Ludovic Ouédraogo, directeur régional des transports des Hauts-Bassins : « La route ne tue pas. C’est nous-mêmes qui nous tuons »

Le ministère des Transports, de la Mobilité urbaine et de la Sécuritaire routière a entrepris, depuis quelques temps, la modernisation et la sécurisation des titres de transport. A travers la mise en œuvre de ce nouveau système, il a été donné de constater qu’il y a du faux qui circule. C’est ainsi que la Direction régionale des transports des Hauts-Bassins s’est fortement engagée, avec la Direction régionale de la douane, à minimiser au maximum les usages de faux titres de transport.

Selon le directeur régional des transports des Hauts-Bassins, Ludovic Ouédraogo, les statistiques pour certains véhicules sont dépassées, « parce qu’il y a des véhicules qui ne circulent plus aujourd’hui mais qui sont toujours dans notre fichier ». Aussi, certaines personnes peuvent changer la plaque d’immatriculation de leur véhicule avec celle d’un autre véhicule pour circuler.

« Tout cela appartient au passé puisqu’avec la modernisation et la sécurisation des titres de transport, la plaque contient toutes les informations relatives au véhicule et à son propriétaire. Tout est inscrit dans un code-barres », a informé le directeur régional des transports, de la mobilité urbaine et de la sécuritaire routière des Hauts-Bassins, Ludovic Ouédraogo.

A l’en croire, ce système permet de faciliter le travail de contrôle des policiers qui ont un appareil adapté pour les vérifications. En effet, lors d’un contrôle, lorsque les policiers prennent la plaque d’immatriculation d’un engin, leur appareil de contrôle a la possibilité de leur fournir toutes les informations nécessaires sur l’engin et sur son propriétaire. « Dès qu’ils vérifient et ils n’ont pas les informations nécessaires, c’est qu’il s’agit d’un faux », a indiqué Ludovic Ouédraogo.

C’est pourquoi la Direction régionale des Hauts-Bassins travaille aujourd’hui pour que sa base de données n’ait pas d’erreur. « Parce que si la base de données a des erreurs, si nous laissons passer des erreurs au niveau de la base de données, cela veut dire que nous avons validé le faux. Pour ce point, la Direction régionale des transports des Hauts-Bassins a entrepris, depuis que je suis à la tête de la direction, des actions tendant à minimiser au maximum le faux. Nous sommes obligés d’aller chaque matin au niveau de la douane, pour certifier les CMC (Certificat de mise en circulation), ce qui nous permet quand même de réduire au maximum le faux », a-t-il expliqué.

Selon lui, la Direction régionale des transports devait être interconnectée avec la douane pour faciliter le travail. Toutefois, il a affirmé que cela est en prévision.
Une fois que les dossiers sont vérifiés et certifiés par la douane, la Direction régionale des transports est sure que son système est bon. Par ailleurs, les propriétaires de faux dossiers sont invités à aller dédouaner leur véhicule à nouveau. Si cela est correctement fait, la Direction régionale des transports procède à l’établissement de leur carte grise.

Comment se fait la vérification des CMC au niveau de la douane ?

Selon le directeur régional des transports, les systèmes de dédouanement sont regroupés seulement à Ouagadougou et à Bobo-Dioulasso et toutes les bases de données de la douane sont interconnectées. Lorsque les agents de la douane introduisent le numéro de série du véhicule dans leur base de données, toutes les informations y relatives sortent si le véhicule a été dédouané. Lorsque le numéro ne figure pas sur la base de données de la douane, c’est qu’il s’agit d’un faux et le dossier est immédiatement bloqué. « Il y a du faux que nous nous avons pu intercepter ici », a souligné Ludovic Ouédraogo.

Une occasion pour lui de féliciter et de remercier la douane pour sa franche collaboration. « C’est le lieu pour moi de remercier le directeur régional de la douane des Hauts-Bassins et, à travers lui, son chef de bureau de Bobo-gare, parce que nous avons une symbiose dans notre travail. Nous sommes en étroite collaboration. Si nous arrivons avec un dossier, il n’y a pas de problème ; le chef de bureau le vérifie et il nous donne tout ce dont nous avons besoin pour le travail, afin de lutter contre la contrefaçon. Et c’est par cette collaboration que nous allons arriver à assainir notre base de données et à rendre le Burkina Faso crédible à travers les immatriculations et la délivrance des titres de transport », a-t-il laissé entendre.

Par ailleurs, il a déploré le fait que des gens vont dans d’autres pays pour établir leur carte grise ou obtenir leur permis de conduire. Toute chose qui, selon lui, est dangereuse. « Il y a des gens qui font le permis [de conduire] ici plusieurs fois sans succès. Après, ils partent dans un autre pays et reviennent avec le permis de conduire. Ou encore ils vont faire leur carte grise dans d’autres pays. Et lorsque nous voyons ces genres de cartes, nous les retirons directement », a-t-il expliqué.
Avant d’ajouter : « L’Etat a pris des dispositions pour échanger un permis de conduire entre nous et nos Etats. Nous avons serré un peu la façon d’échanger. Donc on est obligé d’avoir les authenticités dans les pays où les cartes ont été délivrées. Nous prenons toutes les dispositions pour ne pas introduire du faux dans notre base de données. Tout ce que l’homme fait n’est pas parfait. Sauf le travail de Dieu qui est parfait. Mais nous avons pris des garde-fous pour que nous puissions travailler en synergie avec tous les acteurs, pour qu’on puisse minimiser le faux ».

