L’ARTHROSE : « Les personnes âgées en souffrent», dixit Dr Christian Aristide Compaoré

Elle était une maladie de vieilles personnes due surtout à l’âge avancé. Elle se manifeste par des douleurs au niveau des articulations. Mais elle touche aussi les personnes âgées que les jeunes et même les enfants. Elle, c’est l’arthrose. Dans cette interview, Dr Christian Aristide Compaoré, rhumatologue au centre hospitalier universitaire de Bogodogo en parle. Lisez !

« Le Pays » : Qu’est-ce que l’arthrose ?

Dr Compaoré : l’arthrose est une maladie des articulations qui provoque la dégradation du cartilage, la prolifération osseuse ou la formation de kystes dans les os. Le cartilage est un matériau lisse et luisant qui tapisse les articulations et permet à leurs surfaces de glisser facilement lorsque vous faites un mouvement. Il s’agit d’un tissu conjonctif résistant qui recouvre et protège les extrémités osseuses des articulations. Elle est la forme la plus répandue d’arthrite, car elle touche 1 personne sur 10. Les statistiques indiquent que les hommes et les femmes en sont atteints dans la même proportion jusqu’à 55 ans. Après la ménopause, les femmes ont tendance à subir des problèmes plus importants et plus compliqués. L’arthrose se produit habituellement après l’âge de 45 ans, mais elle peut se produire plus tôt; on peut même la constater dans la colonne vertébrale de certains adolescents.

Quelles sont ses causes ou ses facteurs de risque?

Les facteurs de risque de survenue de l’arthrose sont multiples et peuvent être distingués en facteurs de risque généraux (concernant l’ensemble de l’individu) et facteurs de risque locaux (qui concernent uniquement les articulations).
Les facteurs de risque généraux peuvent être non maîtrisables comme l’âge, le sexe et l’hérédité, ou maîtrisables comme le surpoids et l’obésité. Il en est de même pour les facteurs locaux dont certaines anomalies ou malformations articulaires qui peuvent, donc être maîtrisables.

Les facteurs de risque généraux peuvent être non maîtrisables comme l’âge, le sexe et l’hérédité, ou maîtrisables comme le surpoids et l’obésité. Il en est de même pour les facteurs locaux dont certaines anomalies ou malformations articulaires qui peuvent, donc être maîtrisables.
Certains de ces facteurs sont non maîtrisables, ou les traumatismes des articulations qui peuvent être prévenus connus et établis, d’autres sont considérés comme possibles ou probables. Autres facteurs de risque généraux sont la chondrocalcinose, l’hyperostose vertébrale. Quant aux facteurs généraux possibles ou probables, nous pouvons citer l’Hypertension artérielle (HTA). On note aussi les facteurs locaux bien connus et établis  que sont les traumatismes articulaires
Les facteurs locaux possibles ou probables : Le port de charges lourdes et certaines positions comme se mettre fréquemment à genoux fléchis ont été aussi évoqués comme des facteurs de risque mais cela reste à prouver. Certaines activités professionnelles avec des mouvements répétitifs peuvent être des facteurs favorisant l’arthrose. Le port de talons hauts pourrait favoriser l’arthrose du genou. La quasi-totalité des patients arthrosiques (99,7 %), quelle que soit la forme d’arthrose, présentent au moins un facteur de risque. Mais, le plus souvent, ils présentent plusieurs facteurs de risque (2,7 facteurs en moyenne par patient). Ainsi,  chaque individu est différent et présente donc des facteurs de risque qui peuvent être spécifiques. En ce qui concerne les causes de l’arthrose, elles ne sont pas exactement connues. Les chercheurs pensent aux facteurs comme l’âge, les antécédents familiaux, les lésions répétées à une articulation et dues à la pratique d’un sport ou d’une tâche, l’obésité et d’autres formes d’arthrite. La prévalence et l’incidence de la gonarthrose sont plus élevées chez les femmes à partir de 50 ans. Dans l’arthrose de la hanche, même si l’arthrose augmente avec l’âge, il n’y a pas de différence nette entre les sexes. Les estrogènes auraient par ailleurs un effet protecteur, cela expliquant que l’arthrose soit plus fréquente chez les femmes après la ménopause.

