« Je suis maltraitante », le cri d’alerte d’une sage-femme

A travers une pétition mise en ligne sur internet, Anna Roy réclame davantage de moyens dans les hôpitaux pour « restaurer l’humanité en salle de naissance ».

C’est un message du cœur. Au 1er janvier, 23 174 sages-femmes exerçaient leur métier en France et, chaque année, plus de 750 000 bébés viennent au monde chaque année. Anna Roy, sage-femme libérale et hospitalière, autrice du podcast Europe 1 Studio « Sage-Meuf » et chroniqueuse à la Maison des maternelles sur France 4, hausse le ton. Cette professionnelle de santé lance un appel sans équivoque et réclame de meilleures conditions de travail dans les hôpitaux pour mettre fin à certaines maltraitances imposées aux femmes lors de leur accouchement. 

A cause de la surcharge de travail, de nombreuses sages-femmes ne peuvent pas accompagner les jeunes parents comme elles le souhaitent tout au long de leur séjour à la maternité. Des gardes de 12 heures, des professionnelles dédiées à trois ou quatre femmes en même temps, les urgences qui s’enchaînent, autant de facteurs qui nuisent à la qualité de leur travail. Anna Roy explique avoir pris conscience de cette situation à la suite de la réalisation de son podcast dédié à la naissance côté sage-femme. Comme le rappelle Europe 1, lors de cet épisode, Adrien Gantois, président du Collège national des sages-femmes, avait raconté ce jour où il avait été contraint de laisser une femme seule accoucher de son enfant mort. En publiant ce podcast, Anna Roy s’est souvenue elle aussi d’une garde particulièrement éprouvante.

Des patientes mises de côté

« Ce jour-là, j’accueille un joli couple. Ils ont la trentaine, adorables. J’avais envie de les accompagner même s’il y avait un boulot fou. Mais vite la situation se complique. Je pose le monitoring et je tombe sur un rythme cardiaque fœtal très pathologique. Je vois rapidement que ça ne va pas du tout et l’obstétricien me confirme qu’il faut qu’on césarise vite. La salle d’attente est pleine à craquer, mais j’y vais quand même. On fait naître cet enfant, qui va très mal sur le moment mais qui réussit à s’en tirer ». La sage-femme poursuit : « Je me souviens ne pas avoir pris en charge la douleur de cette femme qui venait d’avoir une césarienne. Je l’ai laissé traîner dans des serviettes hygiéniques trempées de sang que l’on n’a pas pu changer, ni moi, ni les infirmières, ni les aides-soignantes qui étaient présentes. »

Cette même nuit, Anna Roy a également dû délaisser d’autres patientes : « Je n’ai pas pris en charge une femme qui accouchait sans péridurale et qui était venue seule car son mari l’avait quittée pendant la grossesse. Enfin, je ne me suis pas occupée d’une femme dont le travail n’avançait pas. Il aurait fallu que je l’amène aux toilettes, que je la ‘posture’, que je lui administre des médicaments…tout ça je ne l’ai pas fait et je sais qu’elle a eu des forceps, à cause de ça. J’ai entraîné une cascade d’événements terribles malgré moi. Mais c’est bien moi qui ait été maltraitante. Je m’en suis excusée auprès des parents. Et le pire dans tout ça c’est qu’ils m’ont dit que j’avais été formidable. Mais je ne l’avais pas été. Pas du tout ».

Une pétition pour faire bouger les choses

Un témoignage rapidement relayé sur les réseaux sociaux avec le hashtag #jesuismaltraitante. Les réactions affluent, pour aller plus loin et susciter une prise de conscience générale, une pétition voit le jour avec quatre autres femmes. Clémentine Sarlat (La Matrescence), Clémentine Galey productrice du podcast Bliss, Agathe Lecaron présentatrice de la Maison des maternelles et Alyson Cavaillé, fondatrice de la marque tajinebanane, ensemble ces femmes veulent faire bouger les choses. 

Le message de cette pétition est simple : « Pour une naissance respectée ! Une femme = une sage-femme ». Anna Roy s’adresse directement à Emmanuel Macron et Olivier Véran à qui elle demande « de changer la norme, de donner les moyens aux sages-femmes et à leurs collègues de restaurer l’humanité en salle de naissance, en suites de couches, en ville, partout ». Cette pétition a déjà été signée plus de 3 100 fois.


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