Journée internationale de protection des données : Au Burkina, le spectre de WhatsApp plane sur la 15e édition

La 15e édition de la journée internationale de la protection des données à caractère personnel sera célébrée le 28 janvier 2021 sous le thème : « Protection des données personnelles dans un contexte de Covid : défis et perspectives ». En prélude à cette célébration, la Commission de l’informatique et des libertés (CIL) a animé une conférence de presse sur la problématique de la protection des données, à l’heure où la mise à jour des conditions générales d’utilisation de WhatsApp fait grincer des dents.

Toute information relative à une personne physique susceptible d’être identifiée, directement ou indirectement, est une donnée à caractère personnelle. Au Burkina Faso, la loi N°010-2004/AN portant protection des données à caractère personnel a été adoptée mais est peu connue des Burkinabè. Pour sa promotion, la Commission de l’informatique et des libertés met en œuvre depuis quelques années un programme d’éducation au numérique au profit des élèves mais aussi des agents de l’administration publique et privée.

Une vue des journalistes pendant la conférence de presse

Education au numérique

Cette année, à l’occasion de la 15e édition de la journée internationale de la protection des données à caractère personnel qui sera célébrée sous le thème « Protection des données personnelles dans un contexte de Covid : défis et perspectives », l’institution présidée par Marguerite Ouédraogo/Bonané, va sensibiliser des milliers d’élèves en commençant par le lycée Nelson Mandela, le jeudi 28 janvier. Elle l’a annoncé au cours d’un point de presse, ce mardi à Ouagadougou.

Madame Marguerite Ouédraogo, présidente de la Commission de l’informatique et des libertés

Face au GAFAM

Cette célébration, qui a débuté le 25 janvier, a un goût particulier car elle se tient dans un contexte marqué par la mise à jour des conditions générales d’utilisation (CGU) de l’application de messagerie WhatsApp. Et selon la présidente de la CIL, cela vient rappeler le défi majeur pour chaque Autorité de protection, qui est de savoir comment protéger efficacement les populations « qui subissent le poids des règles édictées par les géants du numérique que sont Google, Amazon, Facebook, Apple, Microsoft ».

Maxime Da, directeur de l’Expertise technique et du contrôle de la CIL (au micro)

Vers une harmonisation des points de vue

A propos des implications des nouvelles CGU de WhatsApp en matière de protection des données à caractère personnel, la CIL indique avoir eu des échanges directs avec la représentante Afrique de Facebook pour mieux comprendre la situation. « Nous avons également entrepris des échanges avec nos homologues du RAPDP (Réseau africain des autorités de protection des données personnelles, ndlr) en vue d’harmoniser nos points de vue sur la question. Suite à ces échanges, un webinaire qui regroupera les pays membres du RAPDP et Facebook est en perspective pour discuter de ces questions », a annoncé Marguerite Ouédraogo/Bonané. Cette harmonisation vise à permettre au continent africain, à l’instar de l’Union européenne, d’obtenir des dispositions plus contraignantes et de renforcer les droits des Africains en leur donnant plus de contrôle sur leurs données personnelles.

Des stands ont été érigés devant le siège de la CIL

« La meilleure protection commence par soi-même »

Pour le directeur de l’expertise technique et du contrôle de la CIL, Maxime Da, rien ne prouve que les données n’étaient pas partagées par WhatsApp. « Ils (l’application a été rachetée par Facebook en 2014, ndlr) sont arrivés à un moment où ils veulent formaliser juste la situation. Le débat ne doit pas seulement se poser sur la migration vers d’autres applications comme Signal ou Telegram. La question qui nous est posée, concerne notre responsabilité.

Qu’est-ce que nous faisons en utilisant ces différentes plateformes ? Nous devons être maîtres de nos données et réfléchir sur ce que nous partageons sur ces différentes plateformes », a-t-il conseillé. Et Marguerite Ouédraogo/Bonané, de renchérir :

« Les Burkinabè doivent avoir une culture de la protection de leurs données personnelles. La meilleure protection commence par soi-même. Tant qu’on ne se vend pas, personne ne peut nous acheter ».

Un pouvoir de sanctions mais pas d’investigations

Quid des plaintes de violations de données personnelles et de sanction ? A ce sujet, la CIL met en œuvre depuis 2018 une convention de partenariat avec Facebook qui porte sur un accompagnement dans la gestion de plaintes. Il s’agit entre autres d’espionnage par téléphone, de cyber escroquerie et d’arnaque, d’usurpation d’identité, de cyber harcèlement, etc. Certes la loi confère à la CIL un pouvoir de sanctions mais pas de pouvoir d’investigations. De ce fait, l’institution travaille en étroite collaboration avec la Brigade centrale de lutte contre la cybercriminalité qui a le pouvoir de chasser et d’arrêter le lièvre qu’elle a débusqué.

Herman Frédéric Bassolé
Lefaso.net

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