Quels sont les types d’arthrose qui existent ?

Bien que l’arthrose puisse léser toutes les articulations du corps, elle touche le plus souvent les hanches, les genoux, les mains, les pieds et la colonne vertébrale. Les articulations portantes comme les hanches, les genoux et les pieds sont plus susceptibles à l’arthrose. Il importe de noter qu’un grand nombre de personnes atteintes d’arthrose n’éprouvent aucun symptôme. Une surutilisation des articulations peut aggraver les symptômes de l’arthrose.

Comment se manifeste-t-elle ?

L’arthrose se manifeste par :
– une douleur sourde et profonde, parfois vive à l’activité; la douleur peut persister au repos; 
– une raideur articulaire transitoire après une période de repos (comme au lever ou après une station assise prolongée;
– de l’enflure et de la raideur dans au moins une articulation;
– une augmentation du volume des articulations de la phalange intermédiaire et de la phalangette des doigts ou de la base du pouce;
– une sensation ou un bruit de broiement lorsque l’articulation bouge;
– une perte de flexibilité articulaire;
– de la douleur accompagnée d’une raideur du cou et du dos. 
Les signes de la maladie arthrosique varient selon l’articulation concernée. Cependant, dans tous les cas, le motif principal de consultation est la douleur associée à une gêne fonctionnelle.
La douleur est, en principe, dite de type « mécanique » car elle présente plusieurs caractéristiques. Les articulations arthrosiques ne sont, en principe, ni rouges, ni chaudes. Elles peuvent être gonflées lorsque s’installe un épanchement liquidien (épanchement de synovie), ce qui est particulièrement fréquent au niveau des genoux. Cependant des périodes de poussée inflammatoire existent et il y aurait une composante inflammatoire dans cette maladie, différente et moins importante que celle de la polyarthrite rhumatoïde. A la longue, les excroissances osseuses ostéophytes provoquent des déformations des articulations, surtout visibles au niveau des mains et des genoux.
L’état général du patient est toujours bon. Il n’y a ni fièvre ni amaigrissement.

Comment se fait le diagnostic de l’arthrose ?

Le diagnostic de l’arthrose est avant tout clinique, il repose sur un interrogatoire du patient et des radiographies des articulations. Pour établir un diagnostic précis, il est important dans la pratique quotidienne de savoir rechercher tous les facteurs de risque de l’arthrose, qu’ils soient prouvés ou probables. Car, les identifier sera également très utile pour le traitement mais aussi en amont, pour prévenir la survenue de l’arthrose. Le diagnostic se fait à travers d’abord la consultation, l’interrogatoire, l’examen clinique qui consiste en l’examen des articulations douloureuses. Les questionnaires d’auto-évaluation, les prises de sang, la biologie et la radiologie.

Y a-t-il une particularité de personnes qui sont plus exposées à l’arthrose ?

Les personnes en âge avancé sont plus destinées à l’arthrose. Le cartilage s’use avec le temps; comme le démontrent les radiographies, à compter de 65 ans, 80 % à 90 % de la population est atteinte d’arthrose, bien qu’un pourcentage beaucoup plus petit de personnes subisse des symptômes. Cependant, les personnes les moins âgées peuvent aussi souffrir de l’arthrose. Il y a aussi les gènes, parce que les chercheurs pensent que l’arthrose est peut-être transmise de génération en génération tandis que ses symptômes n’apparaîtraient que lorsque les personnes touchées sont d’âge moyen. La plupart des personnes obèses souffrent de l’arthrose. L’excès de poids exerce un stress sur les articulations portantes comme les hanches et les genoux, et augmente la détérioration du cartilage; il s’agit du plus important facteur de risque pour l’arthrose touchant les articulations des hanches, des jambes et du pied.

L’arthrose est-elle guérissable  -?

On ne dispose pas de moyen de guérison contre l’arthrose, même si les chercheurs commencent à comprendre les mécanismes de cette maladie, ce qui devrait nous mener à de nouveaux traitements. Les traitements actuels sont axés sur la prise en charge de la douleur, l’allègement du poids sur les articulations portantes et le développement des muscles qui soutiennent les articulations. Les traitements expérimentaux tentent de ralentir la progression de l’affection et d’augmenter la mobilité et la flexibilité des articulations.

