opportunistes et une volonté dissimulée de nuisance, alors ce que je puis vous formuler si vous le permettiez, c’est que tout ceci est vain, tout ceci n’est que vanité. Vous feriez du mal au Burkina Faso pour rien, car, si fort et puissant que vous soyez, vous ne pourriez jamais refaire le monde, vous ne pourriez jamais réinventer la roue, vos années fastes et vos temps glorieux ne reviendront jamais. Vous êtes devenu Ivoirien il est vrai, mais cela n’est qu’une gymnastique juridico-politico- administrative, votre sang reste moaga, et votre placenta se trouve enseveli sous le beau et radieux sol du Burkina Faso. Par conséquent, faire du mal ou laisser faire du mal au Burkina, c’est à vous-même que vous le faites.

En revanche, si votre proposition de soutien, si votre main tendue est animée d’un esprit probe, d’une rectitude sans faille, de nobles pensées et d’une volonté réparatrice, alors, l’Histoire du Burkina Faso et des peuples noirs mentionneront votre nom et votre œuvre en lettres d’or sur des papyrus diamantins. Et quand vous décideriez de quitter le « Pays de la Lagune Ebrié » pour regagner le « Pays des hommes intègres, l’ex -Haute-Volta, la terre de vos ancêtres », nous sortirions vous accueillir avec tous les honneurs à l’aéroport de Ouagadougou, et vous accompagnerions à Ziniaré, votre terre natale.

Après un mois de repos, vous réintégreriez la fonction publique burkinabé, et seriez affecté comme « boy de maison » dans le domicile du Général Aboubacar Sangoulé Lamizana à Tougan. Les soirs, vous iriez faire valoir vos talents de capitaine de l’armée burkinabé en tant que gardien devant le verger de mangues du Colonel Saye Zerbo, aussi à Tougan, au bord du fleuve Sourou.

Enfin, monsieur le Président Compaoré, dans notre grin, les « Kôrô de mon quartier à la Patte D’Oie » disent que vous connaissez certains chefs terroristes. Si cela est vraiment vrai, alors, s’il vous plaît, dites- leur de laisser le Burkina Faso en paix.

Tout en vous souhaitant de toujours bien vous porter, je vous prie de bien vouloir agréer l’expression de mon profond respect et de ma très haute considération. »

Que Dieu bénisse et garde le Burkina.

La patrie ou la mort, nous vaincrons.

Sidiki Aboubacar ZERBO
Spécialiste en Management de l’Achat International
Et en Ingénierie Logistique.
wendin.aboubacar.zerbo@gmail.com

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