Lutte contre l’insécurité : Le CGD remet au goût du jour la « police de proximité »

Quel état des lieux peut-on faire de la mise en œuvre du décret de novembre 2016 portant définition des modalités de participation des populations à la mise en œuvre de la police de proximité ? C’est autour de cette interrogation que le Centre pour la gouvernance démocratique (CGD) a invité l’ensemble des acteurs à la réflexion à travers un dialogue démocratique dans la soirée de vendredi 22 février 2019 à Ouagadougou.

Cette problématique est d’autant pertinente que le Burkina est soumis, depuis quelques années, à une flambée d’actes d’extrémisme violent. En réunissant donc associations d’auto-défense, spécialistes de police de proximité et Forces de défense et de sécurité, acteurs politiques, partenaires techniques et financiers, responsables coutumiers et religieux ainsi que leaders de la société civile, le CGD veut, selon son chargé de programme, Asseghna Anselme Somda, dégager des « recommandations fortes » aux fins de mener un plaidoyer auprès des autorités en charge de la sécurité. Le constat étant que le décret portant définition des modalités de participation des populations à la mise en œuvre de la police de proximité (suscité) « peine à produire des effets dans un contexte national qui urge ».

Par ce dialogue, il s’agit donc d’interroger la problématique de la réappropriation communautaire des questions sécuritaires. « Il faut que les actions de participation citoyenne à la sécurité soient bien encadrées, qu’elles s’inscrivent dans la légalité, respectent les règles de l’Etat de droit », campe M. Somda, convaincu qu’au regard du contexte général, les citoyens doivent contribuer à la sécurité, mais dans le cadre légal.

Praësidium avec le modérateur encadré du Consultant Sanoussa Gansonré (à droite) et Yénitiadiba Timbangou

Pour poser le sujet, le CGD a fait appel au consultant indépendant en Police de proximité, Sanoussa Gansonré, communicateur principal, et avec à ses côtés, et pour le compte des groupes d’auto-défense, Yénitiadiba Timbangou, secrétaire général de l’association Tin Kubiudogu (en langue gulmantcéma : Protégeons la cité) dans la région de l’Est.

C’est par une approche des concepts et notions que le consultant en police de proximité est entré dans le vif de sa communication, en soutenant que face au tableau sécuritaire fortement interpellateur, l’Etat a mis en œuvre plusieurs mesures et politiques, dont la participation communautaire ou « police de proximité ». Cette dernière se veut une réponse à l’insécurité au niveau communautaire, avec pour objectif « d’établir un partenariat entre les services de sécurité et la population afin de résoudre les problèmes de criminalité et de troubles à l’ordre public ». Elle est donc une politique sécuritaire axée sur la communauté.

C’est dans ce contexte qu’est né le concept d’Initiatives locales de sécurité (ILS) en 2009, dans le cadre du bilan de la mise en œuvre du premier plan quinquennal de la police de proximité et au moment de l’élaboration de la stratégie nationale de sécurité intérieure.

Une étude sur les associations koglwéogo du Yatenga a ainsi conduit à l’adoption de cette terminologie pour identifier toute forme d’organisation communautaire endogène de prévention de l’insécurité, et travaillant sur la base des réalités locales et de référentiels socio-culturels non opposables aux lois de la République, retrace le consultant, Sanoussa Gansonré. A ce jour, poursuit-il, deux grandes familles d’ILS sont connues. Il s’agit des ILS dites ouvertes (les Koglwéogos) et celles dites fermées (les Dozos).

Le communicateur principal, Sanoussa Gansonré.

« Entre ces deux grandes familles existe une famille intermédiaire qui est celle des Rugga. Le rugga est un chef éleveur qui a autour de lui une vingtaine de bergers appelés garso. Le concept est né au Nigéria et introduit plus tard au Burkina. Leur action vise à promouvoir et défendre leur élevage. Ils sont présents dans certaines localités des régions du sahel et de l’Est », explique-t-il.

Selon le communicateur, les initiatives locales de sécurité ont fait un travail remarquable sur le terrain, parce que des résultats ont été engrangés. Leurs forces résident essentiellement en leur nature (parce que pensées et mises en œuvre par les populations elles-mêmes), leur maîtrise du terrain, la célérité des poursuites (si fait que les biens sont récupérés rapidement et remis à leur propriétaire), la confiance vite établie entre elles et les populations, etc.

Cependant, on peut aussi retenir qu’il y a eu beaucoup d’exactions, déplore-t-il. « Et tout le monde regrette cela, parce que ça ne contribue pas véritablement à renforcer le tissu social et la cohésion sociale », dénonce-t-il, identifiant comme causes, l’existence illégale de certaines associations, le non-respect des lois.

Sur ce point, Yénitiadiba Timbangou, tout en mettant en exergue le respect des textes par l’association dont il est membre, partage les responsabilités, en affirmant que l’Etat lui-même a contribué en partie à favoriser les dérives que connaissent certaines associations koglwéogos.

Capitalisation et mise en œuvre accélérée des recommandations

« Ce qui reste à faire, c’est l’accélération de la mise en œuvre de ces recommandations. Aller vers les communautés avec la meilleure approche, qu’on puisse dialoguer avec les différents acteurs pour comprendre ce qui ne va pas ; de sorte à sortir définitivement de ce cercle vicieux où on compromet la paix sociale, le développement économique, ce qui sape les bases de notre Etat-nation. Il y a toujours des pistes qui sont possibles. Que chaque acteur soit sincère. On a posé la question de la sincérité des acteurs. On a toujours dit : il faut éviter que certaines habitudes ne s’installent au niveau des initiatives locales de sécurité, si elles s’installent durablement, pour inverser la tendance, il faut encore des moyens ; il faut marcher, il faut parler.

Le chargé de programme du CGD, Asseghna Anselme Somda

Pour le moment, tout est possible pour inverser la tendance et tout le monde est invité vers cette tendance », appelle-t-il. Ce, d’autant que des recommandations sont formulées, des réflexions menées, mais il n’y a pas de suite. Il revient sur quelques cadres majeurs qui ont vu naître des propositions et recommandations, tels que les journées parlementaires de l’UPC et du MPP, le Forum national sur la sécurité, etc.

En guise de perspectives, le communicateur a proposé plusieurs pistes parmi lesquelles, le renforcement de l’action des maires dans la mise en œuvre de la police de proximité (par l’accélération de l’opérationnalisation des Comités communautaires de sécurité), la mise en place d’un dispositif d’accompagnement à la formalisation des ILS non à jour et d’un programme de formation des responsables d’ILS sur la participation communautaire à la prévention de l’insécurité.

Toujours dans ce chapitre, il est recommandé l’élaboration d’une stratégie de communication suivie d’un plan opérationnel, l’accompagnement des ILS à l’élaboration de plans annuels de prévention de l’insécurité et l’élaboration d’un mécanisme de suivi et évaluation ainsi que la relecture du décret portant définition des modalités de participation des populations à la mise en œuvre de la police de proximité.

Dans cette dynamique de recherche de solutions et de lutte contre le phénomène d’insécurité, le communicateur a, enfin, exhorté chaque Burkinabè à l’humilité, à la modestie et à éviter les amalgames, la stigmatisation et l’attitude qui consiste à penser à la place de l’autre.

O.L
Lefaso.net

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