La voiture autonome, de la folie à l’âge de raison

Les temps ont bien changé. Voici six ans, l’avenir était aux « robots-taxis » ou aux voitures particulières entièrement autonomes. Aujourd’hui, une des tendances est de proposer au grand public une meilleure assistance à la conduite.

Voiture autonome Waymo devant le siège de la société, à Mountain View, en Californie (Etats-Unis), le 8 mai 2019. GLENN CHAPMAN / AFP

Quand roulerons-nous dans des voitures qui se conduisent toutes seules ? Quand serons-nous transportés par des véhicules sans chauffeur qui nous laisseront vaquer à nos occupations ? La réponse à ces questions, urgentes dans l’industrie technologique il y a encore deux ou trois ans, semble s’éloigner. Le 2 avril, l’annonce du départ de John Krafcik, le PDG historique de Waymo, la filiale de véhicules autonomes d’Alphabet, maison-mère de Google, a tourné une page. Le dirigeant dit s’en aller vers « de nouvelles aventures », et il sera remplacé par un solide duo de co-PDG issus de l’interne, mais la nouvelle intervient à un moment où le secteur est en train de changer d’ère.

Ce qui s’annonçait comme un glorieux sprint s’est transformé en un marathon, voire en une série de treks de montagne. L’ambiance a bien changé, depuis l’arrivée en 2015 de M. Krafcik à la tête de Waymo. Cette année-là roulait la « Google Car », une voiturette sans volant ni pédales, conçue depuis 2009 au sein de Google. On rêvait que des « robots-taxis » remplaceraient bientôt les chauffeurs d’Uber. Ou que la voiture des particuliers deviendrait autonome.

« Le marché s’est trop emballé », reconnait Daniel Ives, analyste de la banque Wedbush Securities. « Entre 2015 et 2019, il y a eu beaucoup de déclarations très optimistes », abonde Pedro Pacheco, de l’institut d’études Gartner. La voiture autonome « est un problème réglé, nous savons exactement quoi faire et y arriverons dans quelques années », jugeait, en 2015, Elon Musk, le patron de Tesla. 15 % des véhicules vendus en 2030 seront « totalement autonomes », envisageait en 2016 l’institut McKinsey. En 2018, Waymo s’associait avec Fiat Chrysler puis Jaguar, qui fourniraient jusqu’à 82 000 véhicules à son service de taxis, dont le lancement était prévu « dans l’année »…

« Les prévisions étaient tellement ambitieuses qu’il a été difficile de les tenir. Il y a eu un retour sur terre », constate M. Pacheco. A partir de 2018, quelques accidents mortels ont suscité du bruit négatif. Fin 2020, Uber a mis fin à son propre projet de voiture autonome. Certes, au même moment, Waymo a lancé Waymo One, le premier service de taxis sans chauffeurs ouvert au grand public. Mais celui-ci ne fonctionne que sur une zone de 130 km2 dans l’agglomération de Phoenix, une ville d’Arizona (Etats-Unis) étalée et connue pour son beau temps. Certes, la filiale d’Alphabet a développé une flotte de voitures autonomes qui reflète son statut de leader incontesté du secteur. Mais cette dernière ne compte pour l’heure « que » 600 véhicules.

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