Lazare Tarpaga, ancien DG de la police : “Ça aurait été suicidaire de s’opposer frontalement à Diendéré”

Les témoins les plus attendus commencent les dépositions à la barre du tribunal militaire dans le cadre du coup d’Etat de septembre 2015. Ce 8 février 2019, l’ancien directeur générale de la police nationale Lazare Tarpaga a dit sa part de vérité. Il a notamment révélé avoir été objet de sollicitation du Gal Diendéré pour un soutien de la police nationale dès le 16 septembre 2015, avant même la proclamation officielle du CND. Les confrontations avec le présumé cerveau coup, le colonel-major Boureima Kiéré, et le capitaine Abdoulaye ont donné lieu à des débats contradictoires.

L’attitude de la police nationale pendant le coup d’Etat, tout comme celle des entités de l’armée, ont donné lieu à des conjectures de toute sorte au sein de l’opinion. Pourquoi les policiers font-elles des patrouilles, pourquoi le contrôleur général de la police Lazare Tarpaga était à l’aéroport aux cotés du nouveau président du CND pour accueillir les chefs d’Etat de la CEDEAO venus en médiation ? Autant de questions que l’on se posaient, en imaginant à un soutien de cette force paramilitaire aux nouvelles autorités.

Mais selon le désormais ancien DG de la police nationale, il n’en est rien. Le 16 septembre 2015 aux environs de 14h30, c’est le directeur de cabinet du président Michel Kafando qui à travers un sms l’informait de la prise en otage des autorités réunies en conseil des ministres. Et ce même jour, alors que la situation semblait encore floue, c’est le Gal Gilbert Diendéré lui-même qui l’a appelé. A cinq reprises au moins.

Son interlocuteur lui demandait son soutien, ensuite celui de toute la police. Il exhortait également le chef des flics à envoyer une mission de patrouille au carrefour de BF1 et à la place de la nation pour maintenir l’ordre. “J’ai répondu à chaque fois bien reçu mon Général” a expliqué le Lazare Tarpaga qui à partir de cet instant, dit avoir commencer à se convaincre que ’’Golf’’ était derrière la séquestration des autorités de la transition.

C’est le 17, dès les premières heures qu’il s’est rendu à l’Etat major Général des armées pour rendre compte à Pengrenoma Zagré, après tenté vainement de le joindre la veille. Et c’est après l’avoir quitté et se rendant à son bureau, qu’il a entendu le proclamation du CND confirmant ainsi ses doutes. Pour le parquet, c’est là la preuve que le coup était préparé. Mais appelé à la barre, le Général Gilbert Diendéré a nié en bloc les dires de l’ancien DG. Selon lui, Lazare Tarpaga est le prototype même du faux témoin.

Car se défend-t-il, jamais un appel n’a été passé par lui à l’endroit du contrôleur général de police, le 16 septembre. “Un soutien par rapport à quoi ? J’étais à qui pour lui demander d’envoyer des patrouilles ?”, a interrogé le Gal. Il a reconnu cependant avoir appelé le témoin le 17 septembre quand il était maintenant président du CND pour demander qu’il envoie des éléments à Yako parce que des manifestants menaçaient d’incendier son domicile.

Aussi, alors que le Gal avait demandé au DG de mobiliser ses hommes pour multiplier les missions de maintien d’ordre, le contrôleur général lui a fait part de nombreux problèmes. Celui du carburant, du matériel de maintien d’ordre et d’argent pour encourager les agents de patrouille, comme cela est de coutume. Ces doléances ont eu des réponses , parce que quatre véhicules de la police ont été approvisionnés en carburant dans les soutes du conseil de l’entente, du matériel de maintien d’ordre a été reçu par la police.

En plus, a révélé Lazare Tarpaga, le Capitaine Abdoulaye Dao l’a appelé pour lui remettre une somme d’argent. C’est devant la radio nationale que l’envoyé du DG a reçu la somme de 1000 000 de FCFA qui auraient été remises aux patrouilleurs selon le témoin qui précise avoir demandé aux éléments de ne pas s’en prendre aux populations civile. Mais là également, le Capitaine a catégoriquement nié avoir remis une telle somme. “Je n’ai pas instruit quelqu’un d’envoyer de l’argent au DG” a enfoncé pour sa part l’ancien chef d’Etat major particulier de l’ancien président Blaise Compaoré, Gal Diendéré .

Mais pourquoi le témoin n’a-t-il pas fait cas de cette somme d’argent devant les enquêteurs. “Ma mémoire m’a joué des tours”, s’est contenté l’intéressé.

“Je ne pouvais pas dire non”

Mais pourquoi le directeur général de la police nationale n’a pas refusé dès le début jour de donner satisfaction aux demandes du Gal Diendéré , a demandé le parquet. Pour le témoin, la situation commandait la prudence, parce que son ministre (la sécurité), le président du Faso, le premier ministre et les membres du gouvernement étaient pris en otage. En plus de cette situation et connaissant le Gal Diendéré , “Je ne pouvais pas dire non frontalement”, se défend le chef des flics à l’époque , avant d’ajouter que ça aurait été suicidaire ou inconscient de s’opposer frontalement à l’homme.

Alors, les demandes du DG au premier responsable du CND procédaient de manœuvres dilatoires pour gagner du temps. Pour preuve, il soutient que le 18 septembre dans la nuit, il a reçu un appel du Colonel Major Boureima Kiéré lui demandant d’envoyer une équipe dans les alentours de Savan FM pour fouiller une zone dans laquelle était localisée la radio de la résistance.

En réponse, il aurait dit qu’il se fait tard et que le lendemain matin il le ferait. Mais dès qu’il a raccroché, il a immédiatement appelé le président du CNT Chérif Sy qui s’était proclamé chef de l’Etat par intérim et qui passait des messages sur cette radio, pour le prévenir afin qu’il prenne ses dispositions.

L’audience se poursuit ce lundi 11 février 2019, toujours avec le contrôleur général de police Lazare Tarpaga.

Tiga Cheick Sawadogo

Lefaso.net

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