Lutte contre le Covid-19 dans les Hauts-Bassins : Un casse-tête chinois pour les acteurs du terrain

La gestion de l’épidémie à coronavirus semble être difficile dans la région des Hauts-Bassins. En effet, les acteurs (les agents de santé et forces de l’ordre) rencontrent d’énormes difficultés sur le terrain notamment, dans la gestion des cas suspects au Covid-19 et du couvre-feu. Cette situation a été déplorée par les membres du comité régional de gestion des épidémies des Hauts-Bassins. C’était au cours de la septième rencontre hebdomadaire dudit comité tenu le vendredi, 15 mai 2020 à Bobo-Dioulasso.

La situation de la maladie à coronavirus dans la région des Hauts-Bassins a été passée en revue, lors de la rencontre hebdomadaire du comité de gestion des épidémies. Plusieurs points ont été abordés au cours de cette session notamment, le non-respect des mesures barrières. Aux dires des membres du comité, la gestion du Covid-19 donnerait du fil à retorde aux acteurs du terrain.

En effet, depuis l’apparition de la maladie à coronavirus dans les Hauts-Bassins et précisément dans la commune de Houndé, le 14 mars 2020, le comité de gestion des épidémies n’a fait que déplorer le « comportement incivique » des populations de la ville de Bobo-Dioulasso. Du non-respect des mesures barrières, au « cas de malades indisciplinés », s’ajoute maintenant le « cas des familles récalcitrantes ».

Selon le comité, les mesures barrières ne sont pas observées à Bobo-Dioulasso. Les populations continuent toujours les rassemblements de plus de 50 personnes et le port du cache-nez n’est pas respecté. « Au niveau des marchés et les débits de boissons, c’est pire. Les mesures ne sont pas respectées », déplore Célestin Koussoubé, président du conseil régional des Hauts-Bassins, par ailleurs membre du comité.

Les membres du comité de gestion des épidémies des Hauts-Bassins

Le 10 avril dernier, le Professeur Armel Poda soulignait le « cas des malades indisciplinés ». Selon lui, il s’agissait des malades hospitalisés à l’hôpital pédiatrie de Belleville qui voulaient à chaque fois sortir de l’hôpital, pour payer quelques choses. Certains de ces malades refuseraient également de prendre les produits pour leur traitement.

A cela s’ajoute maintenant le « cas des familles récalcitrantes ». A en croire le Pr Armel Poda, il s’agit d’une famille qui enregistrerait des cas de malades au Covid-19, dont un décédé lié à cette maladie. Cette famille refuserait de se soumettre au protocole, notamment l’observation de la quarantaine et le test de dépistage pour tous les autres membres de la famille.

« Dans cette famille les mesures barrières ne sont pas respectées. Le jour du décès du malade, les gens continuaient à se donner des accolades », a-t-il déploré. Ainsi, ces derniers montreraient un refus catégorique de se soumettre au protocole alors qu’ils « représentent un danger pour la population ».

Pour le directeur régional de la santé, Seydou Ouattara, les membres de cette famille auraient même exigé les bulletins d’examen de leurs malades qui ont été mis à leur disposition. Il a par ailleurs souligné que ces derniers ont fait une décente sur le site pour exiger la libération d’un de leurs malades hospitalisés à l’hôpital pédiatrie. Pour le comité régional, ce comportement « d’indiscipline caractérisée », doit cesser pour éviter le pire dans les Hauts-Bassins. Le Pr Armel Poda a sollicité l’accompagnement des membres du comité ainsi que celui des forces de l’ordre, pour la gestion de ces cas.

Cependant, les membres du comité ont souhaité poursuivre avec le dialogue, dans la gestion de ces « cas d’indisciplinés ». Le directeur régional de la santé estime que ce sont des problèmes d’incompréhension qui peuvent arriver. « Ces familles n’arrivent pas à comprendre le degré de contagiosité de la maladie. Nous continuons à discuter avec elles, avec l’aide des psychologues et psychiatres afin qu’on puisse mieux se comprendre. La difficulté se trouve surtout au niveau de la désinfection des maisons. Mais des orientations ont été données par les membres du comité pour mieux gérer cette situation », a laissé entendre Seydou Ouattara.

Seydou Ouattara, directeur régional de la santé des Hauts-Bassins

Plusieurs familles refuseraient également la désinfection de leurs cours après y avoir découvert un cas de malade. « Ces dernières ont peur de la stigmatisation. Elles disent que lorsque les agents viennent en combinaison pour la désinfection, les membres subissent le regard du voisinage », a expliqué le comité.

Si l’implication des forces de l’ordre est sollicitée dans la gestion de cette maladie, un de leurs responsables ne manquera pas d’évoquer les difficultés auxquelles les agents sont confrontés sur le terrain notamment dans la gestion du couvre-feu. Il a affirmé qu’au total 1 382 personnes ont été interpellées aux heures du couvre-feu (après 21 heures), ces deux dernières semaines. Parmi ces personnes, seulement 262 avaient un laisser-passez mais ne présentaient aucun motif légitime.

Aussi, il a déploré le manque de ressources nécessaires pour accompagner les agents. « Une idée a été de délivrer des laisser-passez, une idée a voulu que les personnes détentrices de ces laisser-passez soient responsables dans l’utilisation de ces documents. Actuellement nous avons des problèmes sur le terrain », a indiqué ce dernier. Avant d’ajouter que « c’est une question de santé publique et si nous restons dans la logique d’amour, pour que les citoyens nous aiment aujourd’hui, mais ils vont nous condamner plus tard parce que ce que nous n’aurions pas été conséquents à un moment donné ».

C’est pourquoi, le président du conseil régional des Hauts-Bassins a invité les populations à plus de civisme, de responsabilité et au respect des mesures barrières. Car il estime que c’est avec l’implication de tout le monde que le Burkina Faso pourra vaincre cette maladie.

Selon le rapport de situation sur l’épidémie de la maladie à coronavirus dans les Hauts-Bassins, à la date du vendredi 15 mai 2020, ce sont au total 73 cas qui ont été testés positifs au Covid-19. Selon le directeur régional de la santé, Seydou Ouattara, le district de Dô est le foyer qui enregistre le plus de cas, ensuite le district de Dafra et Houndé. Aussi, la région enregistrait 51 guérisons et 8 décès à la même date. 14 cas sont sous traitement dont certains sont hospitalisés à l’hôpital pédiatrie de Belleville et d’autres sont suivis à domicile. A l’en croire, Houndé qui a été le premier foyer de contamination dans les Hauts-Bassins a enregistré la guérison de son dernier malade le 5 avril. A ce jour, cette ville ne compte plus de cas actif.

Romuald Dofini
Lefaso.net

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