Le retour des talibans en Afghanistan attise la rivalité entre l’Inde et le Pakistan

New Delhi s’inquiète des conséquences de la victoire des islamistes, alliés d’Islamabad.

L’Inde affaiblie, le Pakistan renforcé ? Le retour des talibans à Kaboul marque un bouleversement des équilibres régionaux en Asie du Sud. Voilà des décennies que les deux ennemis jurés ont fait de l’Afghanistan l’arrière-cour de leurs rivalités afin de s’imposer comme la puissance dominante.

Pour Islamabad, qui instrumentalise sa proximité avec l’Afghanistan et la « profondeur stratégique » que ce pays représente à ses yeux face au rival indien en cas de nouveau conflit avec son voisin, le triomphe des talibans est une incontestable victoire. Pour New Delhi, fidèle allié des présidents Hamid Karzaï, puis Ashraf Ghani, c’est un revers stratégique. Les Indiens ont investi, depuis 2001, 3 milliards de dollars (2,6 milliards d’euros) pour aider à la reconstruction du pays à travers la réalisation d’édifices, de routes, barrages, lignes électriques, cliniques, écoles, devenant ainsi le cinquième donateur de l’Afghanistan. 

Le premier ministre pakistanais considère l’arrivée des talibans comme une revanche sur l’histoire, car l’intervention militaire des Américains en Afghanistan, après les attentats du 11 septembre 2001, avait fait perdre au Pakistan sa base arrière, et permis à l’Inde de renforcer ses liens avec l’Afghanistan et les Etats-Unis. Sitôt la prise de Kaboul, le premier ministre pakistanais, Imran Khan, s’est réjoui en direct à la télévision que les nouveaux maîtres de l’Afghanistan aient « brisé les chaînes de l’esclavage » avec l’Occident.

Le premier ministre indien, Narendra Modi, s’est, au contraire, muré dans le silence. Tout juste a-t-il évoqué le sujet, de manière sibylline, à l’occasion d’un déplacement dans le Gujarat, le 20 août, à l’occasion de la reconstruction d’un temple. « Les forces destructrices et les personnes qui suivent l’idéologie de la création d’empires par la terreur peuvent dominer pendant un certain temps, mais leur existence n’est pas permanente, car elles ne peuvent pas supprimer l’humanité pour toujours », a-t-il prévenu.

« Un moment décisif » pour l’Inde

L’Inde a fermé ses quatre consulats, à Kandahar, Mazar-e Charif, Herat et Jalalabad, ainsi que son ambassade à Kaboul. Les opérations d’évacuation de ses ressortissants se sont poursuivies encore ce week-end, dans des conditions difficiles.

« L’Inde est confrontée à une double difficulté, résume Gilles Boquérat, professeur associé à la Fondation pour la recherche stratégique. Elle a perdu un ami et un allié, et, à l’inverse, ses rivaux pakistanais et chinois vont tenter d’étendre leur influence. Islamabad peut espérer développer des liens commerciaux avec l’Asie centrale à travers l’Afghanistan, consolider son poids politique dans la région, et la Chine profiter du vide laissé par les Américains et développer ses projets d’infrastructures. » L’influence de l’Inde est-elle sérieusement entamée ? « La chute de Kaboul est pour New Delhi un moment décisif et elle doit repenser ses stratégies et options régionales. Malheureusement, elle n’en a pas beaucoup », analyse Happymon Jacob, professeur associé à l’université Jawaharlal-Nehru.

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