L’Afrique est encore absente au carrefour des grandes décisions

Dans cette analyse, Adama Kouanda s’interroge sur la place qu’occupe le continent africain en cette période où sévit la pandémie du coronavirus. Pour l’auteur, une fois de plus encore l’Afrique est la grande victime et la perdante des décisions prises dans le concert mondial par les grandes puissances.

La troisième guerre mondiale vient de se terminer. Et elle a eu lieu en Afrique. Du moins la première partie de cette guerre vient de s’achever. L’Afrique, le continent de l’avenir, qui ne peut être laissée seule dixit Emmanuel Macron.

L’Afrique, c’est un continent d’approximativement 30 millions de kilomètres carrés et une population projetée à peu près à 1,3 milliard d’habitants. Pour les grandes puissances telles que la Chine, les Etats unis ou la France, elle sera le centre de la consommation et de la croissance des prochaines décennies. L’enjeu est de détail. Aussi, les discours politiques parlent de problèmes de population à partenaire stratégique.

Pour comprendre ce qui va se passer dans les 50 prochaines années en Afrique, il faut porter un regard critique sur le passé et le présent. Pendant les dix dernières années, le monde occidental a connu de nombreuses crises telles que le crash boursier au Etats unis, la crise en Europe, et des faibles retours sur investissement.

L’Afrique était en plaine croissance. Les investissements asiatiques en Afrique sub-saharienne avaient un retour sur investissement de plus de dix pour cent. Par exemple, le géant coréen, Samsung, a réalisé et continue de réaliser d’énormes profits sur le continent dans la téléphonie mobile et l’électroménager.

La croissance du PIB est, ou du moins était, estimée aux alentours de 6% en Afrique Sub-saharienne. Le PIB par habitant, lui, est passé de 588 dollar US en 2002 à 1600 dollar US notamment au Ghana. Malgré le discours de Dakar qui disait que « l’Afrique n’est pas assez rentrée dans l’histoire », les faits sont clairs : l’Afrique c’est la croissance, c’est le futur de la consommation mondiale.

La sonnette d’alarme est donc tirée, les africains veulent avoir une classe moyenne et une consommation à l’occidental comme les ont inculqués les télés-novelas jusqu’à ce jour. Mais en Afrique, il manque tout. Donc vont se chevaucher les multinationales mondiales et les domaines visés sont en premier plan l’armement, les infrastructures en l’occurrence les routes, l’agriculture, la santé et les mines.

Maintenant, je dis que l’Afrique a manqué le rendez-vous, parce que quand on regarde les investissements réalisés en Afrique, peu sont concentrés dans des secteurs porteurs ou générateurs de croissance à long terme. On en vient à penser à un partage du gâteau tout comme dans le temps avec la réunion de Berlin. Pour le monde, il n’y a pas des Afriques mais l’Afrique.

En Afrique de l’Ouest, on a l’armement pour la France qui est comme disait De gaulle notre mère, l’intelligence pour le Etats Unis, les mines pour les canadiens, australiens et chinois, l’agriculture pour la Chine. Le Projet de la route de la soie garantira que toute production africaine arrive à bon port. Ficeler de la sorte, l’on se demandera qu’est-ce que les africains ont à gagner dans ce deal ?

Dans mon analyse, positionnée de la sorte en ce moment, l’Afrique a vraiment peu à gagner. Je m’explique. Le capital humain en Afrique est plus que criard, non pas que nous manquons d’hommes mais nous manquons de main d’œuvre qualifiée. De ce fait, au stade de la construction, les boulots à fort revenu, tels que les postes à responsabilités vont être refilés aux expatriés.

Mais d’aucuns me diront que ces entreprises reversent des impôts à l’Etat, donc le manque à gagner est plus que couvert, mais dans mon opinion, ce n’est pas forcement le cas. En économie, il y a un concept clé dans la croissance appelé la vélocité de la monnaie. La vélocité de la monnaie dit que plus des biens sont produits dans un Etat et consommés dans le même Etat, plus l’argent circule dans ce pays et mieux se porte l’économie.

Maintenant, ce que peut faire l’Etat. Premièrement identifier et appeler correctement les prêts que l’on reçoit et les dons que l’on reçoit, car comme disait De gaulle, « la France n’a pas d’amis, elle n’a que des intérêts ». En conclusion, les capitalistes ne sont pas des agents de cœur.

Deuxièmement, il faut investir (Etats comme particuliers) dans le développement de la compétence professionnelle et dans la propriété intellectuelle. De ce fait, l’on pourra bénéficier du plein emploi et de la création d’industries alternatives. Considérant que les causes qui ont poussé les géants industriels à partir de le Chine seront les mêmes qui vont les pousser à quitter certains pays africains.

En fin, il faut investir dans la transformation des produits pour la consommation locale, car si on ne produit que pour exporter, cela va nous conduire à revivre la colonisation.

Signé, Adama Kouanda

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