Le président du FAC déposé à la MACO : La rançon d’un combat politique ?

Le président du Front africain pour le changement (FAC), Ousséni Nacanabo, opérateur économique burkinabè bien connu au Nord sous le sobriquet de Yoro, a été interpellé par la Brigade nationale anti-fraude de l’or. Selon ses proches, l’arrestation est intervenue le 3 juillet 2019, suivie de son placement à la MACO (Maison d’arrêt et de correction de Ouagadougou).

Cet évènement intervient, alors que l’opérateur économique vient de lancer, en décembre 2018 , son propre parti politique, le Front africain pour le changement (FAC). Il a, par la même occasion, annoncé son soutien au président Roch Kaboré. D’où sa décision de s’affilier à la majorité présidentielle. S’il a opté d’accompagner M. Kaboré à l’échéance 2020, le FAC s’est cependant engagé à se faire une place aux législatives (qui doivent en principe être couplées à la présidentielle).

Ousséni Nacanabo et ses camarades ont, dans ce sens, promis de se classer parmi les cinq premières forces politiques à l’issue des échéances législatives à venir. Et depuis le lancement officiel du FAC, la direction politique du parti ne cesse de multiplier les rencontres, dans la capitale comme dans les autres localités du pays, notamment dans la région du Nord considérée comme son fief. À en croire certains de ses proches collaborateurs, Ousséni Nacanabo « s’était vraiment donné les moyens » de sa politique.

Se présentait-il ainsi comme une menace pour certains de ses anciens camarades du MPP, dont il était, dit-on, un des leaders ? « C’est pour le casser politiquement. Sinon, il y a bien longtemps qu’on le connaît dans cette activité d’achat de l’or. Mais tant qu’il n’avait pas créé son propre parti politique et qu’il soutenait les gens, ça ne causait pas du tout de problème. Mais depuis qu’il a créé le parti, il est une menace pour certains de ses anciens camarades politiques parce qu’il est lancé à fond dans une mobilisation générale dans le Nord et travaille sérieusement à installer le parti à travers le territoire national. Il en a les moyens », confie un responsable proche de lui, qui déclare également que certains cadres du parti au pouvoir dans le Nord ont même rejoint le FAC.

Depuis le décès du président du parti, Dr Salifou Diallo, qui a pendant longtemps imprimé son leadership dans cette région dont il est originaire, le MPP y vit un malaise, se traduisant surtout par des difficultés dans la mise en place de la Fédération régionale du Nord.

La disparition de Salifou Diallo crée et/ou exacerbe le malaise

Selon des explications, depuis mars 2018, deux camps se disputent le leadership de la Fédération régionale du Nord. Il s’agit du camp dirigé par l’ancien ministre de la Jeunesse, de la Formation et de l’Insertion professionnelles, Dr Smaïla Ouédraogo, et l’actuel ambassadeur du Burkina au Sénégal, Jacob Ouédraogo. Le 13 mars 2019, le président par intérim du parti, Simon Compaoré, en mission à Ouahigouya (chef-lieu de la province du Yatenga et de la région du Nord) essuyait des « propos injurieux et des grossièretés », car suspecté par un camp d’être venu de la capitale avec une liste pour former le bureau provincial du Yatenga (une des quatre provinces que compte la région, en plus du Loroum, du Passoré et du Zondoma).

Bien avant cet épisode, des contestataires à la désignation d’Amidou Sidibé comme président de la Fédération régionale du MPP au Nord avaient, le 27 mars 2018, exigé que le poste soit dévolu à l’ancien ministre Dr Smaïla Ouédraogo (actuel secrétaire permanent du Conseil national de lutte contre le VIH/Sida et les IST). Dans la nuit du 1er avril 2018, des frondeurs avaient entrepris le tour des concessions de deux personnes, dont Ousséni Nacanabo dit Yoro, considérées comme ennemis de Dr Smaïla Ouédraogo.

Dans leur démarche, ces frondeurs ont sommé ces personnes sus-mentionnées de quitter le MPP au risque de voir leurs concessions incendiées. Dans la matinée du 2 avril 2018, un proche de Yoro est agressé dans un garage par des frondeurs. L’affaire va se retrouver à la gendarmerie qui a procédé à l’audition des parties dans la même journée.

Bref, ce n’est donc pas le contexte qui ne favorise pas l’analyse de la situation qui rappelle également une autre vécue en 2015. Il s’agit de l’affaire de ce jeune opérateur économique, Amadou Tall, patron d’une société de commercialisation d’or et président du Mouvement pour la démocratie en Afrique (MDA, qu’il avait créé seulement en 2014). Celui-ci avait réussi à arracher un poste de député dans la province du Loroum (son fief) à l’issue des élections de novembre 2015. Mais, il ne siégera pas, car arrêté dès décembre puis déposé à la MACO pour « fraude en matière de commercialisation de l’or et escroquerie ».

Pour certains observateurs de la localité, Amadou Tall payait ainsi pour avoir tenu tête à des ténors politiques dans la zone (Nord). Libéré en août 2017, il tente sans succès de reprendre sa place à l’hémicycle. Depuis ces soucis judiciaires également, Amadou Tall et son parti ont disparu de la scène politique.

Ce dossier relatif au président du FAC arrive également dans l’actualité du « scandale du charbon fin » dans laquelle un soupçon de fraude d’or pèse sur la société Iamgold Essakane SA (https://lefaso.net/spip.php?article9029) et à un moment où une partie des Burkinabè expriment un sentiment mitigé vis-à-vis des retombées de l’exploitation de l’or au Burkina.

En attendant d’en savoir davantage sur le cas d’espèce, est-ce un signal envoyé par le pouvoir à l’ensemble des acteurs de ce secteur qui connaît un boom depuis maintenant une décennie ou vraiment des machinations politiques ?
Lefaso.net

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