Les derniers soldats américains ont quitté Kaboul, mettant fin à vingt ans de présence en Afghanistan

Les Etats-Unis ont aussi suspendu leur présence diplomatique dans le pays, mais affirment qu’ils travailleront avec les talibans « s’ils tiennent leurs engagements ».

C’est la fin de vingt ans de présence américaine en Afghanistan. Les derniers soldats américains ont quitté Kaboul, a annoncé le Pentagone, lundi 30 août, laissant le pays aux mains des talibans, au terme de la plus longue guerre de l’histoire des Etats-Unis. « Le dernier avion C-17 a décollé de l’aéroport de Kaboul le 30 août » à 22 h 30, heure de Paris, a déclaré lors d’une conférence de presse le général Kenneth McKenzie, qui dirige le commandement central dont dépend l’Afghanistan.

Le retrait militaire de Washington s’est donc achevé vingt-quatre heures avant la fin de la journée du 31 août, date butoir fixée par Joe Biden pour mettre un terme à la présence des forces armées américaines dans ce pays. Le président des Etats-Unis s’exprimera, mardi, pour expliquer sa décision de « ne pas prolonger [la] présence américaine au-delà du 31 août » en Afghanistan, selon un communiqué de la Maison Blanche.

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Les Etats-Unis ont également suspendu leur présence diplomatique en Afghanistan, a annoncé, lundi, le secrétaire d’Etat américain Antony Blinken, évoquant « l’environnement sécuritaire incertain et la situation politique » en Afghanistan. Les opérations de l’ambassade sont transférées à Doha, au Qatar. Les Etats-Unis travailleront avec les talibans s’ils « tiennent leurs engagements », a affirmé le chef de la diplomatie américaine. « Les talibans veulent la légitimité et le soutien internationaux. Notre message est que la légitimité et le soutien doivent se mériter », a-t-il lancé.

Un moment historique selon les talibans

« C’est une grande leçon pour d’autres envahisseurs et pour notre future génération », s’est félicité le principal porte-parole taliban, Zabihullah Mujahid, à l’aéroport de Kaboul, ajoutant : « C’est aussi une leçon pour le monde. »

« Nous avons à nouveau fait l’histoire. Les vingt années d’occupation de l’Afghanistan par les Etats-Unis et l’OTAN [Alliance atlantique] se sont achevées ce soir », avait peu avant déclaré Anas Haqqani, un responsable du mouvement islamiste, sur Twitter. « Je suis très heureux après vingt ans de djihad, de sacrifices et de difficultés, d’avoir la satisfaction de voir ces moments historiques », a-t-il ajouté.

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Des tirs ont été entendus, tôt mardi à Kaboul, après que les militaires américains ont confirmé leur départ. Des tirs d’armes légères et de mitrailleuses lourdes résonnaient encore dans la nuit quarante-cinq minutes après la première annonce américaine, tandis que des balles traçantes illuminaient le ciel. Dans un autre tweet, Anas Haqqani a demandé à ses combattants de cesser de tirer en l’air pour éviter que les munitions, une fois retombées au sol, ne blessent des passants.

Moins de 200 ressortissants américains encore sur place

Si les évacuations militaires sont terminées, l’armée américaine a reconnu, lundi, n’avoir pas pu faire sortir du pays autant de personnes qu’elle l’aurait voulu. « La mission diplomatique visant à s’assurer que plus de citoyens américains et d’Afghans éligibles voulant partir continue », a précisé le général McKenzie. Lundi, M. Blinken a affirmé que « moins de 200, sans doute plutôt environ 100 Américains » se trouvaient encore sur place. 

Selon un haut responsable, à Kaboul, les forces américaines sont restées prêtes à évacuer quiconque aurait pu atteindre l’aéroport « jusqu’à la dernière minute ». Environ 6 000 Américains ont quitté l’Afghanistan depuis le 14 août, date du début du pont aérien pour faire partir les étrangers et les Afghans jugés « à risque » face à la prise du pouvoir par les talibans. En dix-huit jours, les avions des Etats-Unis et de leurs alliés ont évacué plus de 123 000 civils de l’aéroport international Hamid-Karzaï.

Une résolution de l’ONU entérine les promesses talibanes

Le départ des Etats-Unis rend encore plus incertain le sort des Afghans qui voulaient quitter leur pays mais n’en ont pas eu le temps. A New York, le Conseil de sécurité des Nations unies a adopté, lundi, une résolution entérinant les « engagements » des talibans à permettre le départ de ceux qui le souhaitent. Treize des quinze membres ont voté en faveur de ce texte rédigé par les Etats-Unis, la France et le Royaume-Uni, tandis que la Chine et la Russie se sont abstenues. « Les talibans ont promis » cette liberté de sortie du territoire, a insisté Joe Biden dans un communiqué, et « le monde s’assurera du respect de leurs engagements ».

Dans la résolution, le Conseil dit précisément « s’attendre » à ce que les talibans tiennent tous leurs engagements, notamment en ce qui concerne « le départ sûr [et] ordonné (…) d’Afghans et de ressortissants étrangers », après le retrait des Etats-Unis. En revanche, il ne fait nullement référence à la « safe zone », ou zone protégée, évoquée par le président de la République française, Emmanuel Macron.

Le Conseil de sécurité a par ailleurs réaffirmé l’importance du « respect des droits humains, y compris ceux des femmes, des enfants et des minorités ». Il encourage la mise en place d’une solution politique inclusive avec une participation significative des femmes. Il demande également que le territoire afghan ne soit pas utilisé pour « menacer ou attaquer » d’autres pays ni pour abriter des terroristes.

L’armée américaine était intervenue en Afghanistan en 2001, sur ordre du président George W. Bush, pour pourchasser l’organisation djihadiste Al-Qaida, responsable des attentats du 11-Septembre.

Le Monde avec AFP et Reuters

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