Insécurité au Burkina : Des efforts de résilience dans les régions touchées

La gangrène est bien réelle. Seytenga, Gayeri, Sebba, Barsalogho et Manni sont devenus célèbres mais de la pire des façons. Les personnes déplacées internes du fait des violences armées se multiplient. Au sein de ces communautés, des modes de gouvernance résilients ont été mis en place. Des modèles que les acteurs locaux de la gouvernance de ces contrés ont présentés ce 21 février 2020 au cours d’échanges entre pairs.

Face à la menace, des mesures endogènes de résilience dans la gouvernance en attendant le retour à la paix. La solution dans les communes de Barsalogho, Gayeri, Manni, Sebba et Seytenga, c’est un partenariat entre conseils municipaux, conseils villageois de développement et populations qui fonctionne.

Le modèle de résilience, c’est l’expression de la solidarité envers les personnes déplacées internes en dépit de l’inconfort dans lequel on les accueille. Ainsi, toutes les maisons en construction ou inachevées sont maintenant occupées et 60% des déplacées sont dans des familles hôtes, contre 40% sur des sites. Et des actions spontanées de collecte de fonds et de vivres à l’intention des déplacées sont régulièrement faites. Les Comités départementaux de secours d’urgence et de réhabilitation (CODESUR), dont le fonctionnement est au ralenti au niveau communal, recensent les déplacés et leurs besoins. Il y a aussi des rencontres avec les Conseils villageois de développement pour les impliquer dans les prises de décisions.

Mais des disparités liées à l’ampleur des violences armées et au déplacement des populations existent dans ces communes. Les Personnes déplacées internes (PDI) dans ces localités vont de 300 à 100 000. Le plus gros contingent est à Barsalogho.

A Seytenga, elles sont estimées à 300 ; 1 066 en décembre 2019 à Sebba, 312 à Manni, 5 143 à Gayeri. Des chiffres atteints à la faveur de la psychose qui s’est installée du fait des alertes sur d’éventuels mouvements de groupes armés.

Les maires des cinq communes sont sans ambages. Les ressources sont limitées et pourront même engendrer des conflits autour de leur utilisation. Notamment les ressources en eau potable et les pâturages. A cet effet, Gayeri, pour sa part, songe à l’organisation d’une journée de cohésion sociale pour que les gens s’acceptent mutuellement et pour prévenir les conflits autour de l’utilisation des ressources.

Des limites dans la résilience…

L’autre pan non-négligeable est la dimension d’assistance psychologique des personnes déplacées. Les ressortissants de ces localités sont convaincus du besoin d’assistance psychologique en plus des besoins en kits d’assainissement et de vivres.

La maîtrise des statistiques des déplacements des populations dans ces localités reste limitée. Les dotations en moyens de survie également. Au niveau communautaire, les Conseils villageois de développement (CVD) et conseils municipaux s’occupent, dans un premier temps, du regroupement des personnes déplacées, comme c’est le cas à Sebba et à Barsalogho. Aussi, les appels à la solidarité sont régulièrement lancés.

Avec une situation sécuritaire qui ne s’améliore guère et la pression humaine, les ressources s’acquirent difficilement et l’inflation s’installe. Désormais à Barsalogho par exemple, le bidon de 20 litres d’eau qui coûtait 10 francs est revendu entre 75 et 10 0F CFA. Le sac de maïs ou de mil, qui se négociait au prix de 15 ou 16 000 F CFA s’élève maintenant à 26 000FCFA à Foubé. Une localité coupée de Barsalogho par l’état de la route. Même dans les zones non-loties, impossible de trouver une maison à Gayeri Centre, confie l’édile de Gayeri.

Malgré les efforts locaux, la réalité reste difficile. Car jusqu’à présent, tous les centres d’éducation et de santé à Barsalogho sont fermés. A Gayéri, seuls quatre établissements scolaires sur 125 fonctionnent avec un seul centre de santé.

Quelques établissements d’éducation situés à 15 kilomètres de Seytenga et le Centre de santé et de promotion sociale (CSPS) continuent aussi de fonctionner. Pour l’instant, certains recommandent la formation des déplacées à l’exercice d’activités génératrices de revenus et la mise à disposition de terre agricoles pour les sortir de la dépendance.

Avec les associations et organisations non-gouvernementales, la chaîne de la résilience tourne dans ces localités frappées par l’insécurité. Désormais, tous recommandent le retour à une situation normale et la restauration de l’autorité de l’Etat pour le retour des déplacées sur leurs terres.

Mariam Ouédraogo
Lefaso.net

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