Henri Voron, le plus Burkinabè des Français

Des petits hameaux de culture aux grandes métropoles en passant par la langue et la coutume, Henri Voron connaît le Burkina Faso dans les moindres détails. Il est le plus Burkinabè des Français. Depuis 1966, il fait la navette entre sa ville natale, Lyon (France), et l’Afrique, en particulier le Burkina Faso. Ingénieur agronome spécialisé en hydraulique et en agriculture tropicale, mais aussi en coopération, Henri Voron a fait du Burkina sa terre d’adoption. Ce Français d’origine et Burkinabè d’adoption a consacré plus de la moitié de sa carrière professionnelle au pays des hommes intègres. Portrait !

Si des gens fuient le Burkina Faso pour aller chercher le bonheur ailleurs, Henri Voron, ce Burkinabè d’adoption, pense que le pays des hommes intègres est un paradis sur terre. Il est arrivé au Burkina en 1966, et s’est attaché au pays. « J’ai connu le Burkina Faso en 1966. A l’époque, c’était la Haute-Volta et j’avais 21 ans. Mais j’étais déjà ingénieur agronome et j’ai été envoyé à Manga pour le service militaire de coopération qui était une obligation à l’époque. C’est là que j’ai eu le virus pour l’Afrique. J’ai pu aimer le pays malgré qu’en ce temps, il n’y avait ni eau, ni électricité, ni goudron.

A la suite de ce séjour, je suis retourné à Paris pour poursuivre mes études en hydraulique, parce que je me suis dit que ce sont les barrages qu’il faut pour les pays de l’Afrique de l’Ouest, car c’est ça qui change la vie des gens. Ces petits barrages avec lesquels on peut faire de l’irrigation, la pêche, le maraîchage, etc. », raconte-t-il avec beaucoup d’émotion, avant de poursuivre : « Quand j’ai fini mes études, mon épouse et moi avons choisi de faire les pays d’Outre-mer et nous avons d’abord commencé par Madagascar où nous avons fait deux ans ; deux ans en Ouganda, un en Algérie, sept ans dans le nord de la Côte d’Ivoire et deux ans en Martinique. C’est donc à mon retour de Lyon que le maire de la ville, Michel Le Noir à l’époque, qui voulait faire de la coopération décentralisée, du jumelage, m’a proposé le poste de responsable du jumelage entre Lyon et Ouagadougou ».

C’est depuis cette époque qu’il s’est occupé du jumelage entre ces deux villes, dit-il. Ce qui lui a permis de sympathiser avec Simon Compaoré qui était le maire de la ville. « Nous avons eu beaucoup de projets ensemble pour le développement de la ville de Ouagadougou dans le cadre de cette coopération. Une coopération consacrée à trois grands volets, notamment l’envoi de matériel, la formation du personnel sur place et le financement des projets », détaille Henri Voron.

Malgré les multiples pays qu’il a connus, Henri Voron s’est exclusivement attaché au Burkina Faso, et y est même resté après son départ à la retraite. Un attachement qui l’a poussé à avoir un pied-à-terre à Koubri, une auberge du nom de « Pe-Kim-Songo : Le bon berger » pour se référer à ses racines chrétiennes et à la gentillesse des Burkinabè, a-t-il fait savoir. L’auberge compte une dizaine de chambres, et accueille des amoureux du Burkina comme lui.

Henri Voron et sa famille devant son auberge Pe-Kim-Songo a Koubri (photo d’archive)

Plus de 20 ans d’expérience au Burkina

Pour la petite histoire, Henri Voron a fréquenté le Burkina pendant plus de 20 années au cours de sa vie professionnelle. « Pendant plus 20 ans, j’ai dû venir au moins une ou deux fois par an en mission de huit jours, pour voir comment avançaient les choses ». Ingénieur agronome et spécialiste en hydraulique et en agriculture tropicale ainsi qu’en coopération, il dit avoir parcouru le Burkina d’est en ouest et du nord au sud pour offrir ses services sur le plan technique mais également sur le plan de la coopération.

