Journée mondiale de la radio : « Rien ne peut battre la radio en matière de notoriété et de puissance, même pas les TIC »

Ce 13 février 2020, le Burkina Faso, à l’instar des autres pays du monde, a célébré la 9e édition de la Journée mondiale de la radio, sous le thème « Nous sommes la diversité ». Cet outil puissant est et demeure le moyen d’information par excellence dans tous les pays, et surtout ceux en voie de développement. Si pour certains l’avènement des technologies peut constituer une menace pour la radio, d’autres en revanche estiment que la radio est irremplaçable. Pour comprendre le rôle indispensable que ce média joue dans le monde et en particulier au Burkina, nous sommes allés à la rencontre de certains acteurs et praticiens de la radio.

Praticien de radio depuis 25 ans et actuel directeur de la Radio nationale du Burkina, Harouna Sana pense que la neuvième édition de la Journée mondiale de la radio est une occasion de s’arrêter pour voir ce qu’il faut faire davantage pour être au service du public. Ainsi, « la radio étant un organe d’information et de sensibilisation, il est important que nous nous évertuions à chaque moment à ce que cet objectif soit atteint ».

En effet, pour Harouna Sana, la radio a toujours cette capacité de jouer son rôle d’interface dans la société. La preuve, « au mois de juillet 2019, nous avons organisé une journée de réconciliation à travers la radio et nous avons pris des leaders d’opinion, des chefs coutumiers, des responsables religieux, des responsables politiques qui ont donné des messages à travers la radio pour contribuer à l’apaisement, à la réconciliation et au retour de la paix dans notre pays. Vous savez, la radio est irremplaçable ».

Face à la situation d’insécurité, « il suffit de savoir adapter la radio au contexte et de savoir l’utiliser selon le moment pour résoudre nos problèmes. Aujourd’hui, la radio communique avec les gens dans plusieurs langues et surtout dans les langues nationales. Par exemple, avec l’émission ‘‘Commentons l’actualité’’ que nous lançons chaque matin, si vous écoutez pendant 45 minutes, dans les interventions des auditeurs, nous rencontrons toutes les couches de la société. Et vous verrez comment la radio peut servir de catalyseur pour apaiser, critiquer et égayer. Elle sert à donner des orientations et des observations à même de construire le pays », a expliqué le directeur de la Radio nationale du Burkina.

Dans le même ordre d’idées, le directeur de l’information de Savane médias, Soumaïla Rabo, estime que la radio est un outil puissant qui permet de rassembler pratiquement tout le monde autour d’un poste récepteur. Il va plus loin pour dire que même avec l’arrivée des nouvelles technologies de l’information et de la communication, il n’y a pas de menace pour la radio. D’ailleurs, à l’arrivée de la télévision, certains avaient prédit la descende aux enfers de la radio. « La radio est un canal de média indétrônable pratiquement parce qu’elle a beaucoup d’atouts qui font que d’autres médias ne peuvent pas la détrôner », a déclaré Soumaïla Rabo.

Avec la radio, on parle directement à l’autre dans la langue qu’on partage. On peut l’écouter en travaillant dans son atelier, en conduisant ; ce qui n’est pas le cas avec les autres médias. Par ailleurs, la radio en Afrique a pris en charge un certain nombre d’éléments des traditions, comme les contes. Elle est le moyen d’information et de communication le plus utilisé dans les communautés.

Selon le directeur de Savane médias, de tous les médias qui existent au Burkina, seule la radio peut jouer un grand rôle. A l’occasion de la Journée mondiale de la radio, Savane FM a rappelé le rôle historique que la radio a joué pendant le coup d’Etat avorté de septembre 2015. Soumaïla Rabo a rappelé que les putschistes ont eu, dans leur plan, de museler toutes les radios de la place ; du moins, celles de la capitale. Mais ceux qui ont pu résister aux putschistes ont fait naître une radio dite « Radio de la résistance » et elle a permis de faire passer des messages aux jeunes.

Concernant la situation d’insécurité, le directeur de l’information de Savane médias pense que les gouvernants n’ont pas pris la pleine mesure de ce que la radio peut apporter. « Nous avons aujourd’hui besoin de mettre en contact toutes les populations qui se sont déplacés à travers la radio. La radio peut permettre de passer des messages de paix et de clarifier certains concepts sur l’extrémisme violent », souligne-t-il. Aussi, la radio peut contribuer à montrer au peuple les espaces libérés par les forces de sécurité.

En plus des deux praticiens, l’un des premiers promoteurs de radio privée en Afrique, Moustapha Thiombiano, a également partagé son expérience concernant l’outil. Pour lui, la radio est comparable au cerveau car elle joue plusieurs rôles dans les sociétés. Elle a permis entre autres de renforcer la démocratie en Afrique et au Burkina. Il estime que « rien ne peut battre la radio en matière de notoriété et de puissance, même pas les TIC ». Il se dit heureux d’avoir contribué à l’éveil des consciences car, à travers ses émissions sur la radio Horizon FM, des choses se sont améliorées au Burkina.

Issoufou Ouédraogo
Lefaso.net

Related posts

Leave a Comment