Guinée-Bissau : À quoi joue la CEDEAO ?

La Guinée-Bissau est toujours dans l’impasse après le deuxième tour de l’élection présidentielle. Et le pays est loin d’en sortir avec le jeu trouble des présidents de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDAO). Le contentieux électoral n’est pas encore vidé par la Cour suprême. Un bicéphalisme règne à la tête du pays. Une situation que les chefs d’État de la CEDEAO semblent cautionner. Certains d’entre eux contribuent à la division en apportant un soutien à l’un des candidats autoproclamés notamment Umaro Sissoco Embalo.

D’où cette question ? La CEDEAO a-t-elle déjà choisit son camp dans cette crise ?

Au lendemain du second tour de l’élection présidentielle en Guinée-Bissau, on croyait que le pays allait tourner définitivement la page des soubresauts politiques. Mais sur le terrain ce n’est toujours pas la fin de l’imbroglio politique puisque le processus électoral n’est pas allé à son terme.

Et la Cour suprême continue de traîner les pas pour donner le vainqueur de l’élection présidentielle. Cette lenteur de la justice a entrainé un bicéphalisme à la tête de l’État.

Le pays se retrouvant avec deux présidents à savoir Umaro Sissoco Embalo qui entre-temps a prêté serment, au moment où le PAIGC déclarait la « vacance du pouvoir » et investissait un des siens, en l’occurrence le président de l’Assemblée nationale, Cipriano Cassama, président par intérim. Mais ce dernier, craignant pour sa vie a refusé l’offre de son parti qui n’est toujours pas prêt de reconnaitre l’autre « nouveau président élu ».

En effet après la défaite du président sortant, José Mario Vaz, au premier tour de la présidentielle, le statu quo et les soubresauts politiques continuent d’émailler le pays. Pire, tout porte à croire que cette présidentielle censée imprimer une nouvelle marche, a créé plus de problèmes qu’elle n’en a résolus.

La crise électorale en Guinée Bissau a contraint la CEDEAO à jouer les prolongations dans son rôle de veille et de médiatrice du processus démocratique. Et sa position dans cette crise est ambiguë au regard des déclarations de plusieurs chefs d’États de la sous-région. Sans que le contentieux électoral ne soit vidé par la Cour suprême, Umaro Sissoco Embalo autoproclamé président a été félicité par le président, Macky Sall, du Sénégal et son ambassadeur à Bissau était d’ailleurs présent à l’auto-intronisation.

Dans un discours devant le Parlement de la CEDEAO, le chef de l’État nigérien, président en exercice de la Communauté, a adressé ses « félicitations au vainqueur ». C’est aussi, pour lui, une reconnaissance. Idem de la part de Muhammadu Buhari, président du Nigeria. Le paradoxe dans cette crise est que la CEDEAO avait dénoncé les investitures en dehors des cadres légaux et institutionnels au moment où le contentieux électoral est pendant devant la Cour suprême.

L’institution sous régionale a même appelé les protagonistes à s’en tenir au processus électoral qui doit aller jusqu’à son terme. Elle s’est également tourné vers l’armée en leur appelant à garder une posture de neutralité. Mais malgré avec cet appel, la grande muette semble avoir pris le parti de Emballo qui a investi l’Institution présidentielle sans même attendre que le contentieux électoral soit complètement vidé.

Le président autoproclamé Umaro Sissoco Embalo a entamé depuis le 10 mars, une tournée régionale, au Sénégal, avant le Niger et le Nigéria. Il se présente comme « président élu de Guinée-Bissau » après la présidentielle de fin décembre alors qu’il est toujours contesté par le camp de son rival, Domingos Simões Pereira, qui a introduit plusieurs recours devant la Cour Suprême.

Cette énième crise laisse croire que le plus dur reste encore à venir en Guinée-Bissau. C’est pourquoi il est impératif pour les acteurs politiques bissau-guinéens, de travailler à s’accorder sur leurs divergences, s’ils veulent véritablement sortir leur pays de l’ornière et vaincre le signe indien des crises à répétition au sommet de l’ l’État.

Il est temps que les Bissau-guinéens eux-mêmes retroussent leurs manches et s’assumer en toute responsabilité pour sortir de cette crise. Quant à la CEDEAO, elle a intérêt à revoir son schéma de gestion de crises dans les pays. Si non à la longue elle risque d’apparaitre comme une coquille vide aux jeux des Africains au regard des exemples du passé où elle a ramé contre la volonté des peuples.

Issoufou Ouédraogo
Lefaso.net

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