Journées des maraichers : UFC-Dori présente une autre actualité du Sahel

Transformer des dunes de sables et des terres arides du Sahel en vaste jardin où poussent des produits maraichers. Fou comme rêve, mais l’Union fraternelle des croyants de Dori s’y investit en accompagnant des groupements de producteurs qui se réunissent chaque année pour exposer le fruit de leurs labeurs. La 15e édition des journées du maraicher du Sahel a été lancée ce 28 février 2020 à Dori. Mais un peu d’amertume cette année. 7 villages qui ont répondu présents aux 14 éditions précédentes n’étaient pas là à cause de l’insécurité. Le thème de la précédente éditions se penche d’ailleurs sur le rôle des producteurs dans la reconstruction du vivre ensemble au Sahel.

Le Sahel n’est pas qu’une vaste étendue infinie de sable où L’harmattan lèche des terres arides parsemées çà et là d’arbres épineux. Ces terres peuvent être productives et faire pousser différentes variétés maraîchères. L’Union fraternelle des croyants de Dori (UFC-Dori) accompagne 30 groupements de producteurs dans ce sens.

De Arbinda à Dori, le courage d’un déplacé interne, Patrice Nana

L’organisation qui a fêté ses 50 ans en 2019 s’est investie depuis plus d’une décennie dans l’hydraulique villageoise. Elle a construit des boulis, ces petites marres artificielles qui permettent aux groupements de producteurs de développer des activités rémunératrices de revenus. Les villageois bénéficient également de semences de qualité. Des potentialités insoupçonnées sont ainsi sorties des sables, créant des petits centres d’affaires dans certains villages, surtout pendant la saison sèche qui rime le plus souvent avec désœuvrement. Hommes et femmes sont à la tâche et la terre leur rend bien.

La visite commentée des stands

Et chaque année depuis 15 ans sans discontinue, il est organisé les journées du maraîcher du sahel (JMS). C’est un cadre selon le coordonnateur de UFC-Dori Jean-François Ramdé, qui vise à créer des opportunités d’écoulement et de bonnes affaires pour les exploitants des sites maraichers ce qui naturellement contribue à améliorer leurs revenus.

Il s’agit également de stimuler une saine concurrence entre les producteurs des différents sites, dans le but d’accroitre la production, et d’améliorer la qualité de cette production. Enfin, les JMS servent de cadre de concertation, de dialogue et d’échanges d’expérience entre producteurs dans le sens de mieux les organiser en réseaux crédibles qui offrent plus d’opportunités.

Les officiels coupent le ruban, marquant le lancement de la foire

« Les acquis sont appréciables à notre point de vue. Grâce à la saine concurrence crée entre producteurs, la production globale de ces sites encadrés a accru de plus de 40 % et plus de 85% des producteurs maraichers encadrés ont désormais un accès facilité au marché et ont amélioré leur revenu », se réjouit Jean-François Ramdé qui précise que chaque village produit les variétés les plus prisées de son marché pour faciliter l’écoulement. Une précision qui vaut son pensant d’or, toutes les productions sont bio.

Une 15e édition perturbée par l’insécurité

« Nous avons failli ne pas tenir cette édition », a confessé le coordonnateur, le visage grave. L’insécurité que vit la région du Sahel impacte tous les secteurs d’activités. Les villages se vident de leurs habitants. Résultats, 7 villages où il y avait des groupements de producteurs maraichers accompagnés par UFC-Dori n’ont pas répondu au rendez-vous de la 15e édition.

Potentialités insoupçonnées du sahel

« Des communautés vivant auparavant en parfaite symbiose, sont en proie à des conflits fratricides. Des ethnies qui cohabitaient ensemble sont devenues des parfaits ennemis. Ces conflits inter et intra-communautaires ont conduit à une fragmentation du tissu social, mettant en péril la cohésion sociale et le vivre ensemble, richesse de nos communautés » a dépeint avec amertume Dr Siaka Ouattara directeur général de la promotion de la cohésion sociale, parrain de cette 15e édition.