Durant son séjour, le « nassara (Blanc en mooré) » comme il a été surnommé, ne s’est pas seulement contenté d’exercer son métier. Il a aussi assuré la formation de la jeunesse. « J’ai été professeur d’hydraulique aux 2iE de 2005 à 2009. Ça a été pour moi passionnant d’apprendre aux gens toutes les histoires des barrages ». Comme on aime à le dire, un travail bien fait est toujours reconnu. Et monsieur Voron a vu son travail reconnu par la nation burkinabè. Chevalier de l’ordre national en 2001, il a aussi reçu la nationalité burkinabè depuis 2010.

« Ce pays, c’est un vrai paradis, que du bonheur »

« Quand je fais le bilan de ma vie depuis 1966, l’Afrique m’a énormément apporté. Les gens sont gais, gentils, ils ont la joie de vivre, ils sont très solides en amitié. Ce sont des gens qui trouvent toujours des solutions à leurs problèmes. C’est vraiment une grosse richesse. Je suis tellement heureux dans ce pays que mon jugement ne va pas être objectif. Pour moi, ce pays, c’est un vrai paradis, que du bonheur. Déjà, il y a la variété du paysage du nord au sud, de l’est à l’ouest ».

Cet attachement au Burkina a poussé Henri Voron à apprendre le mooré, même s’il ne le parle pas de manière fluide. « J’ai eu la chance d’apprendre la culture moaga de l’intérieur à travers la langue », reconnaît-t-il.

HENRI VORON effectuant une sortie terrain avec ses étudiants de 2ie en octobre 2011

Des gens travailleurs

Après avoir côtoyé les Burkinabè, Henri Voron juge qu’ils sont travailleurs et partout où ils partent, ils sont reconnus pour leur bravoure. « Moi qui ai vécu en Côte d’Ivoire, quand on voulait quelqu’un qui travaillait bien et qui était courageux au travail, il fallait prendre un Mossi. Car les Mossis sont des gens qui sont courageux et ils se grouillent comme on le dit. C’est pourquoi, le pays se développe et ils s’en sortent mieux que d’autres pays », apprécie-t-il, avant de poursuivre : « Les gens ont soif d’apprendre et c’est à tous les niveaux. J’ai senti la soif d’apprendre chez les gens, parce que la richesse d’un pays, c’est la tête, c’est l’intelligence. Car dans le monde moderne, ce n’est pas seulement le pétrole ou l’or qui enrichissent, c’est aussi le travail, l’intelligence, la recherche, la compétence, le dynamisme, l’esprit d’entreprise ; et on sent ça au Burkina ».

Homme très attachant et plein de gentillesse

Agé de 75 ans, Henri Voron est père de quatre enfants et « papi » de dix petits-enfants. Aujourd’hui, aux yeux des Burkinabè qui l’ont côtoyé et travaillé avec lui, il n’a pas été seulement un grand travailleur infatigable, dynamique et plein de compétences. Il a surtout été humain. Pour Abdoukarim J. Belem qui a travaillé avec lui pendant plus de quinze ans, Henri Voron est devenu un frère. « C’est un homme sympathique, très gentil. Les relations avec lui sont allées au-delà du cadre professionnel. Nous sommes plus que des amis. Henri est devenu un parent », témoigne M. Belem.

Pour Romaric Tiendrébéogo, qui connaît l’homme depuis une dizaine d’années, Henri est un papa pour lui, parce qu’il a même été son témoin de mariage. « C’est quelqu’un de très religieux, c’est un conseiller et une référence pour moi, parce qu’il m’a beaucoup enseigné », dit-il.

Abdoukarim Jerome Belem, ancien collègue d’Henri Voron devenu l’un de ses meilleurs amis

« Le plus important, ce sont les relations chaleureuses »

« On est admiratif de ce pays. C’est bien les ONG, c’est bien la coopération, mais ce qui est le plus important, c’est la coopération de peuple à peuple, d’homme à homme, de femme à femme. Durant les 20 ans de coopération que j’ai gérés entre la ville Ouagadougou et celle de Lyon, ce n’était pas seulement tous ces aspects techniques, c’est vraiment les relations de peuple à peuple. C’est ça qu’il faut faire dans le monde entier. Des réalisations techniques, il le faut, mais à partir du moment où deux cultures se rencontrent, il faut que ça soit un mariage d’amour. Les relations, c’est ce qui est le plus important sur cette terre, c’est ça le facteur de joie, le facteur de paix, d’unité et de bonheur », enseigne Henri Voron.

Yvette Zongo
Lefaso.net

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