Quelle est la procédure pour l’obtention d’une carte grise ou d’un permis de conduire ?

Le directeur régional des transports estime que le Burkinabè aime la facilité. C’est pourquoi il invite toute personne qui souhaite établir une carte grise, à bien vouloir s’adresser aux guichets des services des transports. « Les prix sont fixés là-bas et tout est clair. C’est la seule façon pour éviter que les gens ne soient arnaqués. Tu arrives avec ton dossier, tu ne rentres pas et tu le remets à ceux qui sont devant la porte. Ils vont prendre et ils vont multiplier le prix. Ils vont te donner des prix qui n’existent même pas sur notre tableau. La meilleure solution, c’est d’aller aux guichets. Si vous arrivez aux guichets, les guichetiers sont là et ils vont vous donner tous les renseignements », a laissé entendre M. Ouédraogo.

Pour l’obtention d’un permis de conduire, il a souhaité que les candidats s’inscrivent à l’auto-école pour suivre les cours de conduite. C’est-à-dire faire le code, le créneau et ensuite la conduite. Une fois que le candidat finit ces étapes et qu’il est admis, son permis de conduire lui est délivré. « Ceux qui veulent des raccourcis ou qui partent chercher leur permis dans d’autres pays et revenir alors qu’ils n’ont pas le b.a.-ba du code de la route pour conduire, sont des criminels pour la société et pour eux-mêmes. Il en est de même pour quelqu’un qui s’en va faire une carte grise ailleurs. Tu viens avec la carte grise qui ne figure pas dans notre base de données et quelqu’un prend la voiture et il commet des forfaits. C’est difficile pour nous de reconnaitre le propriétaire », a-t-il noté.

La délivrance d’une carte grise à la direction régionale des transports à un délai de 72 heures à sept jours maximum.

« La route ne tue pas. C’est nous-mêmes qui nous tuons »

Selon lui, chaque jour que les candidats viennent pour faire le code, le créneau ou la conduite, il leur est rappelé qu’il n’y a pas d’argent à donner. « Il n’y a pas d’argent à donner pour faire un travail. L’examinateur a déjà une prime qu’on lui paye et il doit faire son travail comme il se doit. Nous avons aussi convoqué les fondateurs des auto-écoles et nous leur avons dit comment il faut travailler. C’est un travail qui est dur et nous sommes très regardants sur le terrain, puisque moi même je sors sur le terrain. Par ailleurs, j’ai demandé à certains propriétaires d’auto-écoles de réparer leurs véhicules pour faciliter l’apprentissage aux candidats. D’autres véhicules n’avaient pas de hangars et j’ai exigé qu’ils posent des hangars. Cela les aide aussi dans l’apprentissage », a indiqué le directeur régional.

Pour lui, ce sont ceux qui cherchent les raccourcis pour avoir leur permis de conduire qui amènent les problèmes. C’est pourquoi, lorsque les candidats viennent à la Direction régionale pour leur examen du code, ils bénéficient d’une séance de sensibilisation d’abord. « Nous leur disons que, même s’ils ont le permis, il est préférable de toujours respecter le code de la route. Parce que, si vous ne respectez pas le code de la route, ce n’est pas bien. Plus de 80% des accidents sont dus à l’homme. Soit on brule le feu, soit arrivé à une intersection, on ne cède pas le passage, on ne respecte pas la priorité, ni les panneaux de stop. On dit que la route tue. Non ! La route ne tue pas. C’est nous-mêmes qui nous tuons. Parce qu’un usager qui fait de la vitesse est un danger. La route est là, elle est posée avec toutes les règles qu’il faut pour l’emprunter. Et si l’homme se corrige, on n’assistera plus à tous ces drames. Il faut de la courtoisie dans la circulation, respecter les distances de sécurité entre les véhicules », rappelle notre interlocuteur.

Ainsi, il invite les Burkinabè à plus de civisme. Mais surtout, à faire le code de la route car « cela leur permet de savoir comment la route parle avec les usagers ». Toute chose qui, selon lui, va permettre de réduire l’insécurité routière et diminuer considérablement les nombreux accidents dans la circulation. Monsieur Ludovic Ouédraogo a noté également que, pour lutter contre l’insécurité routière, il faut l’implication de tous les acteurs de la société. C’est pourquoi, à l’endroit des premiers responsables du pays, il lance un appel afin que dans un avenir proche, ils puissent insérer le code de la route dans le programme scolaire. Il estime aussi que chaque parent devrait amener son enfant à l’auto-école pour apprendre le code de la route, avant de lui offrir « une grosse cylindrée ».

« Sinon, tu enverras ton enfant à l’abattoir. C’est pourquoi, j’invite les parents qui veulent faire plaisir à leurs enfants en leur offrant une moto, à les envoyer d’abord à l’auto-école avant tout achat de moto. Il faut également leur donner une moto ou motocyclette qui correspond à leur âge », a-t-il souligné.

Pour une franche collaboration entre les usagers et sa direction, le directeur régional des transports, de la mobilité urbaine et de la sécuritaire routière des Hauts-Bassins, Ludovic Ouédraogo, affirme son entière disponibilité : « Nous interpelons les gens à toujours s’adresser à notre guichet. Nous sommes là pour ça. Si quelqu’un n’est pas satisfait de nos prestations, mon bureau est ouvert. Je suis disponible 24h/24 ».
Et de clore en ces termes : « Moi je ne suis pas mauvais, je suis rigoureux et il faut que les gens comprennent ».

Romuald Dofini
Lefaso.net

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