Le conseiller technique du gouverneur Moussa Dicko n’en dira pas plus. Pour lui, le vivre ensemble au sahel est profondément touché. « Les liens séculaires se sont fragilisés du fait de la méfiance, de la suspicion. Plus personne ne fait confiance à l’autre et chacun jette l’opprobre sur son prochain », constate-t-il. C’est d’ailleurs pour conjurer les démons de la division et de la violence que l’édition 2020 des JMS se tiennent sous le thème du rôle des maraichers dans la restauration du vivre ensemble.

Un thème bien à propos, dira le directeur général de la promotion de la cohésion sociale, surtout que depuis 2015, UFC-Dori a mis en place des comités locaux de paix qui s’investissent dans la gestion des conflits dans leurs communautés (conflits agriculteurs-éleveurs, entre les membres d’une même famille, inter-ethniques) avec des solutions souvent endogènes. « Si un minimum de conditions sont réunis pour leur permettre de retourner dans leur milieu de vie, ces producteurs de groupement déjà mobilisés sur les thématiques de culture de la paix et de gestion des conflits, sont de véritables acteurs de restauration de la confiance sociale et de cohésion sociale », a plaidé Jean-François Ramdé, coordonnateur de UFC-Dori.

Solidarité inter-producteurs

Après la coupure de ruban qui a marqué l’ouverture officielle de l’exposition vente, les officiels ont eu droit à une visite commentée de tous les stands. Malgré la situation difficile, plusieurs groupements de plusieurs villages étaient bien là. Parmi les exposants, un groupe de producteurs de Arbinda est le symbole de l’entraide entre producteurs, suite aux drames répétés subis par les populations de cette commune.

Patrice Nana est ressortissant de Arbinda, et depuis quelques mois, déplacé interne à Dori. « Il nous restait 7 jours pour récolter la tomate quand les mauvaises personnes (Ndlr. les terroristes) sont arrivées, ils ont tiré. Ce jour-là, ils n’ont pas eu quelqu’un à tuer. Mais avant de partir, ils ont brulé notre taxi moto. C’est là que nous avons fui », relate-t-il.

Et comme lieu de refuge, c’est Dori et Patrice Nana et les siens ont choisi. Et pour ne pas vivre aux crochets des autres, ils ont entrepris de continuer les activités maraichères qui les occupaient à Arbinda. « Quand nous sommes arrivés, nous avons pris attache avec les camarades des groupements accompagnés par UFC-Dori, et ils nous ont aidé à avoir un terrain », note le déplacé interne, devant sa récolte de pomme de terre. Cette solidarité entre les groupements de producteurs accompagnés par l’UFC-Dori a ainsi permis d’amoindrir le traumatisme des personnes qui ont subi des atrocités dans leurs villages.

Selon le coordonnateur de UFC-Dori, plus de 400 producteurs et leurs familles ont dû fuir leurs sites en pleine productions, par suite d’attaques terroristes répétées dans lesquelles ils ont même perdu des connaissances. Raison pour laquelle tenir cette 15e édition des Journées des maraichers du sahel, du 28 février au 1 er mars 2020 était aussi une façon d’entretenir l’espoir. « Nous voulons que ce soit une édition d’opportunité pour au moins ceux qui ont pu produire, qui malheureusement ne peuvent pas vendre comme les autres années, parce que les marchés locaux sont devenus dangereux pour beaucoup de gens ».

Déjà juste après la visite des stands, alors que nous étions retourné pour les interviews avec les exposants, plusieurs stands avaient déjà réussi à écouler une bonne partie de leurs produits. Une preuve que la demande est bien présente, pour peu que les producteurs aient des cadres organisés pour l’écoulement.

Tiga Cheick Sawadogo
Lefaso.net

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