Insécurité au Burkina : « Défendre la patrie en danger n’est pas du volontariat, c’est une obligation », estime Christophe Dabiré (philosophe et analyste politique)

Parmi les victimes du convoi minier de Boungou, il y avait sans doute de vaillants hommes et femmes qui auraient préféré se défendre que d’être abattus comme des animaux de brousse. Se battre et combattre pas seulement pour continuer à vivre, mais pour survivre en hommes fiers et dignes n’aurait alors pas été un choix mais une nécessité. Seuls des hommes sans fierté ni dignité auraient hésité à se défendre, s’ils en avaient les moyens, comme s’ils avaient le choix…

D’où vient donc que l’on nous parle de « volontariat » pour défendre un pays, le nôtre, qui est depuis longtemps maintenant en danger ? On ? Non, pas n’importe qui, mais le chef de l’Etat, le président du Faso ! Tout le pays est en danger, et le chef de l’Etat sollicite la bonne volonté des citoyens pour défendre leur propre pays. Un pays en guerre, attaqué tous les jours de toutes parts, qui ne mobilise pas d’office ses citoyens, mais leur demande de bien vouloir se mobiliser quand ils veulent, s’ils le veulent ! Du volontariat pour survivre ?

Comme si l’Etat burkinabè avait peur de ses citoyens. Car c’est à la fois le rôle d’un Etat, son devoir et son droit souverain de mobiliser les forces et les hommes en âge de combattre quand il est en guerre et en danger, partout dans le monde. Ou peut-être que l’Etat burkinabè n’a toujours pas réalisé que nous, Burkinabè et étrangers vivant au Burkina, sommes tous en danger. Malgré les morts, les massacres. Malgré l’émotion qui s’en est toujours suivie.

Ou peut-être que l’appel au volontariat pour défendre le pays est l’aveu qu’il n’y a déjà plus d’Etat : alors ce « sauve qui veut » du volontariat est en même temps un « sauve qui peut » terrifiant. Le Burkina comme autorité politique (pas comme pays) n’est peut-être même pas faible et impuissant face au danger, mais d’une certaine façon inexistant, voire déjà mort. Car, pendant que les citoyens demandent à leur Etat de les défendre et protéger, ce même Etat leur demande de se porter volontaires pour le défendre !

Or, des citoyens burkinabè rempli de bons sentiments et de bonne volonté pour défendre leur pays en danger pourraient n’en être plus capables, du fait de l’âge ou de la maladie ; pendant que des citoyens en âge de combattre refuseront leurs bras : si ce n’est pas l’Etat qui les mobilise et les contraigne au combat pour la défense de la patrie, qui d’autre pourrait le faire ?

Face au danger on n’a pas à vouloir ou non se défendre, on y est obligé. Aucun Etat ne survivrait grâce à la seule charité de la bonne volonté de ses citoyens, et des bons sentiments tout doux mais mous : parler d’effort de « guerre » sous forme d’argent (M. Bindi Ouoba) n’a aucun sens si l’on ne commence pas par mobiliser physiquement les citoyens pour la guerre. A-t-on jamais vu une guerre sans soldats, sans guerriers ?

Non seulement l’argent, même « nerf de la guerre », ne se battra jamais seul et à notre place, mais encore : si c’est la peur de mourir et de plus avoir affaire à l’argent auquel chacun est attaché qui empêche l’Etat de recourir à son devoir de mobilisation des citoyens de toutes classes sociales, autrement dit si nous refusons de mourir pour la patrie, nous risquons tous de mourir au final sans gloire ni fierté, comme des rats, riches ou pauvres ; puisque, de toute façon, le danger est bien là, partout et tous les jours…

Kwesi Debrsèoyir Christophe DABIRE

lefaso.net

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