Comment soigne-t-on cette pathologie?

Les traitements possibles comportent la physiothérapie pour améliorer la mobilité et la flexibilité, les médicaments pour prendre en charge la douleur, et la chirurgie, des aides à la vie quotidienne comme les cannes, les marchettes et les attelles……

Quelles sont ses complications ?

Les complications de l’arthrose sont nombreuses et sont en fonction du siège de la maladie. Nous pouvons citer le handicap professionnel.
L’arthrose représente un handicap fonctionnel dans la vie courante et professionnelle. Outre la gêne physique, les douleurs de l’arthrose altèrent la concentration et les performances professionnelles. Si l’évolution de la maladie est rapide, cela peut entraîner l’aggravation progressive et le blocage articulaire. L‘apparition de la limitation des mouvements (ankylose) et des déformations constituent l’élément majeur de la surveillance ; les lésions arthrosiques sont irréversibles et aboutissent, outre les déformations, à un raidissement articulaire pouvant évoluer vers une impotence partielle.

Comment peut-on la prévenir ?

Pour prévenir l’arthrose et ses complications, il faut essentiellement lutter contre les principaux facteurs de risque que sont le surpoids, les traumatismes articulaires, les microtraumatismes répétés et certaines anomalies de la statique des membres inférieurs. Il est possible de prévenir de nombreux cas d’arthrose, tout d’abord en maintenant un poids santé. Un excédent de poids peut exercer un stress sur les articulations portantes comme les genoux ou les hanches et augmenter l’usure du cartilage. Protégez vos articulations contre les lésions. Le contrôle du poids apparaît primordial, notamment dans l’arthrose des articulations portantes : genou (gonarthrose), hanche (coxarthrose), rachis (arthrose lombaire). Ainsi, toute surcharge doit bénéficier d’un régime hypocalorique, limitant la consommation de certaines catégories d’aliments. C’est aussi valable pour d’autres articulations : on connaît la relation existant entre l’obésité et l’atteinte des mains (arthrose digitale). Il est aussi important d’avoir une nutrition anti-oxydante, c’est à dire une alimentation riche en fruits et légumes pour lutter contre l’effet radicalaire au niveau des articulations. Des traumatismes mineurs, mais répétés, provoqués par une position à genoux, un accroupissement ou d’autres positions qui exercent un stress sur l’articulation du genou peuvent entraîner une détérioration du cartilage. Dans tous les cas, ne négligez aucun traumatisme articulaire et en particulier les entorses. Les activités professionnelles qui provoquent ou entretiennent la douleur doivent être temporairement, voire définitivement, interrompues. Dans certains cas, un reclassement peut être nécessaire. Organisez votre espace de travail. Gardez les choses que vous devez utiliser au travail proches et faciles à atteindre. Limitez le nombre de fois que vous avez besoin pour monter et descendre ou marcher en arrière. Faites une pause pour de l’exercice. L’exercice diminue la douleur de l’arthrose et améliore la fonction. Travaillez avec un physiothérapeute à venir avec une combinaison d’étirements et d’exercices à faible impact que vous pouvez faire pendant quelques minutes pendant les pauses. Il est conseillé de consulter devant toute douleur articulaire et traiter tout traumatisme.

Autre chose à ajouter ?

Nous remercions les éditions « Le Pays » pour l’intérêt que ce journal porte sur les questions de santé. Je profite de cet entretien pour demander à nos dirigeants de former des spécialistes chirurgiens, rhumatologues, parce que le Burkina dispose seulement de 4 rhumatologues pour 16 millions d’habitants. Les patients sont obligés de prendre des rendez-vous de 6 mois pour pouvoir bénéficier d’une consultation en rhumatologie. Il faut aussi songer à étendre les formations des médecins du sport, des professeurs d’éducation physique et sportive, des kinésithérapeutes, des physiothérapeutes, des acupuncteurs, des praticiens de la médecine traditionnelle pour la prise en charge de l’arthrose depuis les facteurs de risque jusqu’à la prise en charge thérapeutique.

Valérie TIANHOUN

lepays.bf

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